Une Bouée pour Wilco

30 décembre 2011

 

Le mécanicien du SMJ

Le Mécanicien #3

C’est fou ce qui peut vous traverser la tête en l’espace de quelques secondes.
Alors que le Yéti s’apprête à vivre un grand moment de jouissance en torpillant avec ses acolytes le Sous-Marin Noir et Rouge, l’apparition du Commandant refroidit instantanément son euphorie et le pétrifie sur place. Et pendant ses trois longues secondes de silence, avant que le Commandant ne prenne la parole, des images et de la musique s’entrechoquent à la vitesse de la lumière dans l’esprit du Yéti.

 

Curieusement c’est un album qui défile à toute vitesse dans la tête du Yéti, un album que lui avait vivement recommandé son ami le Mécanicien quelques jours auparavant:
« Tiens le Poilu, il faut absolument que tu écoutes ce disque ! C’est le dernier album des géniaux Wilco. Tu vas voir, une nouvelle fois, ce disque sera le grand absent des classements de fin d’année et pourtant, quelle claque ! Prends le et reviens me voir dans 15 jours quand tu en auras bien fait le tour ».

 

Le fabuleux The Whole Love, de Wilco

Le fabuleux The Whole Love, de Wilco


Le Yéti avait obéi, docilement, et en avait été grandement récompensé tant The Whole Love était fascinant. Et là, étrangement, devant le Commandant, le Yéti ne pense qu’à une chose : Wilco.

 

Et plus précisément à un titre : l’immense Art of Almost. Une intro qui monte doucement, la voix de Jeff Tweedy qui déboule, sereine, le morceau qui progresse aux confins du krautrock: tout semble annoncer une fin radieuse, la victoire du Sous-Marin Jaune sur le Sous-Marin Rouge. Et puis des larsens de guitares électriques déchirent l’espace, le ton se fait plus tumultueux, la batterie plus martiale : le Commandant est devant le Yéti et il n’est pas content. Le Yéti va dérouiller, tout comme l’auditeur qui prend le final d’ Art of Almost en pleine gueule. Groggy , abasourdi, le Yéti chancèle.

 

L’espace de 3 secondes, le Yéti vit donc tout cela. Et sur la dernière microseconde qui lui reste, le Yéti se prend à espérer un dénouement heureux à la Dawned On Me, un titre à la Deerhunter, festif et joyeux, qui verrait finalement le Commandant rire de tout cela et siffloter avec le Yéti cette irrésistible ritournelle. Le Yéti espère, mais vu la tête du Commandant n’y croit pas une seule seconde.

 

 

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Le Yéti

 

 

Jonny et les Supergroupes

14 février 2011

 

Périscope #50

Périscope #50

Depuis quelques jours, le Yéti est morose. Les débuts d’année lui font souvent cet effet, la faute à une actualité musicale plutôt pauvre et guère emballante. Et puis, il a lu ce petit bout d’article sur ce projet musical baptisé Jonny. A la barre, Norman Blake des Teenage Fanclub et Euro Child des fabuleux Gorky’s Zygotic Mynci. En attendant l’album, le groupe a eu la délicatesse de mettre en téléchargement libre un petit ep (disponible ici) qui a permis au Yéti d’écouter quelques chouettes salves pop, bien foutues mais pas inoubliables non plus.
Pourtant sur le papier, Teenage Fanclub + Gorky’s Zygotic Mynci, ça avait de la gueule. Mais en musique, 1+1 est il toujours égal à 1 ? Quelles furent les collaborations les plus marquantes de ces dernières années ? Ciccio et Fantasio ont-ils écouté Jonny et aimé cet ep ? Le Yéti va-t-il reprendre du gratin dauphinois ce midi ?

 

 

Me Me Me, un supergroupe qui a marqué l'histoire de la musique...

Me Me Me, un supergroupe qui a marqué l'histoire de la musique...

Ciccio comprend à présent pourquoi Fantasio est parfois paternaliste avec le Yéti. C’est la naïveté incurable de ce dernier qui génère chez ses amis, outre une tendresse et une affection infinies, cette posture inattendue puisque ses deux comparses sont infiniment plus jeunes que lui (près d’une trentaine d’années de moins, en moyenne). En effet, en creusant sa mémoire et remontant ainsi au tout premier « supergroupe » dont il a assisté à la naissance (Me Me Me, formé par Alex James – bassiste de Blur – Justin Welch – batteur d’Elastica – et Stephen Duffy – de Lilac Time), Ciccio n’a pas souvenir d’un projet de supergroupe qui d’une ne l’avait pas surexcité au départ, et de deux ne l’avait pas déçu à l’arrivée.
Et d’ailleurs, Ciccio n’y trouve rien de surprenant, pourquoi est-ce que deux ou plusieurs personnes, habituées à composer soit seule(s), soit avec d’autres artistes, arriveraient soudainement à adapter leur songwriting à d’autres artistes, fussent-ils excellents ? Ce qui est amusant, c’est que l’inverse est également vrai : combien de « couples » d’auteurs compositeurs ont vu la qualité de leur production s’effondrer quand ils se sont retrouvés seuls, après la dislocation du groupe dans lequel ils officiaient ?
Tous les artistes qui osent aborder le thème de l’écriture musicale dans leur autobiographie évoquent son côté magique et son équilibre fugace. Parfois ça vient tout seul, parfois il faut lutter et lutter…
Sèche tes larmes, vieux Yéti, et retourne écouter Grand Prix, le chef d’œuvre indémodable de Teenage Fanclub.

 

Quelqu'un a des nouvelles de Loose Fur ?

Quelqu'un a des nouvelles de Loose Fur ?

A propos des super groupes, Fantasio a deux exemples très différents en tête. Le premier c’est Loose Fur, la collaboration d’une partie de Wilco et de Jim o’Rourke pour deux albums plutôt réussis. Si Fantasio ne se fait jamais trop d’illusions sur ce genre de side projects, et si Loose Fur bénéficie probablement de l’aura des immenses disques de Wilco, il y a quelque chose de magique à retrouver les qualités d’un musicien comme Jeff Tweedy. L’indulgence est d’autant plus grande que ces disques sont souvent vite enregistrés et vite sortis, sans susciter une attente folle.
Le deuxième exemple, c’est les Raconteurs, qui voit Jack White bricoler deux albums avec Brendan Benson. Avec eux, Fantasio s’est parfois demandé si la faiblesse du projet était un simple accident artistique ou le révélateur de l’absence de talent de Jack White, derrière les quelques coups d’éclats des White Stripes. Mais, le reste du temps, il est plutôt admiratif de ces personnalités qui n’hésitent pas à casser la routine du groupe qui sort un album tous les 3 ans.

 

Alors, quel destin pour Jonny ?

Alors, quel destin pour Jonny ?

Finalement le Yéti partage assez l’avis de Ciccio. Pour reprendre l’équation du début, en musique 1+1, ca fait souvent 0, mais rarement 1 (un groupe uni ou soudé).
Tout comme son compère barbu, le Yéti se souvient avoir toujours été déçu par des collaborations qui pourtant s’annonçaient prometteuses sur le papier.
Si on reprend le cas de Jonny, ce premier EP est pourtant fort honorable : Beach Party est porté par une jolie mélodie primesautière et Michelangelo est une vraie réussite de songwriting. Mais bon, en même temps il faut se farcir Continental dont le début est un décalque flagrant de Stoked des Beach Boys avant de virer comme du sous 96-Tears.
Le problème est toujours le même : le Yéti attendait monts et merveilles de deux icônes et le résultat est malheureusement juste plaisant.
Le Yéti va donc suivre le conseil de Ciccio et se remettre un coup de, non pas Grand Prix, mais Bandwagonesque, tout en se resservant de gratin dauphinois !

 

 

De la désertion en général, au Sous-Marin Jaune en particulier

1 mars 2010

 

De la désertion en général, au Sous-Marin Jaune en particulier

Périscope #8

Cette semaine, Fantasio a déserté le Sous-Marin Jaune.
Alors que le submersible faisait escale à Valparaiso, le fougueux Fantasio a mis le nez dehors, vu le soleil et s’est mis à rugir : « MOUHAHAHA, SOLEIL !! ».
Depuis, plus aucune nouvelle. On raconte que certains l’ont vu en train de faire la sieste sous le porche d’un rade miteux de la ville, d’autres sur la plage en train de se faire dorer la couenne…

 

Le Yéti et Ciccio se retrouvent donc seuls et soudain ils se demandent si la qualité de leurs écrits va être la même sans Fantasio. Ce blog va-t-il soudainement devenir fade et inintéressant l’espace d’une semaine ?
Et plus généralement, de s’interroger sur l’impact de la désertion d’un membre éminent d’un groupe, sur la qualité d’un album, d’un concert, d’une chanson…

 

 

Oasis - Version 4.0 ?

Oasis - Version 4.0 ?

Fantasio a quitté le navire pour quelques jours, le Yéti a trouvé un nouveau travail : cette semaine, Ciccio s’est senti bien seul à bord du Sous-Marin Jaune. En même temps, quand on est seul, on est peinard, on fait ce qu’on veut, c’est bien connu.
C’est d’ailleurs après cette réflexion rapide et peut-être même un peu simpliste que certains membres de groupes sont partis, parfois l’espace d’un album seulement, faire de la musique tout seul.

 

Les exemples sont foison, de l’engueulade bilatérale (The Beatles, pour ne citer qu’eux… Ciccio aurait bien cité le nom d’Oasis, ne serait-ce que pour faire chier Fantasio, d’autant qu’il n’est pas là et du coup Ciccio fait ce qu’il veut – ce ne serait d’ailleurs que justice, au vu des engueulades à répétition entre les frères Gallagher d’une part, et du nombre impressionnant de membres du groupe qui se sont fait virés d’autre part) à la désertion (Bernard Butler, guitariste fondateur de Suede), en passant par le renvoi (Jay Bennet, viré de Wilco) ou la mise au repos forcé (Brian Wilson, gentiment « protégé » par ses frères et cousins des Beach Boys), ou même encore la parenthèse (pas toujours) enchantée (Thom Yorke, qui bidouille hors de Radiohead). Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas en tirer de conclusion particulière : parfois, le soliste faisait mieux sans les autres, parfois (voire souvent) il faisait moins bien.
De là à dire que le groupe est forcément meilleur que la somme des individus, il n’y a qu’un pas, que Ciccio se refuse à franchir, préférant citer le grand Georges pour conclure : « Quand on est plus de quatre, on est une bande de cons » (à la lecture de cette citation, certains d’entre vous pourraient être tentés de virer un ou plusieurs membres de leur groupe pour ne pas dépasser les quatre membres ; dans ce cas, Ciccio vous conseille, vous conjure, vous implore de conserver votre batteur).

 

The Beach Boys - Version 1.0

The Beach Boys - Version 1.0

Contrairement à Ciccio, Le Yéti croit en l’alchimie. Celle qui transforme le plomb en or. Et en matière de musique, il en est persuadé : en cas de désertion d’un musicien important, le groupe est bon pour l’hospice pour vieux, la boite à souvenirs. Echo & The Bunnymen sans Ian Mc Culloch (oui, le groupe a tourné sans Ian dans les années 90) ? Aux chiottes. Morcheeba sans Skye Edwards ? Aucun intérêt. Même Blur sans Graham Coxon est plus fade (quoique, Think Tank est une merveille d’album).
Pourquoi ? Parce que dans un groupe, le plus important est la cohésion de l’ensemble et l’histoire du groupe, ce qui les rassemble, les galères du début, les premières groupies, la première tournée internationale. C’est de là que sortent les meilleurs concerts, les meilleurs morceaux.

 

L’histoire de la musique pullule d’exemples de groupes ayant changé le bassiste / batteur pour un meilleur, plus carré, mais qui n’a pas le même vécu. Résultat : oui, c’est en place, mais souvent moins bien. Pas d’âme.
Un seul bémol pourrait faire écrouler la théorie du Yéti : les Beach Boys. En concert, sans Brian Wilson, c’était mieux, car Brian était tétanisé par la scène. Sur disque, pendant la convalescence de Brian, le groupe s’en est remis à Carl et Dennis, les deux autres frangins. Et le Yéti de penser que ces albums (Carl & the Passions, Sunflower – où Brian n’apparaît qu’épisodiquement) valent bien mieux que ceux où Brian sera de retour (15 Big Ones, Love You). Mais les Beach Boys sont à part. L’exception qui confirme la règle.
La preuve, le Sous-Marin Jaune sans l’ami Fantasio, c’est moins virevoltant. Il nous manque, notre père fouettard préféré.
C’est décidé, le Yéti va chausser ses espadrilles, prendre Ciccio sous son bras poilu et arpenter les ruelles de Valparaiso pour aller récupérer Fantasio par la peau du cou et le ramener dans le submersible. Tudiou.