Le Sous-Marin Jaune et les disques qui ne servent à rien

1 novembre 2010

 

Périscope #36

Périscope #36

Le Yéti est confortablement installé dans le salon du Sous-Marin Jaune. Il écoute le dernier Blonde Redhead, et demeure perplexe.
Ciccio et Fantasio déboulent dans la pièce, regardent le Yéti, écoutent la musique qui s’échappe des enceintes. Moue dubitative de Ciccio, grimace de Fantasio. Et le Yéti toujours atone.
La grosse bête poilue brise le silence : « Mais qu’est ce que c’est que tous ces disques qui ne servent à rien ? C’est moi, ou il y en a de plus en plus ? Regardez le dernier Blonde Redhead ! Après les sommets que furent Misery is a Butterfly et 23, qu’est ce que c’est que ce truc informe, chiant comme une bruine bretonne ? Je ne comprends pas le désir d’enregistrer un truc pareil et pour nous d’écouter une soupe pareille ! ».
Ciccio et Fantasio voient bien que le Yéti est énervé et qu’il mélange un peu tout. Peut on dire d’un disque qu’il sert à quelque chose ? 2010 a-t-il été un grand cru pour les disques inutiles ? Que faire de tous ces albums dont l’encéphalogramme est désespérément plat ?

 

 

Le dernier Blonde Redhead: un bon somnifère

Le dernier Blonde Redhead: un bon somnifère


L’ennui avec le Yéti, c’est que lorsqu’il est lancé sur un sujet qui lui tient à cœur, il n’écoute plus personne et poursuit sa diatribe jusqu’à finir tout rouge, au bord de la syncope.
« Le problème, c’est que tous ces groupes sont juste rentiers de leur talent ! DES RENTIERS ! Interpol exploite jusqu’à la nausée sa recette « regardez-comme-je-fais-bien-de-la-new-wave ». Leur dernier album est tout simplement le même que le troisième qui était déjà une copie du second qui est juste un décalque du premier. Belle & Sebastian a encore sorti le même album qu’il y a trois ans et Antony nous fait toujours autant chier avec ses Johnsons ! JE N’EN PEUX PLUS !! ».
Pour le Yéti, tous ces groupes sentent la trouille, la peur de décevoir, de redevenir inconnu, de ne plus pouvoir jouer en première partie de U2. Cette année, un seul groupe aura vraiment réussi à bluffer le Yéti : c’est MGMT avec son incroyable Congratulations. Et rien que pour cette démarche, le groupe méritera d’être au panthéon de tous les best-of de fin d’année.

 

Neil-Young: A l'Hospice !

Neil-Young: A l'Hospice !

 

Quand Fantasio entend la complainte du Yéti, il voit bien la perche tendue : qui mieux que le méchant Fantasio pourrait faire écho au constat du yéti poilu ? Cela lui rappelle en tout cas une période qu’il a traversée il y a 3-4 ans. Alors qu’il écoutait énormément de disques chaque semaine, il avait beaucoup de mal à en trouver un qui se hisse au dessus de la médiocrité, chaque semaine sinon chaque mois. Alors il a envie de dire à son ami de moins se goinfrer de mp3 : faut-il autre chose qu’un album de Deerhunter pour être heureux ? Au lieu de cela, il a bien envie, par gout de la provoc’, d’en remettre une couche sur les inévitables et inutiles albums de dinosaures, de Bob Dylan à Neil Young.

 

Interpol: tellement original...

Interpol: tellement original...

C’est un comble ! Voilà donc Ciccio obligé de ramener le calme à bord du Sous-Marin en vantant la production musicale contemporaine, lui qui en secret la pourfend joyeusement ailleurs. Selon lui, lorsqu’un artiste a une identité forte, il n’est pas nécessaire qu’il se réinvente à chaque album pour être écoutable. Richard Hawley, Elbow, ou Tindersticks sont autant d’exemples de ce que Ciccio avance : ces artistes ne changent qu’un ingrédient ou deux dans chaque recette de nouvel album, et pourtant ils font partie du panthéon musical Ciccien.
Mais pour un Elbow, combien d’Editors, Interpol, Oasis et autres one-album-bands devons nous endurer ?
C’est le dur métier de passionné de la musique : un sacerdoce devant lequel aucun de nos trois intrépides héros des temps modernes ne saurait reculer !

 

 

Il est comment le dernier Arcade Fire ?

2 septembre 2010

Arcade Fire - The Suburbs

Touché coulé

C’est comment, Arcade Fire ?
Lorsque je me suis vu poser cette question il y a quelques jours par ma compagne, qui fait partie du commun des mortels, j’eus la confirmation du statut actuel du groupe canadien. Bien qu’ultra-populaire auprès d’une certaine frange de la population mondiale – à la hache, celle qui a entre 25 et 35 ans et qui s’intéresse de près ou de loin à la musique pop rock – et qui souhaite s’éloigner un tant soit peu du concept de musique mainstream, Arcade Fire n’est pas aussi connu que Radiohead ou U2. Pas aussi connu, mais suffisamment populaire pour être plus proche du mainstream que de l’underground.

 

A la lecture d’un entretien du groupe dans Télérama, j’obtins un début d’explication. Si Arcade Fire parvient à rester dans l’ombre, toutes proportions gardées, c’est qu’il le veut bien. Le groupe est le même depuis ses débuts, rien n’a changé, c’est tout juste si Regine et Win se sont cotisés pour acquérir une église, qui leur sert désormais de studio d’enregistrement.

 

Arcade Fire - The Suburbs

The Suburbs

Pour certains, c’est probablement ce qui rend le groupe précieux : il reste un « secret bien gardé » malgré sa popularité qui en fait un poids-lourd de la musique dite indépendante. Bon, un secret bien gardé qui caracole en tête des ventes, ça change un peu la donne.
Mais revenons à la question originelle :
C’est comment Arcade Fire ?
Je répondis à la question par une liste de mots-clés :
fanfare, énergie, exaltation, religion, fièvre…
J’illustrais mes propos par des images du groupe sur scène.

 

Malgré mon mauvais esprit et mon opinion de départ peu favorable, qui consiste à penser que le groupe est une caricature de groupe indie inspiré (une flamme adolescente qui n’en finit plus de se consumer), je l’ai laissée se faire une opinion toute seule sur ce rassemblement de témoins de Jéhovah habités. Opinion vite faite, à la simple apparition des instruments comme l’accordéon et le violon – détails rédhibitoires pour certaines personnes sensibles, sans parler du projet immobilier cocasse (achat de Petite Eglise au Québec).
Mais revenons à la question que se posent tous ceux qui connaissent la fanfare canadienne et n’ont pas entendu le troisième album du groupe.

 

Il est comment le dernier Arcade Fire ?

 

La pochette alternative de The Suburbs

La pochette alternative de The Suburbs


Et bien, c’est tout simplement le premier album du groupe qui semble léché, fini, qui n’a pas l’air d’avoir été enregistré comme-si-la-vie-des-musiciens-du-groupe-en-dépendait (les esprits chagrins se fendraient d’un à la va-comme-je-te-pousse). Le petit prodige, c’est d’avoir accompli cette évolution avec suffisamment de finesse, pour que l’album ne sonne pas comme celui de l’embourgeoisement pour ses fans, pas bling-bling pour un sou.

 

Et moi, qui aie toujours résisté aux disques brûlants de Arcade Fire, toujours lassé par la morne énergie du groupe et les cris de Regine, jamais emballé par leurs coups d’éclat, j’observe ce glissement du troisième album, avec cette indéfectible indifférence : un groupe qui rejoue la même musique en boucle, c’est synonyme d’ennui.

 

En d’autres termes, le feu de bois des débuts s’est transformé en barbecue à gaz, mais les grillades ont toujours le même goût de cendres. Ce nouvel album, moins hirsute, moins dissonant, continue de creuser le sillon des exaltés de Montréal. Le hic, c’est qu’il manque toujours la chanson qui me donnerait envie de réécouter The Suburbs.
Le Yéti me contredirait certainement et je connais ses arguments : non, quand même, c’est fort comme groupe, c’est au-dessus du lot. Au sous-marin jaune de trembler et à moi de lui répondre : par dessus bord, les témoins de Jéhovah !

 

 

---------------------
Fantasio

Je n’aime pas Bono (sa vie, ses oeuvres, ses projets sur Facebook)

15 avril 2010

Bono nous emmerde

Torpille #6

Pas plus tard qu’hier, le chanteur irlandais, leader éternel de U2, né Paul David Hewson, investissait une partie de ses économies pour acquérir 1% de Facebook. Ce fait d’économie et d’actualité sans importance nous rappelle que le personnage existe encore en 2010. On pourrait penser qu’il est doté du don d’ubiquité, tant sa présence médiatique est constante et permanente, depuis… depuis quand exactement ?

 

Vous me direz, c’est facile de se moquer du leader de U2, ne serait-ce parce que son surnom, dans la langue française, permet d’hilarantes blagues entre amis (Monsieur et Madame Bono ont un fils qu’ils appellent Jean).

Bono, casse-toi pauvre con

Casse-toi Bono

Son look, fait de cuir, de poils, de cheveux gominés et surtout d’innombrables paires de lunettes, devrait faire rire, au moins autant que le bonnet noir de son acolyte The Edge. Mais dans le Sous-marin jaune, la tolérance est de mise (le Yéti, sa trogne et ses polos peuvent en témoigner), et nous avons l’habitude de ne pas nous attaquer au physique.

 

Pourtant, de génération en génération, le public est toujours là, prêt à se trémousser aux premières notes de Sunday Bloody Sunday. Il faut quand même se souvenir qu’avant de produire de la musique au kilomètre, le groupe se permettait de surprendre, ou en tout cas de décontenancer une partie de son public (l’album Zooropa, bel exemple d’album étrange et moche). Un groupe qui a donc connu plusieurs vies, qui a toujours joué sur les mêmes ingrédients, conservant la même formule, d’album en album, faisant parfois vaguement frémir la critique sans que l’on sache exactement pourquoi (How to dismantle an atomic bomb). Passons sur les engagements divers et variés de Bono, je ne les juge pas, je constate simplement qu’ils sont une façon géniale d’exister et d’occuper l’espace. Que reste-t’il de U2 aujourd’hui ? Quelques titres manifestement immortels (c’est beaucoup, et cela devrait suffire à Bono). Un dernier album parfaitement intitulé No line on the horizon.

 

The Edge, guitariste du groupe U2

The Edge, range tes guitares

Tout est dit dans le titre : U2 n’a pas besoin de savoir ni de se demander où il va. A force d’exister, d’imprimer les médias, année après année sans jamais tomber (loin de là) dans la désuétude, Bono et U2 sont toujours là, à monopoliser les scènes, les radios, les discussions sur le web.
Le problème est donc le suivant : U2 = Bono = une marque omniprésente, complètement fondue dans la logique de la culture de masse… nous sommes donc très loin de la conception de la musique en vigueur à bord du Sous-marin jaune.

 

Conseil d’amis : ne soyez pas indulgent avec ces vieilles badernes de U2. Si vous êtes sentimental, faites-vous une playlist de leurs greatest hits, et fermez les yeux dès que le visage de Bono apparait sur une pochette de disque, dans une émission de télévision (attention, coupez le son) ou dans un article de presse. Bono n’existe pas, ce n’est qu’un concept, une image reproductible à l’infini.

---------------------
Fantasio