
Périscope #8
Cette semaine, Fantasio a déserté le Sous-Marin Jaune.
Alors que le submersible faisait escale à Valparaiso, le fougueux Fantasio a mis le nez dehors, vu le soleil et s’est mis à rugir : « MOUHAHAHA, SOLEIL !! ».
Depuis, plus aucune nouvelle. On raconte que certains l’ont vu en train de faire la sieste sous le porche d’un rade miteux de la ville, d’autres sur la plage en train de se faire dorer la couenne…
Le Yéti et Ciccio se retrouvent donc seuls et soudain ils se demandent si la qualité de leurs écrits va être la même sans Fantasio. Ce blog va-t-il soudainement devenir fade et inintéressant l’espace d’une semaine ?
Et plus généralement, de s’interroger sur l’impact de la désertion d’un membre éminent d’un groupe, sur la qualité d’un album, d’un concert, d’une chanson…

Oasis - Version 4.0 ?
Fantasio a quitté le navire pour quelques jours, le Yéti a trouvé un nouveau travail : cette semaine, Ciccio s’est senti bien seul à bord du Sous-Marin Jaune. En même temps, quand on est seul, on est peinard, on fait ce qu’on veut, c’est bien connu.
C’est d’ailleurs après cette réflexion rapide et peut-être même un peu simpliste que certains membres de groupes sont partis, parfois l’espace d’un album seulement, faire de la musique tout seul.
Les exemples sont foison, de l’engueulade bilatérale (The Beatles, pour ne citer qu’eux… Ciccio aurait bien cité le nom d’Oasis, ne serait-ce que pour faire chier Fantasio, d’autant qu’il n’est pas là et du coup Ciccio fait ce qu’il veut – ce ne serait d’ailleurs que justice, au vu des engueulades à répétition entre les frères Gallagher d’une part, et du nombre impressionnant de membres du groupe qui se sont fait virés d’autre part) à la désertion (Bernard Butler, guitariste fondateur de Suede), en passant par le renvoi (Jay Bennet, viré de Wilco) ou la mise au repos forcé (Brian Wilson, gentiment « protégé » par ses frères et cousins des Beach Boys), ou même encore la parenthèse (pas toujours) enchantée (Thom Yorke, qui bidouille hors de Radiohead). Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas en tirer de conclusion particulière : parfois, le soliste faisait mieux sans les autres, parfois (voire souvent) il faisait moins bien.
De là à dire que le groupe est forcément meilleur que la somme des individus, il n’y a qu’un pas, que Ciccio se refuse à franchir, préférant citer le grand Georges pour conclure : « Quand on est plus de quatre, on est une bande de cons » (à la lecture de cette citation, certains d’entre vous pourraient être tentés de virer un ou plusieurs membres de leur groupe pour ne pas dépasser les quatre membres ; dans ce cas, Ciccio vous conseille, vous conjure, vous implore de conserver votre batteur).

The Beach Boys - Version 1.0
Contrairement à Ciccio, Le Yéti croit en l’alchimie. Celle qui transforme le plomb en or. Et en matière de musique, il en est persuadé : en cas de désertion d’un musicien important, le groupe est bon pour l’hospice pour vieux, la boite à souvenirs.
Echo & The Bunnymen sans Ian Mc Culloch (oui, le groupe a tourné sans Ian dans les années 90) ? Aux chiottes.
Morcheeba sans Skye Edwards ? Aucun intérêt. Même
Blur sans Graham Coxon est plus fade (quoique,
Think Tank est une merveille d’album).
Pourquoi ? Parce que dans un groupe, le plus important est la cohésion de l’ensemble et l’histoire du groupe, ce qui les rassemble, les galères du début, les premières groupies, la première tournée internationale. C’est de là que sortent les meilleurs concerts, les meilleurs morceaux.
L’histoire de la musique pullule d’exemples de groupes ayant changé le bassiste / batteur pour un meilleur, plus carré, mais qui n’a pas le même vécu. Résultat : oui, c’est en place, mais souvent moins bien. Pas d’âme.
Un seul bémol pourrait faire écrouler la théorie du Yéti : les Beach Boys. En concert, sans Brian Wilson, c’était mieux, car Brian était tétanisé par la scène. Sur disque, pendant la convalescence de Brian, le groupe s’en est remis à Carl et Dennis, les deux autres frangins. Et le Yéti de penser que ces albums (Carl & the Passions, Sunflower – où Brian n’apparaît qu’épisodiquement) valent bien mieux que ceux où Brian sera de retour (15 Big Ones, Love You). Mais les Beach Boys sont à part. L’exception qui confirme la règle.
La preuve, le Sous-Marin Jaune sans l’ami Fantasio, c’est moins virevoltant. Il nous manque, notre père fouettard préféré.
C’est décidé, le Yéti va chausser ses espadrilles, prendre Ciccio sous son bras poilu et arpenter les ruelles de Valparaiso pour aller récupérer Fantasio par la peau du cou et le ramener dans le submersible. Tudiou.