Otis Redding et Sly & the Family Stone réveillent le Sous-Marin Jaune

11 avril 2011

 

Périscope #56

Périscope #56

Après le Yéti, c’est au tour de Ciccio de prendre quelques vacances bien méritées.

 

Fantasio et Le Yéti se retrouvent seuls dans le Sous-Marin Jaune, et d’un seul regard ils se comprennent : Ciccio parti, c’est la fin de la dictature du Folk, de l’homme barbu portant le même prénom que le leader des Kinks et dont on taira le nom de peur qu’il n’apparaisse une nouvelle fois dans nos tags, c’est l’heure de la délivrance, la fin de la guitare acoustique.

 

Les deux comparses se ruent dans leurs cabines et reviennent les bras chargés de CDs et vinyles plus variés les uns que les autres.

Et surprise, un genre musical revient en force dans tous ces disques bannis: la Musique Noire. Soul Music, Doo-Wop, R&B, Funk : c’est le retour des cuivres et ca fait du bien. C’est décidé, on dansera dans le Sous-Marin Jaune pendant l’absence de Ciccio !

 

 

 

Stand, chef d'oeuvre de Sly & The Family Stone

Stand, chef d'oeuvre de Sly & The Family Stone

Le Yéti ne sait plus où donner de la tête. Il sait que Fantasio est lui aussi fan de Soul Music et de R&B et qu’il a déjà écouté mille fois les albums du Yéti. Mais puisque les deux matelots ont envie de mettre le feu au Sous-Marin Jaune, le Yéti choisit d’ouvrir les hostilités avec Stand de Sly & The Family Stone, sans doute l’un des disques préférés du Velu. Sur cet album, Sly réveille les morts à coup de cuivres, de chœurs psychédéliques et de rythmiques affolantes. Et puis il y a les paroles, phénoménales. Grand disque, intouchable.

 

Des paroles phénoménales… Voilà un point qui a toujours séduit le Yéti dans la Musique Noire. Alors que les groupes pop des Whiteys (pour paraphraser Sly) parlent de Surf, de drogues ou aujourd’hui de renard dans la neige, la majorité des groupes majeurs de Soul ou de R&B a toujours su glisser intelligemment des opinions politiques ou sociales dans leurs textes. Parfois, ça fait mal (comme chez The Last Poets – le Yéti adore leur Niggers are Scared About Revolution), parfois c’est plus larvé comme chez Curtis Mayfield.

Enfin, puisque Ciccio est absent et que les deux zigotos font ce qu’ils veulent, le Yéti en profite pour déclarer sa flamme au R&B actuel (lorsque c’est bien fait) : MS Dynamite avait par exemple réussi un premier album faramineux en 2002, dont le digne successeur s’appelle The Archandroid de Janelle Monáe. Dans ces deux albums, il y a plus d’idées musicales que dans l’intégrale d’Interpol. Les doigts dans le nez.

 

 

Otis Blue par Otis Redding

Otis en bleu

Fantasio se réjouit de voir le Yéti faire tanguer le Sous-Marin Jaune au son de ce qu’il est interdit d’appeler la « musique noire ». Il faut dire que c’est le moment où jamais : après ces quelques jours de répit sans Ciccio, le folk reprendra ses droits et il faudra se battre pour évoquer le nom de Stevie Wonder sans provoquer un mouvement de révolte. C’est aussi l’occasion rêvée pour glisser les MP3 de Ray Lamontagne dans la poubelle du disque dur SMJ, et lancer l’intégrale d’Otis Redding. Fantasio, en bon gardien du temps, a placé Otis Blue en début de playlist.

 

Mais plutôt que de remonter aux origines de l’écriture pop et à Chuck Berry, Fantasio préfère évoquer la période bénie des disques de la Motown et plus précisément Stevie Wonder. Il propose au Yéti de se plonger dans Songs In The Key of Life et Innervisions, deux excellents albums parmi la poignée de chefs d’œuvres publiés par l’aveugle maudit. Sans savoir quoi penser du sourire habituel du Yéti, il évoque son regret de voir Stevie pâtir de sa période immonde des années 80. Comment oublier ou – pire – snober un artiste populaire  ayant poussé aussi loin la recherche sonore, tout en conservant une grande qualité d’écriture ? Les albums évoqués plus hauts sont pourtant des pépites d’une époque antérieure à la ghettoïsation par le hip hop et au massacre vocal de Whitney Houston.

 

Alors que la célèbre intro de Sir Duke retentit dans le Sous-Marin Jaune et que le Yéti mitonne un repas pour deux, Fantasio imagine un plan machiavélique pour le retour de Ciccio. Pourquoi ne pas préparer une playlist pour Ciccio dont le seul but serait de le convertir aux musiques auxquelles il résiste ? Une sorte de cure forcée ou de désintoxications pour indécrottables barbus. Sélectionnant une poignée de titres des années 70 dans la collection du Yéti et dans la sienne, il ajoute un ingrédient vicieux : un petit Rocket Man d’Elton John (artiste certes pas noir de peau, mais censuré par Ciccio) qui devrait faire son effet le jour du retour du 3ème matelot.

 

 

 

Kanye West pire que Justin Timberlake

29 novembre 2010

 

Périscope #40

Périscope #40

Ce matin, le Sous-Marin Jaune fait escale dans un port des Etats-Unis. L’occasion de descendre sur la terre ferme et de renouer avec la civilisation urbaine. Déambulant dans la ville, le Yéti écoute les musiques qui s’échappent des magasins. Curieusement, c’est toujours le même disque qui passe.
Le Yéti accoste une vendeuse et lui demande quel est ce disque que tous les États-Unis semblent jouer.
« Ben, gros poilu, tu viens d’où ? C’est le nouveau Kanye West, My Beautiful Dark Twisted Fantasy ! Il déchire le cul de Mickey, je surkiffe Kanye, c’est trop de la bombe de balle atomique ! »
Le Yéti reste interloqué et consulte rapidement ses webzines préférés. Damned, ils ne parlent tous que de ça : ce nouvel album de Kanye West est l’album de l’année, il va révolutionner la musique, blah blah blah… Pris de vertiges, le Yéti achète le disque et court retrouver ses camarades : « Ciccio, Fantasio, on arrête d’écouter Julian Bertnzen et Florent Marchet !! Visiblement Kanye a pondu le disque de l’année ! On écoute pour voir ? »

 

 

Kanye West - My Beautiful Dark Twisted Fantasy

Kanye West - My Beautiful Dark Twisted Fantasy

Quand Fantasio tombe sur un album blindé de critiques dithyrambiques, de 5 étoiles et de superlatifs, il sort son flingue. Même s’il ne les lit pas : quand même, 10.0 sur Pitchfork !? My Beautiful Dark Twisted Fantasy vaut exactement son titre : les fantasmes qu’il fait naître dans l’esprit des gens, un disque qu’on aime par avance. Côté musique, c’est encore pire que Justin Timberlake période FutureSex/LoveSounds, faux chef d’œuvre monté de toutes pièces, vraie daube.
Pour Fantasio, la situation est la suivante : Kanye ne sait pas chanter ni danser, il le reconnait lui-même. Le fait qu’il ne se prenne pas pour de la merde, au premier ou au second degré n’a pas d’importance. Deuxième point, sa discographie est constellée de moments particulièrement hideux : All of the lights sur le dernier album en date, est d’une vulgarité sidérante. C’est ça l’hédonisme ? Pour Fantasio, la réalité de My Beautiful Dark Twisted Fantasy est donc assez évidente: un disque boursoufflé, dégoulinant, plein comme une poubelle de riches sans tri sélectif. Après ce premier constat, quelles sont les possibilités ?
S’en tenir à une demi écoute comme certains : Fantasio ne vous jettera pas la pierre.
Faire semblant d’aimer comme Télérama, et s’infliger le disque poliment, en analysant les paroles de Monster : il y a de rares moments dans My Beautiful Dark Twisted Fantasy qui donnent envie d’y revenir, un peu comme on revient au MacDo. La réalité est pourtant plus ordinaire: ce disque est à des années lumière de Thriller ou de n’importe quel album de Stevie Wonder. Dommage pour Fantasio !

 

Kanye, va te rhabiller ! De La Soul reste les meilleurs.

Kanye, va te rhabiller ! De La Soul reste les meilleurs.

Le Yéti est sur la même longueur d’ondes que Fantasio. L’album de l’année… Le Yéti aurait du se méfier. En fait, le Yéti ne sait pas trop quoi penser de ce qu’il a entendu. Mais certainement pas un truc qui déchire le cul de Mickey, comme dirait l’autre. Pour le Yéti, le principal défaut de ce disque, c’est la durée des chansons. Le flow de Kanye avec sa tonne d’arrangements, ca peut passer sur des chansons de 4 minutes maxi, mais là, sur plus de 6 minutes en moyenne, cela devient franchement indigeste (comme sur l’interminable Runaway).
En fait le Yéti a l’impression d’avoir écouté une multitude de pièces montées, avec mille idées à la seconde. Sauf que le cerveau du Yéti n’arrive pas à suivre, il a l’impression d’avoir étouffé avec ce disque. Un peu plus de simplicité n’aurait pas nui à cet album ambitieux mais à l’image de son créateur, totalement mégalo (cette impression tenace d’entendre Kanye vous dire constamment à l’oreille « tu as vu comme je suis fort, et comme ma culture musicale est immense ? »). Le Yéti est rassuré : ses chouchous absolus en Hip-Hop, De La Soul, ne sont pas prêts d’être détrônés par Kanye.

 

Kanye West, clone de P. Diddy ?

Kanye West, clone de P. Diddy ?

Pourquoi Ciccio ne peut-il pas supporter le hip-hop ?
C’est une question qu’il se pose souvent. S’il pense instinctivement que c’est à cause du mimétisme infernal qui fait que les artistes, les « musiques », les paroles, les clips, les thématiques ne sont à ses yeux et ses oreilles qu’une seule et même bouillabaisse, il se dit que tout fan de hip-hop doit penser exactement la même chose de la multitude d’artistes folk que non seulement lui, Ciccio, adule, mais qu’il trouve de surcroit totalement différents les uns des autres.

 

A la demande du Yéti, Ciccio pensait bien qu’il allait s’enfiler l’album de la cane de l’ouest, mais il n’a pas eu le temps, ce qui revient probablement à dire qu’il n’a pas su le trouver. Et, à la lumière des réflexions de ses comparses, il se dit qu’il a eu raison, qu’il n’aurait pas mieux parlé que Fantasio, expert ès destruction.

 

Aussi, voyant ses deux amis au bord de la dépression, il fonce dans la salle de pilotage, et conduit le Sous-Marin vers les profondeurs de la pop musique, en mettant Drivin’ des Kinks à fond les ballons.
We’re going driiiiiiiiiiiiiiiiiiiivin’

 

 

Je n’aime pas… les écouteurs intra-auriculaires

20 mai 2010

Je n'aime pas ça les casques qui bouchent les oreilles

Torpille #8

Après 5 mois d’existence, il était temps qu’un des matelots du Sous-Marin Jaune empoigne un sujet d’importance, susceptible de déclencher un élan d’émotion capable de faire exploser la réputation de l’étrange trio. Je me jette à l’eau donc, pour me faire l’écho des souffrances de milliers (de centaines de millions, que dis-je ?) de consommateurs de musique en difficulté avec le choix d’un casque audio.

 

Attention aux oreilles avec ce casque

Attention aux oreilles

Ceux qui, comme quoi, ont eu l’occasion d’expérimenter les casques intra-auriculaires le savent bien :
- ces objets sans forme qui colmatent nos oreilles sont des oreillettes, pas des casques
- écouter son iPod ou son lecteur MP3 avec ce type d’écouteur est une expérience mystique, pour le meilleur comme pour le pire, traumatisante en ce qui me concerne puisqu’elle me donne le sentiment d’avoir la tête sous l’eau (endroit qui n’est pas forcément celui que je préfère au monde)
- retirer des intras de ses oreilles, même lorsque l’on a une hygiène ORL parfaite, ce n’est pas franchement agréable.

 

Un bon vieux casque

Un bon vieux casque des familles


Alors si je vous dis que les intras pouah c’est le mal, vous me dites : ben c’est quoi la solution alors , il faut prendre quoi comme casque ?
Note à moi-même : ne plus poser de questions idiotes. Tout bien réfléchi , vous connaissez très certainement la réponse à cette question : il faut un vrai casque qui se voit à 30 mètres dans un couloir de métro. Pas des intras, pas non plus les écouteurs blancs de qualité médiocre fournis avec la marque de lecteur Mp3 la plus répandue.

 

Je me souviens de mon premier casque : un modèle jaune à arceau fourni avec mon walkman de la même couleur. Le casque était probablement de qualité moyenne (sans parler de celle de ma compil NRJ circa 1984), mais ce fut tout de même un choc et le début de longues écoutes nocturnes.

Stevie Wonder - Songs in the Key of Life

Merveille de mon enfance

Mon deuxième souvenir de casque, c’est un énorme casque Hi-Fi blanc deux fois plus gros que ma tête, que j’avais déniché dans un meuble beige laqué du salon familial. A cette époque, mon père n’écoutait jamais de musique, mais il avait tous l’équipement pour : la platine, l’ampli, les enceintes, tous ces éléments que de moins en moins de gens achètent.

 

Il avait aussi évidemment des disques, et je me suis toujours demandé s’il avait jamais écouté son exemplaire de Imagine de John Lennon, son exemplaire de Ummagumma des Pink Floyd le double album de Stevie Wonder Songs in The Key of Life et ses nombreux 33 tours de blues et de jazz.

 

Toujours est-il que c’est avec ce casque d’extra-terrestre que j’ai réalisé l’importance d’un putain de bon casque, quitte à ressembler à un pilote d’hélicoptère.

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Fantasio