Faut il dénigrer la Variété ?

18 avril 2011

 

Périscope #56

Périscope #56

Une semaine à écouter de la Soul Music, du Funk, du R&B… Heureux mais fatigués, les deux matelots pensent soudainement à Ciccio. Leur barbu préféré ne va pas reconnaitre le Sous-Marin Jaune en rentrant de vacances et va sans doute leur faire payer cher toute cette débauche de cuivres et de groove. Un peu inquiets (oui, Ciccio peut être un vrai despote tyrannique), Fantasio et le Velu se jaugent du regard. Ils savent que le temps est compté, que Ciccio va revenir les bras chargés de disques de folk ou d’alternative country.
Alors comme ultime bravade, les deux comparses décident de faire hurler les enceintes à coup de… variété ! Voilà un genre que Ciccio abhorre par-dessus tout, et qui pourtant recèle quelques vrais trésors à écouter impérativement.
Tel Don Quichotte et Sancho Panza, Fantasio et le Yéti partent chercher leur meilleurs disques de ce genre si honni et d’en mettre plein les oreilles de Ciccio avant qu’il n’arrive…

 

 

Alain Souchon, la Variété qu'aime Fantasio

Alain Souchon, la Variété qu'aime Fantasio

En pensant au genre proscrit de l’univers indie pop rock machin truc, Fantasio sait qu’il y a quelques albums de « variétoche » qu’il partage avec Ciccio. Il y a par exemple l’ultime et excellent album des Innocents, rempli de chansons mémorables comme Une vie moins ordinaire ou Danny Wilde.
Mais le disque étant peu connu et ayant fait un flop, c’est un exemple atypique. D’autant plus quand on connait les albums solos de JP Nataf, qui sont tous simplement ce qu’on fait de meilleur en notre petit pays.
Non, la « variété » c’est autre chose que ça et c’est quelque chose d’inavouable pour n’importe quel fan de musique qui 1. se doit d’être chantée en anglais 2. contenir un projet esthétique fort. En conséquence, impossible d’imaginer un artiste citant Alain Souchon comme influence, même si la filiation est parfois assez criante (suivez mon regard jusqu’à Florent Marchet). Fantasio, parfois, nourrit le fantasme d’un « chanteur » capable de concilier l’universalité de la variétoche à l’exigence pop (une sorte de M en beaucoup mieux). Mais il sait que la « scène française » est coupée en deux : la merde versus la bonne musique trop maniérée (avec Katerine qui fait le con quelque part entre les deux).
En réponse à la demande du Yéti, Fantasio propose d’écouter deux albums d’Alain Souchon qui correspondent aux critères évoqués plus hauts : Jamais Content et Toto, 30 ans, rien que du malheur. Jamais content, rien que pour son titre, mérite un peu d’attention.
Et, parce qu’on est aussi là pour s’amuser même si cela n’a rien à voir avec la Souche, Fantasio propose à son comparse de redécouvrir une pépite aussi débile qu’entêtante entendue à la fin du film Potiche.

 

 

Lisa Miller, la Variété qu'aime le Yéti

Lisa Miller, la Variété qu'aime le Yéti

Le Yéti demande à Fantasio de repasser la pépite en question. Très très kitsch, mais il doit avouer bien aimer ce genre de ritournelle débile.
Tout comme Fantasio, le Yéti savoure ce moment insolite où un certain type de variété retrouve ses lettres de noblesse. Fantasio a raison: le fil est tenu entre la variété de grande classe et la variété bas du front, racoleuse et vulgaire. Mais c’est cela qui est passionnant dans la variété: pourquoi couvrir de dithyrambes Alain Souchon et jeter aux orties son acolyte Laurent Voulzy ? Souvent pour les textes, assez drôles chez l’un, franchement cucul chez l’autre. Et puis pour la qualité des arrangements. Simples et discrets chez l’un, un peu faciles chez l’autre (notamment dans cette fascination pour les années 60, tétanisant toute velléité créatrice).
Et le Yéti de prendre deux exemples pour lui réussis de variété: tout d’abord ce qu’a fait Francis Lai pour le film Le Passager de la Pluie. Passons sur la musique originale du film, un petit bijou de psychédélisme français pour nous concentrer sur la chanson titre du film, chantée par l’obscure Séverine. Les arrangements sonnent aujourd’hui très seventies et la voix assez maniérée pourrait rebuter un fan de rock indé pur et dur, mais le climat intriguant et sombre distillé par la mélodie composée par Francis en fait une petite chose totalement irréelle que le Yéti réécoute toujours avec gourmandise.
La variété n’est pas que française et on trouve les mêmes problématiques chez nos amis anglais et américains. Le label Sundazed vient notamment de rééditer une petite perle de variété américaine des années 60, l’album Within Myself de Lisa Miller, une gamine de 12 ans, dont les chansons orchestrées n’ont rien à envier à Burt Bacharach . Dans cette album que le Yéti écoute en boucle depuis une semaine, on trouve des mélodies un peu faciles mais divinement arrangées, avec cordes et orchestres et deux reprises dingos: une de The Fool on the Hill avec un pouet pouet curieux et un peu grotesque en gimmick et une reprise assez bonne du White Rabbit du Jefferson Airplane où on salue le culot des producteurs qui font chanter à une gamine de 12 ans des histoires de drogues et d’hallucinations. Cela nous fait penser au merveilleux Serge Gainsbourg faisant chanter à l’innocente France Gall ses sucettes a l’anis. Tiens, France Gall, voilà une autre chanteuse de variété qui avant de brailler des chansons stupides dans les années 80, était une interprète de variété de grande classe.
Décidément, en musique, il ne faut jamais avoir la mémoire courte.

 

 

John Barry, Nancy Sinatra et Lee Hazlewood en vue !

3 novembre 2010

 

Nancy Sinatra et Lee Hazlewood comparés à John Barry

La Vigie #33

A la lecture du titre de ce nouvel article concocté par la Vigie, le lecteur averti lâchera sûrement un petit rire sardonique, persuadé qu’enfin la Vigie va être prise à défaut, car proposant une comparaison totalement non pertinente, étant donné les liens discographiques unissant John Barry, le créateur du fameux thème de James Bond, et Nancy Sinatra, l’interprète sublime de You Only Live Twice.

 

Seul un lecteur encore plus averti ne fera pas cette erreur, et se dira qu’il y a sûrement quelque chose de plus que la Vigie veut dire ici (sinon pourquoi parler de Lee Hazlewood, le seul chanteur au monde qui peut faire rougir Serge Gainsbourg en comparant les filles qu’ils ont fait chanter), probablement un détail qui, malgré son évidence post lecture, n’aura pas été relevé par le premier lecteur, malgré sa culture musicale et son insatiable curiosité.

 

Parlons de John Barry, donc. Ce compositeur très connu (Amicalement vôtre à la télé, Out Of Africa au cinéma, pour n’en citer que deux), est le créateur non seulement du thème de James Bond, mais aussi des morceaux titres d’une bonne douzaine de films (les premiers, les meilleurs, parmi lesquelsGoldfinger, From Russia With Love et bien sûr You Only Live Twice).

 

Loin de la Vigie l’idée de vous faire l’affront de penser une demi seconde que vous ne savez pas ce qu’est le thème de James Bond mais, pour le plaisir, et également pour les besoins de notre petite comparaison hebdomadaire, le voici agrémenté d’images indispensables :

 

 

Vous entendez les cuivres qui relancent le morceau, à partir de la quarantième seconde environ ? Évidemment que vous les connaissez par cœur, là n’est pas la question.
La question serait plutôt : est-ce que vous entendez les violons faire la même chose ici, aux alentours de 2m38 (puis de nouveau à 3m14) :

 

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

 

En fait, la vraie question est : pourquoi avoir mis ce clin d’œil gigantesque à James Bond ? (clin d’œil d’autant plus évident que Summer Wine et You Only Live Twice sont tous les deux sortis en 1967). Sans en avoir la moindre idée, la Vigie parierait sur une blague potache du génial Lee Hazlewood, qui s’est probablement dit que ça ne pouvait pas faire de mal de capitaliser un peu sur le succès de la musique de Barry.

 

A moins que Lee n’ait tout simplement eu une vision, il y a 43 ans, d’un taré de musique assis devant son ordinateur, se raclant le cerveau pour trouver des analogies musicales, et qu’il se soit dit qu’il allait lui donner un petit coup de pouce…

 

 

 

Si vous aussi vous voyez des sosies partout (artistes, pochettes, chansons…), n’hésitez pas à en faire part à la Vigie du Sous-Marin Jaune, ou à le mettre dans un commentaire.

 

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Ciccio

Le Sous-Marin Jaune connaît la chanson

18 octobre 2010

 

Périscope #34

Périscope #34

Cette année, une nouvelle fois, on aura beaucoup parlé de musique française avec Arnaud Fleurent-Didier, Katerine, Bertrand Belin ou Florent Marchet aujourd’hui. Sans oublier les valeurs sures qui ont sorti l’an dernier des albums importants comme Dominique A, Benjamin Biolay ou Miossec.
Le Yéti a envie de savoir aujourd’hui si ses deux acolytes sont touchés par cette chanson française. S’ils ont aimé certains albums et pourquoi. Si le fait que les textes de tous ces chanteurs soient travaillés (dans le registre sérieux ou de la gaudriole) importe pour eux. Si cette chanson française a enfin pu s’affranchir de l’ombre tutélaire des grands (GainsbourgBashungBrel).

 

 

Oui à Florent Marchet !

Oui à Florent Marchet !

Le Yéti se souvient d’une période jadis où les français ne jouaient TOUS qu’un vilain rock qui tâche, sans originalité. La faute à Noir Désir qui aura entraîné dans sa cohorte toute une flopée de suiveurs et de tâcherons bruyants. Et puis est arrivé Dominique A et rien ne fut plus comme avant. Et le Yéti se mit à revivre, car pour le fan de pop qu’il est, subir la musique soi-disant engagée de Saez, Eiffel ou Aston Villa était pire que le supplice de Tantale.
Alors le Yéti dit oui à tous ces chanteurs français, surtout Dominique A, Miossec, JP Nataf et Florent Marchet, ses deux chouchous absolus.
Pour Florent, Rio Baril était sublime, du coup il espère que Courchevel, qu’il n’a pas encore écouté, sera du même tonneau. Car Florent n’a pas son pareil pour mettre en musique des petits histoires marrantes, touchantes : là où Arnaud Fleurent-Didier lui semble beaucoup trop intello, Florent Marchet lui parait plus ludique et terrien. Plus rillettes somme toute.

 

Oui  à Katerine !

Oui à Katerine !


Alors que le Yéti verse une larme en repensant à ses souvenirs émus de Dominique A, Fantasio pense à ses premières écoutes de Courchevel. Plutôt que de déflorer la découverte, il préfère laisser au Yéti le soin d’être déçu/trèsdéçu/satisfait de ce nouvel album. Puis, sans prétention, il se rappelle ce qu’il s’est dit en écoutant le dernier album de Katerine : c’est débile, ça ne ressemble à rien, mais j’aime ça. Si 8ème Ciel ou les Mauvaises Fréquentations sont remplis de chansons dix fois meilleures que les 24 blagues du dernier album, qui peut lui reprocher de s’amuser comme un petit fou et d’avoir envie de toucher un public dix fois plus large ? Pourquoi faudrait-il se fendre d’un nouvel album réservé à une certaine catégorie d’auditeurs, voué à terminer sa vie dans les bacs des soldeurs ? Qui d’autre aurait l’idée de faire poser ses parents pour la pochette d’un disque ? Pas Fantasio, qui en profite pour diffuser les 2 minutes de La Moustache à bord du Sous-Marin Jaune, prélude à un essayage de moustaches postiches.

 

Et oui à Dominique A bien sûr !

Et oui à Dominique A bien sûr !

Sur le fond, Ciccio est on ne peut plus d’accord avec avec ses deux camarades. En y pensant, et alors que le Yéti est en train de dire à Fantasio qu’il, avec sa fausse moustache, ressemble comme deux gouttes d’eau à Florent Marchet et à Ciccio, ben, comme d’hab’, à Ringo, il coule sur la joue de Ciccio une larme d’émotion, qui lui rappelle que ce n’est pas si souvent que les trois pensionnaires du vaisseau jaune tombent d’accord.
Le seul bémol dans cette harmonie parfaite, c’est que la phase chanson française de Ciccio se situe derrière lui, il y a quelques années, à l’époque où il ne jurait que par Les Têtes Raides, La Tordue, Dominique A, ou encore Yann Tiersen. Qu’il semble loin ce temps-là ! Ciccio se demande quel est le dernier album français qu’il a écouté en entier, pour le plaisir, pas parce qu’il venait de sortir et qu’il était curieux (comme ce fut le cas pour Courchevel).
Perdu dans ses pensées, Ciccio n’a pas senti venir le Yéti dans son dos. Ce dernier, pourtant peu discret car mort de rire à l’idée de la farce néanmoins faiblarde qu’il va faire à son ami, lui met un vilain taquet dans le dos, ce qui a pour effet de faire tomber sa moustache.
Ciccio ramasse sa moustache et se relève en riant, rejoignant ses amis dans une ronde endiablée tandis que dans les enceintes la douce voix de Françoiz résonne : « Au Twenty Two Bar ce soir-là, on dansait… ».

 

 

Il ne faut pas… assister au naufrage de l’équipe de France de football sans écouter Serge Gainsbourg

19 juin 2010

pas

La Combinaison #22

Tout ou presque a déjà été dit sur ce qui s’est passé jeudi soir dernier.

 

Loin de moi l’idée de remuer le couteau dans la plaie, mais bien au contraire de mettre un peu de beau dans ce qui n’aura inspiré à la plupart des observateurs que dégoût et déception.

 

N’ayez pas peur, il ne sera pas question ici de remotiver les troupes avec une version « améliorée » de notre hymne (« La Marseillaise, même en reggae, ça m’a toujours fait dégueuler… »), mais plutôt d’évoquer, avec le plus de poésie possible, cette distance séparant l’équipe et le peuple de France, distance qui grandissait tranquillement mais sûrement depuis quatre ou cinq ans, distance qui s’est creusée dans un glissement de terrain cette semaine.

 

Tu n’es plus qu’une pauvre épave,
Chienne crevée au fil de l’eau
Mais je reste ton esclave
Et plonge dans le ruisseau
Quand le souvenir s’arrête
Et l’océan de l’oubli,
Brisant nos cœurs et nos têtes,
A jamais, nous réunit.

 

Yann Tiersen en avait fait une superbe reprise pendant sa tournée live en 2002, mais laissons à Gainsbourg ce qui revient à Serge, car cette première interprétation est magnifique :

 

 

Si vous passez le week-end à pleurer parce que vos voisins, pour faire passer le goût de vomi coincé au fond de la gorge, ont décidé de jouer tous les morceaux officiels de toutes les équipes de France, alternant allègrement entre Johnny Halliday et Bernard Minet, pour finir sur le cultissime Viva Les Bleus de 1986, véritable tour de force réunissant la bagatelle de Carlos, Sim, Philippe Lavil, Herbert Léonard, Patrick Sébastien, Sacha Distel, Marcel Amont, Michel Boujenah, Didier Barbelivien et Enrico Macias, c’est que vous l’avez bien cherché.

 

 

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Ciccio

Tim Reece et Eric Elmosnino en vue !

5 mai 2010

Tim Reece et Eric Elmosnino

La Vigie #16

A ce moment précis, la Vigie sait exactement ce que vous êtes en train de vous dire. C’est très probablement quelque chose du genre « Tim qui ? Eric comment ? Attends, c’est qui ces mecs ? ». A l’extrême rigueur, il se peut que vous connaissiez le second, Elmosnino, car il a récemment été à l’affiche d’un film français qui a eu un bon petit succès, et qui était consacré à la musique, et plus particulièrement à un musicien français appelé Gainsbourg.

 

Quant à l’autre protagoniste de cette comparaison, la Vigie l’a découvert à l’occasion du très bon concert de The Album Leaf, en mars dernier à la Maroquinerie de Paris. Ce jour-là, le Tim en question avait produit sur elle, une très forte impression, grâce notamment à ses rythmes d’une précision germanique et d’une puissance de bucheron.

 

Lors de ce concert, la Vigie a eu la chance d’être accompagné par un photographe de concert hors pair, un certain AchabLive, dont les fabuleuses photos de concert sont visibles sur son espace Flickr. Lui aussi avait été très impressionné par Tim Reece (pour les raisons citées plus haut, mais également parce que Tim n’a pas quitté ses lunettes noires de tout le concert, malgré l’obscurité sur scène), il l’a retrouvé au bar après le concert, et l’a pris en photo :

 

Tim Reece, fils d'une bucheronne et d'un fonctionnaire allemand

Tim Reece, fils d'une bucheronne et d'un fonctionnaire allemand

 

Et de l’autre côté du ring, donc, nous avons Eric Elmosnino, acteur français plutôt talentueux et probablement légèrement porté sur la bouteille si la Vigie en croit ses nombreuses apparitions dans le bar de quartier à côté de chez elle. Voici en tout cas à quoi il ressemble sobre et sans lunettes de soleil :

 

Eric Elmosnino, l'homme à la tête de l'homme à la tête de chou

Eric Elmosnino, l'homme à la tête de l'homme à la tête de chou

 

Et qu’on vienne pas me dire qu’ils se ressemblent pas, sinon je tue le chien !

 

 

Si vous aussi vous voyez des sosies partout (artistes, pochettes, chansons…), n’hésitez pas à en faire part à la Vigie du Sous-Marin Jaune, ou à le mettre dans un commentaire.

 

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Ciccio