Le Sous-Marin Jaune et les disques Sparadrap

15 novembre 2010

 

Périscope #38

Périscope #38

Les réveils du Yéti sont durs. Le poil hirsute, l’œil mauvais, l’haleine chargée, le Yéti n’est pas beau à voir le matin. Tout cela dure jusqu’à ce que le Yéti choisisse un disque qui l’accompagnera pour le petit déjeuner et qui conditionnera quelque peu sa journée.
Or actuellement, le Yéti a remarqué qu’il choisissait souvent l’un de ces disques : Viernes et son brumeux Sinister Devices et Best Coast et son enlevé Crazy for you.
Ces deux disques n’avaient pourtant pas laissé un souvenir formidable dans l’esprit du Yéti mais ils se sont insinués petit à petit dans sa discothèque au point de se rendre aujourd’hui totalement indispensables. Le Yéti appelle ce genre de disque un album sparadrap en hommage au coriace adhésif du Capitaine Haddock dans l’avion de l’Affaire Tournesol. Un disque tenace, qui se révèle addictif sur la durée.
Ni une ni deux, le Yéti se met à appeler ses acolytes pour savoir si eux aussi connaissent ce genre d’aventure et si oui, s’ils ont un exemple récent à raconter.

 

Best Coast - Crazy for you

Best Coast - Crazy for you

Concernant ses deux disques du moment, le Yéti dirait que les Best Coast ont pour eux des refrains canons et un style qu’ils arrivent à dupliquer tout au long de Crazy for You. Car ne nous y trompons pas, les Best Coast jouent 13 fois la même chanson sur leur album, mais sur des rythmes différents. Coup de bol, la matrice est bonne et l’ambiance new-wave-garage à la Vivian Girls fonctionne bien.
Pour Viernes, la chose est différente : pas de mélodie, pas de chansons, l’album est une suite de climats à la croisée du shoegazing et du rock planant. C’est assez prenant sur la durée, cela rappelle des bons souvenirs au Yéti (My Bloody Valentine ou the Pale Saints) mais pas de quoi fouetter un chat non plus.
Finalement le mérite de ces deux disques, comme de tout disque sparadrap qui se respecte, c’est d’être arrivé à un moment où le Yéti n’avait pas grand-chose de copieux à se mettre sous la dent. Et que dans le flot d’albums insipides écoutés, les petites qualités de ces deux albums ont suffi à les rendre indispensables. Une chose reste cependant sure : un sparadrap, au bout d’un moment, ca ne colle plus et ca se jette. C’est toute la différence entre le faramineux 16 Lover’s Lane des Go-Bewteens, album sparadrap au début devenu album culte, et celui des Best Coast.

 

Jason Collett - Rat a Tat Tat

Jason Collett - Rat a Tat Tat

Quand il entend le Yéti évoquer le capitaine Haddock, Fantasio se précipite pour serrer son ami poilu dans ses bras et verser des larmes de crocodile, malgré sa sale gueule et son haleine fétide. Impossible de rester insensible à l’évocation de L’Affaire Tournesol. Tandis que Ciccio observe la scène avec une moue dubitative, Fantasio tente de répondre à la sommation du Yéti. A l’inverse de son ami, il pense que le sparadrap on ne s’en débarrasse jamais, contrairement au chewing-gum sucré et dégueulasse qu’on fout à la poubelle après l’avoir mâché des heures. On y revient toujours un jour ou l’autre. Son chewing-gum du jour, ce sont les deux albums de Lily Allen (réclamées par ses petites filles). Le sparadrap du moment c’est plutôt le Rat a Tat Tat de Jason Collett et le Say Us de Zeus, qui ont en commun la laideur de leur pochette.

 

Diabologum - #3

Diabologum - #3

Si Ciccio fait la moue, ce n’est pas (seulement) parce qu’il juge très limite l’embrassade entre ses deux camarades, c’est surtout parce que les références à Tintin ne lui font ni chaud ni froid. Petit, il détestait ces bandes dessinées dans lesquelles il y avait plus à lire qu’à voir, et grand il n’a jamais éprouvé le moindre intérêt pour les histoires toutes plus chiantes les unes que les autres concoctées par le trouble Hergé.
Il a envie de gueuler sa haine de Tintin, mais il se dit que ce n’est probablement ni le moment ni le lieu. Alors il essaie de réfléchir à la question du Yéti, mais c’est en fait l’analogie au chewing-gum qui fait rebondir Ciccio, car ce mot lui fait penser à un groupe français, Diabologum, dont le troisième album, simplement appelé #3, lui a longtemps collé à la peau.
Il s’approche de ses amis pour leur en parler, mais ceux-ci sont de nouveaux l’un dans les bras de l’autre, les larmes aux yeux, en train de se refaire les « meilleurs » dialogues de Tintin.
Ciccio s’en va donc sur la pointe des pieds, au moment où le Yéti évoque les navrants Dupond/t…

 

 

Le Sous-Marin Jaune à la Recherche du Temps Perdu

21 juin 2010

 

Périscope #23

Ces derniers temps le Yéti écoute beaucoup le triple album de Joanna Newsom, Have One on Me.
Un triple album souvent magnifique mais gargantuesque, qui va prendre des années au Yéti pour en faire le tour. Et justement, à l’écoute de ces 3 longs Cds, le Yéti s’est mis à repenser à l’un de ses sujets préférés : y-a-t’il un temps idéal pour un album de musique ? L’oreille ne se lasse t’elle pas au bout d’un certain temps, même si le contenu mélodique est exemplaire ? De même un album trop court laissera t’il forcément l’auditeur sur sa faim ? Quel groupe sait (ou a su) parfaitement agencer ses compos dans un album ?
Comme d’habitude, le Yéti convoque de suite Ciccio et Fantasio dans la cuisine du Sous-Marin Jaune et commence à s’empiffrer de curly en attendant ses deux comparses.

 

 

En musique, le Yéti a plein de théories fumeuses, dont il est très fier et auxquelles il croit avec une mauvaise foi absolue qui n’a d’égale que celle de Ray Domenech. Ainsi, il vous parlera bientôt de la saisonnalité des disques, un de ses dadas. Mais là, c’est une autre de ses théories qu’il va défendre : un bon album de pop doit faire 40mn-45mn point barre. Au-delà, c’est foutu, ne cherchez pas.
Car la pop est un plaisir simple, spontané, qui ne demande pas d’artifices balancés pendant des plombes.
Un album des Beach Boys ou des Beatles a toujours fait moins de 45mn (sans le remplissage lié aux bonus et alternate tracks). Ils avaient tout compris. Aujourd’hui, un album des Shins fait souvent 40mn, parfois un poil moins et c’est parfait, on revient vers ces albums régulièrement. Bon ça c’est pour la Pop. Bien sur en krautrock, cette règle ne s’applique plus, puisque plus c’est long, mieux c’est. Les albums d’Amon Düül II ou d’Harmonia en témoignent.
Mais en règle général, le Yéti est pour la concision. Il n’aime pas les albums qui trainent, bourrés de fausses chansons qui ne font que du remplissage. Et il se souvient avec tristesse des premiers albums de St Etienne ou de Primal Scream, dégueulant d’instrumentaux pathétiques pour que l’album atteigne péniblement les 40 minutes.

 

Karen Elson - The Ghost Who Walks

Karen Elson - The Ghost Who Walks

45 minutes, une durée qui plait aussi à Fantasio : le temps d’un trajet en train maison-boulot. Le problème, c’est que cette durée évoque aussi celle d’une période en football. Et aujourd’hui, Fantasio a envie de vider le sous-marin jaune de tout élément touchant de près ou de loin au monde du ballon rond. Après les affaires rocambolesques et cauchemardesques des jours passés, oublions le foot et limitons la durée des disques à 43 minutes : il n’y a pas de mal à laisser l’auditeur sur sa faim, c’est même plutôt bon signe s’il en redemande. Pour Fantasio, cette nouvelle ère commence avec Karen Elson et The Ghost Who Walks qui a le bon goût de ne pas pousser jusqu’à 45 minutes et d’éviter le titre de trop.

 

The Smiths - Meat Is Murder

The Smiths - Meat Is Murder

20, 30, 45, 50 ou même 60 minutes… Ciccio a envie de dire « peu importe la longueur ». Seule la qualité fera que 45 minutes passent affreusement vite, comme pour Meat Is Murder, fabuleux album des Smiths, ou alors qu’elles semblent durer plusieurs années, comme la première mi-temps de France – X (remplacer X par n’importe quelle équipe qu’a affrontée l’équipe de France de football lors de ces quatre dernières années).
Ciccio remarque cependant que les albums pop-rock qu’il a préféré ces derniers mois (Zeus, Miniature Tigers, Two Door Cinema Club, Morning Benders, Harlem Shakes) tournent TOUS en dessous de 40 minutes, voire même de 30 minutes.
La théorie du Yéti serait-elle vraie ? Ciccio n’ose y penser.

 

 

Les Coups de Coeur Printaniers du Sous-Marin Jaune

10 mai 2010

 

Les coups de coeur du Sous-Marin Jaune

Périscope #18

Cette semaine, le Yéti veut de l’Amour, de la Joie et de la Paix. Il veut que les gens rayonnent de bonheur, de bonne humeur, d’allégresse. Alors pour arriver à ses fins, il a décidé de demander à ses comparses de lui livrer leurs coups de cœur du moment, les disques qu’ils écoutent en boucle actuellement et qui les rend tout guedins.
En espérant que ces choix te rendront toi aussi, Ô lecteur ami et fidèle, heureux, guilleret et tout sourire.
(Promis, on redevient acerbes les jours suivants, et promis le Yéti arrête de brouter les fleurs qu’il a plantées ce weekend sur le balcon de sa grotte).

 

 

C’est une habitude: il y a toujours un disque (un par mois dans les bonnes années, un par trimestre dans les périodes maigres) que Fantasio use jusqu’à la corde. Le reste n’est très souvent qu’indifférence et touché-coulé. La dernière fois que le Yéti lui a lancé une pelote de poil en hurlant « FANTA T’ÉCOUTES QUOI ? », Fantasio en était toujours au même album depuis un bail : La Reproduction de qui vous savez. Sur le mois écoulé, la boucle est un enchainement de 3 albums : MGMT, Morning Benders et Two Door Cinema Club. Cette trinité exaltée sinon hédoniste à l’échelle de Fantasio rendit le Yéti hirsute de bonheur.
Fantasio serait-il devenu un gentil garçon ?

 

She & Him - Volume 2

She & Him - Volume 2

Pour Ciccio, il y a deux manières de répondre à la question du Yéti. Soit on laisse parler son for intérieur, ses tripes, ses sentiments, et, telle une héroïne de roman de Marc Lévy, en interrogeant son cœur sans pour autant dire le moindre mot, on obtient une réponse aussi nette, précise et impressionnante qu’un nombre de ventes d’un livre de Guillaume Musso. Soit, et c’est bien évidemment la solution choisie par Ciccio, on laisse parler LastFM.com (pour une fois que Ciccio trouve une utilité à ce site, il n’est pas mécontent !). La réponse de ce site qui enregistre méthodiquement les noms des artistes, chansons et albums que l’on écoute, est sans appel : les trois albums qu’il a le plus écouté sur les trois derniers mois sont She & HimVolume 2, Goldheart AssemblyWolves and Thieves et ZeusSay Us. Prends ça dans les dents, vieux yéti poilu !

 

Josh Rouse - El Turista

Josh Rouse - El Turista

« Bah, même pas mal !! », beugla le Yéti qui lui aussi aimait bien le nouveau She & Him. Mais quand il regarde d’un peu plus près les disques qui tournent sur sa platine, Le Yéti y voit le nouveau Besnard Lakes, le démentiel nouvel album des Archie Bronson Outfit, mais aussi et surtout le délicat nouvel ouvrage de Josh Rouse, El Turista.
Sur cet album, Josh a eu envie de rendre hommage à plusieurs dieux de la Bossa Nova, comme Antonio Carlos Jobim, Chico Buarque ou Milton Nascimento. Mais là où certains chanteurs sont tétanisés par les maitres brésiliens et rendent une copie sans âme, l’ami Josh a choisi lui de composer modestement 10 perles tropicales en y insufflant son style et en arrangeant le tout de façon simple et légère.
Et le Yéti de se croire sur la plage de Copacabana, entouré de nymphes brésiliennes, en train de gratter quelques accords sur une guitare. El Turista, c’est actuellement le meilleur antidote du Yéti pour s’évader de la grisaille citadine, c’est la potion magique parfaite pour attendre la prochaine escale du Sous-Marin Jaune.