Le Sous-Marin Jaune et les disques Sparadrap
15 novembre 2010Les réveils du Yéti sont durs. Le poil hirsute, l’œil mauvais, l’haleine chargée, le Yéti n’est pas beau à voir le matin. Tout cela dure jusqu’à ce que le Yéti choisisse un disque qui l’accompagnera pour le petit déjeuner et qui conditionnera quelque peu sa journée.
Or actuellement, le Yéti a remarqué qu’il choisissait souvent l’un de ces disques : Viernes et son brumeux Sinister Devices et Best Coast et son enlevé Crazy for you.
Ces deux disques n’avaient pourtant pas laissé un souvenir formidable dans l’esprit du Yéti mais ils se sont insinués petit à petit dans sa discothèque au point de se rendre aujourd’hui totalement indispensables. Le Yéti appelle ce genre de disque un album sparadrap en hommage au coriace adhésif du Capitaine Haddock dans l’avion de l’Affaire Tournesol. Un disque tenace, qui se révèle addictif sur la durée.
Ni une ni deux, le Yéti se met à appeler ses acolytes pour savoir si eux aussi connaissent ce genre d’aventure et si oui, s’ils ont un exemple récent à raconter.
Concernant ses deux disques du moment, le Yéti dirait que les Best Coast ont pour eux des refrains canons et un style qu’ils arrivent à dupliquer tout au long de Crazy for You. Car ne nous y trompons pas, les Best Coast jouent 13 fois la même chanson sur leur album, mais sur des rythmes différents. Coup de bol, la matrice est bonne et l’ambiance new-wave-garage à la Vivian Girls fonctionne bien.
Pour Viernes, la chose est différente : pas de mélodie, pas de chansons, l’album est une suite de climats à la croisée du shoegazing et du rock planant. C’est assez prenant sur la durée, cela rappelle des bons souvenirs au Yéti (My Bloody Valentine ou the Pale Saints) mais pas de quoi fouetter un chat non plus.
Finalement le mérite de ces deux disques, comme de tout disque sparadrap qui se respecte, c’est d’être arrivé à un moment où le Yéti n’avait pas grand-chose de copieux à se mettre sous la dent. Et que dans le flot d’albums insipides écoutés, les petites qualités de ces deux albums ont suffi à les rendre indispensables. Une chose reste cependant sure : un sparadrap, au bout d’un moment, ca ne colle plus et ca se jette. C’est toute la différence entre le faramineux 16 Lover’s Lane des Go-Bewteens, album sparadrap au début devenu album culte, et celui des Best Coast.
Quand il entend le Yéti évoquer le capitaine Haddock, Fantasio se précipite pour serrer son ami poilu dans ses bras et verser des larmes de crocodile, malgré sa sale gueule et son haleine fétide. Impossible de rester insensible à l’évocation de L’Affaire Tournesol. Tandis que Ciccio observe la scène avec une moue dubitative, Fantasio tente de répondre à la sommation du Yéti. A l’inverse de son ami, il pense que le sparadrap on ne s’en débarrasse jamais, contrairement au chewing-gum sucré et dégueulasse qu’on fout à la poubelle après l’avoir mâché des heures. On y revient toujours un jour ou l’autre. Son chewing-gum du jour, ce sont les deux albums de Lily Allen (réclamées par ses petites filles). Le sparadrap du moment c’est plutôt le Rat a Tat Tat de Jason Collett et le Say Us de Zeus, qui ont en commun la laideur de leur pochette.
Si Ciccio fait la moue, ce n’est pas (seulement) parce qu’il juge très limite l’embrassade entre ses deux camarades, c’est surtout parce que les références à Tintin ne lui font ni chaud ni froid. Petit, il détestait ces bandes dessinées dans lesquelles il y avait plus à lire qu’à voir, et grand il n’a jamais éprouvé le moindre intérêt pour les histoires toutes plus chiantes les unes que les autres concoctées par le trouble Hergé.
Il a envie de gueuler sa haine de Tintin, mais il se dit que ce n’est probablement ni le moment ni le lieu. Alors il essaie de réfléchir à la question du Yéti, mais c’est en fait l’analogie au chewing-gum qui fait rebondir Ciccio, car ce mot lui fait penser à un groupe français, Diabologum, dont le troisième album, simplement appelé #3, lui a longtemps collé à la peau.
Il s’approche de ses amis pour leur en parler, mais ceux-ci sont de nouveaux l’un dans les bras de l’autre, les larmes aux yeux, en train de se refaire les « meilleurs » dialogues de Tintin.
Ciccio s’en va donc sur la pointe des pieds, au moment où le Yéti évoque les navrants Dupond/t…











