Pour et contre l’album d’Anna Calvi

11 février 2011

 

Anna Calvi

L'exctincteur #6

En moins d’une semaine Anna Calvi a réussi à faire parler d’elles dans toutes les bonnes gazettes, des webzines les plus affutés aux journaux gratuits en passant par les blogs.

 

De quoi s’agit-il en apparence ? Une jolie fille dotée d’un excellent réseau de promotion et d’un bon carnet d’adresses. Un nom qu’on retient vite, une pochette pas très éloignée de Roxy Music : un package qui donne envie de savoir ce qu’il en est vraiment, à vous comme à moi.

 

Concernant le contenu et donc la musique, c’est là que ça se complique, mais les clés sont déjà dans le dossier de presse et dans l’entame brumeuse de l’album, Rider To The Sea : quelque chose d’à la fois attirant et un peu louche aussi.

 

Si les comparaisons déjà évoquées ailleurs n’ont pas vraiment d’importance et ne donnent pas vraiment une idée précise de ce premier disque, elles ne sont pas dénuées de sens. En effet, Anna partage avec Goldfrapp la capacité à enchaîner moments de grâce et déflagrations proches d’une radio FM des années 80. Le deuxième, c’est que si ce disque fait autant parler de lui (en janvier 2011, hein), c’est parce qu’il est avant tout un fantasme qui ne se réalise jamais vraiment.

 

Anna Calvi le disque

Un peu trop de bruit pour pas grand chose

Dans un mauvais jour, je vous dirais même que les gens aiment plus l’idée du disque que le disque lui même.
Difficile d’en vouloir à quiconque d’être séduit ou de reprocher cette habileté à se façonner une identité dans le paysage médiatique du moment.

 

Il y a les moments de vérité à l’écoute de disque. The Devil, par exemple, où l’on comprend pourquoi Scott Walker est cité dans toutes les chroniques, tout en réalisant que c’est un peu le problème du disque (Souvenez-vous du cas d’école hyper-déceptif Cousteau, on nous a déjà fait le coup).
Tous ces moments-là me rendent vaguement nauséeux, alors que le classicisme de Blackout finit par me toucher davantage, bizarrement à la manière d’une Neko Case.
Est-ce que c’est normal, on s’en fout un peu, et c’est peut-être aussi ce qui fait le charme de ce disque.
Malgré le chant envahissant de Morning Light, on y revient, pas forcément coupable mais doucement obsédé par l’ambiance de cet album.

 

Love won’t be leaving, par sa progression un peu appuyée mais chargée d’émotions, c’est un peu le poison qui s’insinue sans que l’on s’en aperçoive.
Aimer un disque pour son ambiance plus que pour ses chansons, voilà un truc étonnant auquel je ne m’attendais pas, le pari réussi du disque en quelque sorte. Beaucoup de bruit pour pas grand chose, on est d’accord, mais un peu de bruit quand même.

 

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Fantasio

Aimez vous Brahms ?

24 janvier 2011

 

Périscope #47

Périscope #47

Cette semaine, profitant d’une escale à Paris (oui, le sous-marin jaune peut naviguer sur la Seine), le Yéti est allé voir Nikolai Lugansky jouer du Schumann, du Brahms et surtout du Chopin. Le concert fut magnifique et le Yéti s’est surpris à siffloter une polonaise toute la soirée.
Finalement tout ceci n’est pas très surprenant puisque la musique dite classique aujourd’hui était certainement le rock’n’roll des siècles précédents.
Curieux, le Yéti se demande si ses comparses sont eux aussi sensibles à la musique classique, s’il y a un auteur qu’il vénère, et si la musique classique, on y vient que quand on vieillit parce que quand on est ado, c’est la musique qu’écoutent nos parents, et ça, c’est pas punk du tout.

 

 

Le truand André Rieu

Le truand André Rieu

Fantasio imagine la scène avec un plaisir certain : le Yéti, Ciccio et Fantasio assistant à un concert de musique classique. Une situation incongrue à plus d’un titre : Il faudrait déjà que les 3 comparses parviennent à passer les services de sécurité. Ensuite, Ciccio s’endormirait au bout de quelques minutes, pendant que Fantasio ferait semblant d’écouter attentivement l’orchestre. Enfin, le Yéti se ferait remarquer d’une manière ou d’une autre, par un rire nerveux ou un grincement de dents, avant de quitter la salle en hurlant que André Rieu est beaucoup plus rock’n'roll que tout ça. Non, décidément, le sous-marin jaune n’est pas bien placé pour parler de musique classique en dehors des expérimentations des Beatles.

 

 

Erik Satie, que le Yéti kiffe grave

Erik Satie, que le Yéti kiffe grave

Le Yéti regarde Fantasio et sourit. Effectivement, il n’est pas très qualifié pour parler de musique classique : il n’y connaît rien en solfège et autres signes kabbalistiques qu’on trouve sur une portée. Pourtant, le Yéti est venu à la musique classique par la Pop. Avant, il exécrait toutes ces symphonies ou opéras qui le gonflaient royalement. Et puis il a découvert les arrangements pour cordes de l’immense Van Dyke Parks pour les Beach Boys, a aimé le coté symphonique des albums de Scott Walker, et finalement s’est retrouvé avec des disques de Grieg ou de Schubert dans sa discothèque. Aujourd’hui, le Yéti met même Erik Satie sur le même piédestal que Brian Wilson ou Paul McCartney : des virtuoses de la mélodie, du gimmick qui tue, d’une sensibilité qui vous touche durablement. Comme quoi, tout arrive.

 

 

Dis pas du mal de Mozart, parce que c'est mon pote !

Dis pas du mal de Mozart, parce que c'est mon pote !

Pour Ciccio, la musique classique, c’est un peu comme le jazz : plein de noms qu’il ne connaît pas, des possibilités qui paraissent infinies, un monde totalement nouveau à explorer… Il subsite malgré tout une attirance forte : dès qu’il a la chance d’en écouter un peu (ce qui reste très rare), Ciccio prend beaucoup de plaisir, et se promet d’explorer le compositeur dont on lui dit le nom, nom qu’il oublie au bout de quelques minutes hélas.
Il ne lui reste alors plus qu’à rentrer chez lui et à mettre le Concerto pour Clarinette de Mozart, encore un morceau découvert « par hasard », dans l’énorme Préparez vos mouchoirs de Bertrand Blier.
Ciccio a vu au moins 150 fois la scène inoubliable dans laquelle Dewaere et Depardieu forcent Serrault à écouter Mozart. Il rêverait de pouvoir faire la même chose au sein du Sous-Marin : Ciccio Dewaere et Fantasio Depardieu en train de maltraiter Yéti Serrault afin de lui faire entendre raison à propos de Bob Dylan :
Yéti : Je tiens à vous dire qu’il est 5h du mat, et que demain je me lève tôt pour aller travailler à la banque, donc vous allez couper votre zinzin, sinon j’appelle les flics !
Ciccio : Toi tu vas venir écouter Bob Dylan avec nous !
Yéti : Mais je m’en fous de Bob Dylan, je l’emmerde Bob Dylan, moi.
Ciccio : Dis pas du mal de Bob Dylan, parce que c’est mon pote !
Fantasio : Ferme ta gueule, et ouvre tes oreilles…

 

 

Le Gimmick selon Echo & The Bunnymen

29 octobre 2010

Le Gimmick selon Echo and the Bunnymen

Le Sonar #1

Récemment, sous l’impulsion du Yéti, les matelots du Sous-Marin Jaune avaient disserté sur les meilleurs gimmicks de l’histoire planétaire depuis le crépuscule de l’aube de la nuit des temps de la musique pop rock (pour les fainéants qui n’ont pas cliqué sur le lien précédent – je parle du truc souligné, dans la phrase, là – rappelons qu’un gimmick est un espace musical, peuplé de quelques notes ou d’un bruit spécifique, capable de capter l’oreille de l’auditeur et de le rendre fou amoureux de la chanson dans laquelle ledit espace est placé).
Aussi avons-nous décidé, à l’unanimité, d’y consacrer une nouvelle mini rubrique : le Sonar !
Honneur au Yéti, donc, qui inaugure aujourd’hui ce nouvel espace de liberté d’expression unique dans le monde du blog musical.

 

 

Je suis vieux. Très vieux. J’ai connu un certain rock indé que les moins de… fichtre je ne sais plus trop, ne peuvent pas connaitre.

 

Ainsi, j’ai vécu la grande aventure Echo & The Bunnymen dans les années 80. Avec ferveur et passion, car Ian McCulloch était (reste) mon idole quand j’étais gamin, pour sa morgue, sa classe, sa voix et pour ses chansons. Parmi elles, l’inoxydable Rescue, présente sur le premier album des Hommes-Lapins, Crocodiles. Ce titre s’ouvre sur un énorme gimmick, quelques notes entêtantes de guitare qui carillonnent, d’une pureté cristalline avant que Ian ne vienne y foutre le feu.

 

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

 

Aujourd’hui encore, c’est l’un de mes riffs préférés. D’une grande simplicité certes, mais pour moi le meilleur exemple d’un certain son anglais typique des années 80. Un son qui n’a pas trop mal vieilli, je trouve, et qui ne vous colle pas un cafard monstre comme celui des nombreux comparses d’Echo à l’époque (The Cure et Joy Division en tête). Un gimmick qui prouve à lui seul la grande classe de ce groupe sous-estimé et souvent raillé.

 

Mais tremblez, bande de sauvageons ! Un jour, Ian reviendra avec un album solo qui enterrera tout le monde, un album que l’on rangera entre Richard Hawley et Scott Walker. Je le sais, je l’ai lu dans le marc de mon café ce matin.

 

 

Si vous aussi vous pensez à un gimmick (un riff, quelques notes de trompettes, des clappements de main, un sifflotement…), n’hésitez pas à en faire part à la Vigie du Sous-Marin Jaune, ou à le mettre dans un commentaire.

 

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Ciccio

Le Sous-Marin Jaune passe la St Valentin avec Richard Hawley

15 février 2010

 

Richard Hawley est grand, très grand

Périscope #6

Mercredi dernier, un fait notable et important s’est produit à Paris: le meilleur concert de l’année 2010 a eu lieu. Ok, l’année est loin d’être terminée, mais on sait déjà que ce concert marquera durablement les esprits. L’homme responsable de cet engouement s’appelle Richard Hawley et le Sous-Marin Jaune vous dit pourquoi cet artiste est IMMENSE.

 

Si l’ on demande à Fantasio ce qu’il pense de Richard Hawley, il vous répondra au moins deux choses. La première, c’est que rien ne ressemble autant à un album de Richard Hawley qu’un album de Richard Hawley. Même voix profonde, même nonchalance, même élégance, même si Lady’s Bridge et Coles Corner se distinguent aisément dans la mémoire de Fantasio. Il se souvient d’un concert en 2008, où il avait ressenti un mélange de sérénité, de chaleur… et d’ennui. Sur scène, le style du crooner britannique tombait parfois dans la monotonie. Il avait alors conclu qu’il préférait définitivement les disques aux concerts, de même qu’il préférait la littérature à la vraie vie.
La deuxième chose que Fantasio dirait à propos de Richard, c’est qu’en 2010, ne pas connaître Richard Hawley, ne pas avoir eu l’occasion l’apprécier ses chansons, c’est quand même un peu se moquer du monde.
Un observateur attentif lui répondrait cependant qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire et découvrir Truelove’s Gutter ou un de ses prédécesseurs, ainsi qu’il n’est jamais trop tard pour écouter autre chose de Roy Orbison que Pretty Woman.

 

Richard Hawley

Richard Hawley

Justement, Le Yéti est le dernier à bord du submersible à avoir déclaré sa flamme pour Richard. Au début, il ne comprenait pas trop la fascination de Ciccio et Fantasio pour Richard Hawley. Et puis Truelove’s Gutter lui est tombé sur sa trombine velue, et il a compris.
Compris que la voix de cet homme était l’une des plus belles aujourd’hui, l’égale de Scott Walker ou de Lee Hazlewood. Compris que ce gars composait des chansons poignantes, à faire chialer n’importe quelle grosse brute épaisse et poilue (n’importe quel Yéti donc). Compris enfin que Richard était un gars bien, attachant, cultivé, rare dans le cirque de la musique rock (il suffit de lire son interview dans le n°5 du magazine Eldorado pour tomber raide dingue fou amoureux du gars. Si, si).
Aujourd’hui, le Yéti comble son retard à vitesse grand V et écoute la discographie de Monsieur Hawley en boucle. Et jalouse en secret Ciccio qui a pu assister, lui, au fameux concert de l’Alhambra.

 

Son dernier album: Truelove's Gutter

Son dernier album: Truelove's gutter

A ce propos, Ciccio a bien du mal à comprendre pourquoi le Yéti s’enthousiasme autant pour un concert auquel il n’était pas, et dont Ciccio lui-même ne lui a pas parlé. Il imagine le Yéti, le soir du concert, seul dans sa chambre, torse nu, les fenêtres ouvertes, le poil au vent glacial de février, écoutant le fantastique Truelove’s Gutter tout en se fouettant le dos à l’aide d’un martinet, et murmurant dans sa barbe « t’es pas allé au concert, hein ? Tiens, prends ça, c’est bien fait pour toi. Et puis tiens ! Ca c’est pour toutes les fois où tu me fais chier avec tes groupes inconnus… ». Pendant qu’au même moment, Ciccio, lui, se disait qu’enfin, Richard Hawley avait sublimé sa musique sur scène, montrant tout le chemin parcouru depuis le pourtant déjà fabuleux premier titre de son premier album, Something Is. Oui, le dernier album de Richard Hawley est son meilleur, et si vous êtes pas d’accord il envoie la mafia de Sheffield s’occuper de vous et de votre famille.