10 ans de Strokes : Is This It vs Angles

25 mars 2011
Angles et Is this It des Strokes

Babord - Tribord #9

Avant toute chose, on vous rappelle qu’au Sous-Marin Jaune on aime bien les Strokes. Pour Ciccio et Fantasio qui se sont connus au début des années 2000, après la sortie du 1er album Is This It, le groupe de New York est ce que l’on appelle « une valeur sûre ». Toutefois, ne confondons pas valeur sûre et monument inébranlable.

 

Profitons donc de la sortie tardive de ces Angles pour procéder à un comparatif entre le premier opus des Strokes et son douloureux (du moins, c’est comme cela que l’album est vendu) descendant. Traumatisme de ce pauvre Nick Valensi, isolement de Julian Casablancas… et pourtant l’album est là ! 10 années séparent ces deux disques, jalonnées par Room On Fire et First Impressions of Earth.

 

Parlons d’abord de la pochette et du titre de l’album : sur la forme, c’est aussi moche et peu représentatif de la musique du groupe. On notera d’ailleurs que pour un collectif de petits poseurs, les tronches des Strokes sont étrangement absentes des pochettes : on salut cet effacement même si Julian Casablancas se rattrape en solo. Côté visuel, on remarque que le cul arrondi des débuts laisse la place aux angles et à des formes géométriques colorées.

 

Les Angles des Strokes

Arrondir les angles

Que vaut Is This It aujourd’hui ? L’album tient toujours bien la route, et conserve une forme de grâce nonchalante. Ce qui faisait le charme des débuts du groupe, c’est une impression d’urgence, de simplicité, où les mélodies ont plus de place que les riffs de guitares qui se contentent d’un rôle plus fonctionnel. Difficile pour autant de parler d’un « son » Strokes pour le premier album, tant celui se contente d’imiter avec légèreté les accents de Lou Reed et du  Velvet Underground. Le style avant toute chose, en somme.

 

Et Angles dans tout ça ? C’était déjà frappant il y a 5 ans avec l’énorme intro de You Only Live Once, les Strokes se sont acheté un gros son – confirmation avec Machu Picchu. C’est l’une des certitudes contenues par Angles et c’est la force – à double tranchant évidemment, du groupe. Cela donne une sorte de super Weezer dans certains moments, lorsque les chansons ne quittent leurs rails que pour laisser exploser les solos de guitares (Under Cover of Darkness). Un gros son, c’est un peu comme la fourrure du Yéti : ça prend de la place, ça pue un peu mais ça a de la gueule.

 

Is This It

C'était mieux avant ?

Résumer 10 ans de Strokes et 4 albums à une augmentation de moyens d’enregistrement serait réducteur. En tant qu’amateur des aventures solos des Strokes, c’est un plaisir de retrouver les aspérités des albums de Albert Hammond Jr, Little Joy ou Julian Casablancas aux detours de certains titres de Angles. Le neurasthénique Call Me Back est probablement l’exemple le plus touchant du disque, le titre qui recolle les Strokes à feu Television. On est pas non plus très loin du titre éponyme introductif de Is this it.

 

Catégorie déception, je me souviens de la sortie du 3ème album, et du single JuiceBox mi-figue mi-raisin. Rebelote avec You’re So Right, premier extrait faiblard du dernier album. Les Strokes nous prendraient-ils pour des bleus ? On peut le supposer. C’est un coup à nous donner envie de ne jamais plus écouter les Strokes et de retourner voir le Little Joy de Fabrizio Moretti, meilleur disque mineur de tous les temps.

 

Non, 10 ans ont passé depuis Is This It et Angles tient bien son rang. Pas forcément meilleur, différent et plus varié, bizarre mais pas torturé, il est à la hauteur de l’apport de chacun de ses membres. On ne vous fera pas le coup de la nostalgie Is This It, la perte de la spontanéité de Last Nite, parce que le groupe ne le mérite pas, pas plus que Supergrass, avec I Should Coco et la malédiction-du-premier-album-au-charme-juvénile. Ou alors c’est juste vous qui êtes nostalgique de vos jeunes années. Si c’est votre cas, c’est peut-être le moment de tourner la page et de passer à autre chose.

 

 

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Fantasio

Le Sous-Marin Jaune cherche une introduction musicale parfaite

30 août 2010

 

Périscope #28

Le Sous-Marin Jaune part en vacances

Les meilleures choses ont une fin : Ciccio, Fantasio et le Yéti sont de retour de vacances et ont ré-embarqué dans leur fier vaisseau, le désormais fameux Sous-Marin Jaune.
Chacun vaque à ses occupations, range ses maillots de bain, raconte ses petits souvenirs musicaux de l’été. Le Yéti en profite pour se raser (un peu) la barbe hirsute qui lui bouffe les joues depuis quelques jours. Une tâche qu’il opère en écoutant Blue Monday de New Order.

 

« Fichtre, cette intro, elle est tout de même intemporelle… » se dit il. « Rhaaaaa, impossible de me raser avec ses beats qui pilonnent ma salle de bain, j’ai envi d’onduler mon gros corps velu ! »
En nage, le Yéti déboule dans la salle des machines et harangue ses comparses : « Damned les gars, Blue Monday a la meilleure intro musicale du monde, non ? Vous êtes d’accord avec moi, ou vous avez un meilleur exemple d’introduction musicale mythique ? C’est important pour vous une bonne introduction musicale ? »

 

 

New Order BM88

New Order BM88

En fait, en y réfléchissant bien, l’intro de Blue Monday était revenue titiller le Yéti le jour du concert de The Divine Comedy à Pleyel, lorsque Neil se mit à chanter At the Indie Disco et qu’il imita façon Human Beatbox le début du tube de New Order. A peine 3 notes jouées et tout le public était en transe, hurlant, pas loin d’un orgasme collégial. C’était fascinant à écouter, le pouvoir de cette petite boîte à rythmes. Tout le génie de New Order était là.
Mais après avoir joué aux derviches tourneurs sur le dance-floor, le Yéti se mit à penser à une autre brillante introduction, celle beaucoup plus calme de California Girls des Beach Boys, avec ses petites notes douces et élégiaques qui s’évaporent doucement pour laisser la place à une belle chanson pop forcément sublime. Pas de doute, le Yéti est un amoureux transi des introductions musicales réussies.

 

Television - Marquee Moon

Television - Marquee Moon

Ciccio, quant à lui, les yeux rivés sur le visage du Yéti, répond « FAUX » ! En effet, quand on a une barbe aussi belle et fournie que celle du Yéti, on ne la rase pas. Ciccio ne s’est pas rasé depuis son départ en vacances il y a plus d’un mois, et il compte bien ne pas s’arrêter en si bon chemin, espérant ressembler bientôt au Yéti, voire, mieux encore, à Joaquin Phoenix dans I’m Still There.
Par contre, lui aussi s’accorde à dire que les intros, quand elles sont réussies, subliment une chanson. Ce qui ne signifie aucunement que les chansons sans intro sont forcément mauvaises (Ciccio est dans une phase Bob Dylan / The Band ces jours-ci, et c’est amusant de voir comment leurs morceaux se passaient allègrement d’intro, voire même de toute partie instrumentale pour Dylan dans les années 60 : le morceau commence sur le premier mot du texte et s’achève en même temps que le dernier).
Ce que Ciccio affectionne tout particulièrement, c’est quand les instruments arrivent l’un après l’autre, dans les intros (oui, c’est bateau, il en a conscience, mais il aime). Marquee Moon, de Television, est une de ses préférées, au même titre que l’évident A Forest de The Cure ou le beaucoup moins connu Italian Leather Sofa de Cake.
Autre type d’intro qu’il adore, celle qui laisse la part belle à la guitare pop, qui la laisse partir, revenir, s’envoler, s’entrechoquer gentiment avec les autres instruments, sans jamais tirer la couverture à elle avec un solo vulgaire et bruyant, préparant parfaitement le terrain pour l’entrée de la voix. Les deux exemples qui lui viennent immédiatement en tête sont le tourbillonnant From Time To Time de Ride et l’excellentissime The Headmaster Ritual de The Smiths.

 

Spoon - GA GA GA GA GA

Spoon - GA GA GA GA GA


Fantasio prend enfin la parole. Ravi de retrouver ses deux comparses velus aussi déterminés et sûrs de leur fait, il leur répond sans hésiter.
« Non, franchement mon Yéti, tu as vu juste, une fois de plus. » Sur le moment, il ne sait pas trop si c’est son manque de répartie, le ralentissement estival de ses neurones ou l’enthousiasme du Yéti et de Ciccio qui le pousse au consensus.
En fait, Fantasio aime surtout les intros d’albums, les titres lents ou syncopés placés en tête de disque, et qui se démarquent d’une manière ou d’une autre : l’entêtant Don’t Make Me a Target au début du Ga Ga Ga Ga Ga de Spoon par exemple. Ou alors dans un style complètement différent, le Mojo Pin de Jeff Buckley, probablement l’introduction d’album la plus bizarroïde de tous les temps.
De retour à bord du vaisseau pour cette nouvelle rentrée musicale, Fantasio préfère finalement observer le Yéti se raser sur le rythme de Blue Monday, convaincu que le Sous-Marin avancera un peu plus vite, boosté par l’énergie du trio.