La Musique du Routard

28 mars 2011

 

Périscope #55

Périscope #55

Le Yéti a pris exceptionnellement une semaine de vacances laissant à Ciccio et Fantasio le soin de piloter avec hardiesse le Sous-Marin Jaune. A son retour, le gros velu est tout excité de retrouver ses comparses, surtout après le désert musical qu’il a traversé.
En effet, si la destination choisie par le Yéti lui a bien apporté satisfaction pour le soleil et le repos, on ne peut pas en dire autant pour la musique où il n’y avait rien de bien excitant à se mettre sous la dent.
Le Yéti a manqué de sagacité, car voilà un sujet à ne pas prendre à la légère : quelle musique doit on choisir lorsqu’on part en vacances ? Doit on se forcer à écouter les radios locales pour être dans l’ambiance ? Doit on partir avec une sélection de CDs en rapport avec la destination choisie ? Doit on forcément écouter Jean-Louis Murat quand on part en Auvergne ou les Fleet Foxes lorsque l’on traverse le grand Ouest américain ?
Les 3 matelots vous donnent leurs préférences.

 

 

 

Doit on écouter The Carter Family dans les campagnes américaines...

Doit on écouter The Carter Family dans les campagnes américaines...

Ciccio a envie de rire devant la naïveté, pourtant légendaire, du Yéti. Mais merde, ÉVIDEMMENT qu’un voyage, ça se prépare musicalement ! La sélection musicale doit même être le PREMIER élément auquel on doit accorder de la réflexion, car il ne faut jamais, au grand JAMAIS, laisser les locaux vous imposer leur musique (surtout quand on part dans le pays du Zouk, Yéti…).
Chez Ciccio, tout est bien huilé : tandis que sa douce moitié étudie les guides culturels et prépare les excursions, balades et visites, lui s’imprègne des paysages, de la culture, de l’histoire, et en produit une liste d’albums à jouer à des moments précis du voyage.
Le meilleur exemple est le road trip qu’ils ont fait en 2009, parcourant 10 000 kilomètres à travers 14 états des Etats-Unis. Chaque paysage ou lieu avait sa musique : Moriarty ou Ray Lamontagne dans les grandes plaines du Dakota, la bande originale du Seigneur des Anneaux sur le crépuscule des fumées de Yellowstone, Calexico dans Joshua Tree, la bande originale de The Straight Story au milieu des champs de l’Iowa, The Carter Family dans les villages paumés du Kansas et, moment sublime et flippant à la fois, Ennio Morricone lors de la traversée de la Death Valley.
Non seulement le mélange des paysages et de la musique garantit un voyage inoubliable, mais en plus les émotions ressurgissent, intactes, lors de la ré-écoute de ces morceaux, longtemps après.

 

 

 

... ou de la musique folklorique egyptienne au Caire...

... ou de la musique folklorique egyptienne au Caire...

En matière de voyages, le Yéti fait tout le contraire de Ciccio. En effet, le Velu aime bien être surpris et c’est pour cela qu’en vacances, s’il part dans une contrée nouvelle, il emporte rarement de la musique, préférant miser sur la découverte.
Cela lui a parfois réussi (il garde d’excellents souvenirs musicaux en Afrique notamment) et parfois moins comme en Australie où les radios locales dégueulaient un rock FM épouvantable obligeant, lui et sa sœur, à aller acheter dans une grande surface quelques disques plus délicats dont le méconnu (et très bon) Pocket Symphony de Air. En règle général, le Yéti aime donc se la jouer couleur locale car il se dit que quitte à découvrir un pays, autant le faire à fond. Manger de la tête de poisson au son de la Kora, oui. Découvrir le Wadi Rum au son de Noir Désir, non !
Et le Yéti de se rêver Marco Polo de la musique à chaque fois qu’il a la chance de partir à l’étranger, espérant surprendre ses amis à son retour en mettant un disque de musique folklorique égyptienne sur sa platine, disque qui ira moisir au fin fond de sa discothèque ensuite, car c’est bien connu : les souvenirs de vacances finissent forcément dans une boite en carton au fond d’un placard.

 

 

 

... ou Milton Nascimento au Brésil ?

... ou Milton Nascimento au Brésil ?

Fantasio écoute ses amis avec attention, enfin surtout Ciccio, cette fois-ci, puisque ses propos l’interrogent. S’il admire des groupes comme Calexico qui parviennent à innover tout en recyclant un certain folklore, pour Fantasio tout cela relève de l’imaginaire et du fantasme. Malgré son goût pour les voyages, il n’a pas parcouru tous les continents, se contentant de l’Afrique et de l’Amérique du Nord. C’est donc logiquement qu’il a découvert (comme tout le monde) des pays comme le Brésil à travers leur musique, avec ou sans clichés, merci Caetano Veloso et Milton Nascimento. Mais écouter de la musique mexicaine en visitant les pyramides aztèques ? Non, Fantasio ne s’imagine pas une seule seconde préparer un voyage en programmant la bande sonore qui va bien (on parle bien de voyage à l’étranger, pas de congés payés en bord de mer), et il ne s’est jamais posé la question. Pourquoi essayer de superposer l’imaginaire au réel ? Le voyage c’est donc l’abandon de son attirail habituel : son téléphone mobile, et donc la musique qu’il contient. Mais, en écoutant le récit de Ciccio, il se met à imaginer ce que pourrait donner son prochain départ à Chypre sur fond de musique folkorique

 

 

 

Le Sous-Marin Jaune connaît la chanson

18 octobre 2010

 

Périscope #34

Périscope #34

Cette année, une nouvelle fois, on aura beaucoup parlé de musique française avec Arnaud Fleurent-Didier, Katerine, Bertrand Belin ou Florent Marchet aujourd’hui. Sans oublier les valeurs sures qui ont sorti l’an dernier des albums importants comme Dominique A, Benjamin Biolay ou Miossec.
Le Yéti a envie de savoir aujourd’hui si ses deux acolytes sont touchés par cette chanson française. S’ils ont aimé certains albums et pourquoi. Si le fait que les textes de tous ces chanteurs soient travaillés (dans le registre sérieux ou de la gaudriole) importe pour eux. Si cette chanson française a enfin pu s’affranchir de l’ombre tutélaire des grands (GainsbourgBashungBrel).

 

 

Oui à Florent Marchet !

Oui à Florent Marchet !

Le Yéti se souvient d’une période jadis où les français ne jouaient TOUS qu’un vilain rock qui tâche, sans originalité. La faute à Noir Désir qui aura entraîné dans sa cohorte toute une flopée de suiveurs et de tâcherons bruyants. Et puis est arrivé Dominique A et rien ne fut plus comme avant. Et le Yéti se mit à revivre, car pour le fan de pop qu’il est, subir la musique soi-disant engagée de Saez, Eiffel ou Aston Villa était pire que le supplice de Tantale.
Alors le Yéti dit oui à tous ces chanteurs français, surtout Dominique A, Miossec, JP Nataf et Florent Marchet, ses deux chouchous absolus.
Pour Florent, Rio Baril était sublime, du coup il espère que Courchevel, qu’il n’a pas encore écouté, sera du même tonneau. Car Florent n’a pas son pareil pour mettre en musique des petits histoires marrantes, touchantes : là où Arnaud Fleurent-Didier lui semble beaucoup trop intello, Florent Marchet lui parait plus ludique et terrien. Plus rillettes somme toute.

 

Oui  à Katerine !

Oui à Katerine !


Alors que le Yéti verse une larme en repensant à ses souvenirs émus de Dominique A, Fantasio pense à ses premières écoutes de Courchevel. Plutôt que de déflorer la découverte, il préfère laisser au Yéti le soin d’être déçu/trèsdéçu/satisfait de ce nouvel album. Puis, sans prétention, il se rappelle ce qu’il s’est dit en écoutant le dernier album de Katerine : c’est débile, ça ne ressemble à rien, mais j’aime ça. Si 8ème Ciel ou les Mauvaises Fréquentations sont remplis de chansons dix fois meilleures que les 24 blagues du dernier album, qui peut lui reprocher de s’amuser comme un petit fou et d’avoir envie de toucher un public dix fois plus large ? Pourquoi faudrait-il se fendre d’un nouvel album réservé à une certaine catégorie d’auditeurs, voué à terminer sa vie dans les bacs des soldeurs ? Qui d’autre aurait l’idée de faire poser ses parents pour la pochette d’un disque ? Pas Fantasio, qui en profite pour diffuser les 2 minutes de La Moustache à bord du Sous-Marin Jaune, prélude à un essayage de moustaches postiches.

 

Et oui à Dominique A bien sûr !

Et oui à Dominique A bien sûr !

Sur le fond, Ciccio est on ne peut plus d’accord avec avec ses deux camarades. En y pensant, et alors que le Yéti est en train de dire à Fantasio qu’il, avec sa fausse moustache, ressemble comme deux gouttes d’eau à Florent Marchet et à Ciccio, ben, comme d’hab’, à Ringo, il coule sur la joue de Ciccio une larme d’émotion, qui lui rappelle que ce n’est pas si souvent que les trois pensionnaires du vaisseau jaune tombent d’accord.
Le seul bémol dans cette harmonie parfaite, c’est que la phase chanson française de Ciccio se situe derrière lui, il y a quelques années, à l’époque où il ne jurait que par Les Têtes Raides, La Tordue, Dominique A, ou encore Yann Tiersen. Qu’il semble loin ce temps-là ! Ciccio se demande quel est le dernier album français qu’il a écouté en entier, pour le plaisir, pas parce qu’il venait de sortir et qu’il était curieux (comme ce fut le cas pour Courchevel).
Perdu dans ses pensées, Ciccio n’a pas senti venir le Yéti dans son dos. Ce dernier, pourtant peu discret car mort de rire à l’idée de la farce néanmoins faiblarde qu’il va faire à son ami, lui met un vilain taquet dans le dos, ce qui a pour effet de faire tomber sa moustache.
Ciccio ramasse sa moustache et se relève en riant, rejoignant ses amis dans une ronde endiablée tandis que dans les enceintes la douce voix de Françoiz résonne : « Au Twenty Two Bar ce soir-là, on dansait… ».

 

 

Jacques Brel, Noir Désir, The Verve et Viernes en vue !

8 septembre 2010

Jacques Brel comparé à Noir Désir et Viernes

La Vigie #25

Quelle ne fut pas la surprise de la Vigie lorsque l’un de ses amis, déjà mentionné plusieurs fois dans cette colonne, lui mit sous le nez la pochette d’un album qu’il avait envie de lui faire découvrir.

 

Le titre de l’album lui était inconnu, tout comme le nom du groupe, ou encore le style de musique joué. Par contre, la pochette a immédiatement rappelé des choses, beaucoup de souvenirs, à la Vigie. Les images se sont bousculées pêle-mêle dans son petit crâne, et elle s’est remémorée trois étapes précises de sa jeune vie, correspondant à trois retours sur le devant de la scène.

 

Le premier souvenir, chronologiquement parlant, c’est le retour en force/grâce d’un groupe que pourtant elle n’avait jamais particulièrement apprécié, qui plus est à une époque où toute son énergie auditive était portée sur le Royaume Uni et sa pop enchanteresse. En 1996, donc, un groupe de rock français (sic) dont le chanteur avait perdu sa voix à plusieurs reprises, sortait d’un silence de près de quatre ans pour aligner les pépites sur cet album :

 

Noir Désir touche les nuages avec 666 667 Club

Noir Désir touche les nuages avec 666 667 Club

 

Plus tard, quand la maturité a enfin pris le pas sur les goûts musicaux de la Vigie, elle s’est lancée à corps perdu dans la chanson française à textes, écoutant tout Brassens, d’une part, mais aussi tout Brel. Or, le meilleur album du grand Jacques, selon la Vigie, c’est son dernier. Jacques Brel n’avait rien sorti depuis cinq ans lorsqu’il a poussé son dernier cri sur le magnifique Les Marquises :

 

Les Marquises : dernier album, dernière demeure, une beauté absolue

Les Marquises : dernier album, dernière demeure, une beauté absolue

 

Et puis, beaucoup plus prêt de nous, il y a le retour très controversé de The Verve. Entre Forth et son prédecesseur, le succès commercial Urban Hymans, il s’est non seulement passé plus de dix ans, mais le groupe s’est séparé avec fracas. L’attente était peut-être trop grande quand le groupe de Manchester a finalement remis le couvert en 2008 

 

Forth... vraiment si mauvais que ça ?

Forth... vraiment si mauvais que ça ?

 

Motivée par ces trois souvenirs, la Vigie s’est donc lancée comme un seul homme dans l’écoute de cet album :

 

Dès qu'on enlève le bleu, c'est tout de suite moins apaisant

Dès qu'on enlève le bleu, c'est tout de suite moins apaisant

 

Comment dire… Ladite écoute ne s’est pas soldée par un succès. Tant pis, on retiendra la jolie pochette !

 

 

 

Si vous aussi vous voyez des sosies partout (artistes, pochettes, chansons…), n’hésitez pas à en faire part à la Vigie du Sous-Marin Jaune, ou à le mettre dans un commentaire.

 

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Ciccio

Le Sous-Main Jaune Hope They Die before They Get Old

19 avril 2010

 

Le Sous-Marin Jaune se cherche un manager

Périscope #15

Cette semaine, le Yéti est inquiet. Alors que le Sous-Marin Jaune faisait escale aux iles Cayman, il a accepté ce nouveau travail dans une banque bizarre, où il contrôle des produits auxquels il ne comprend rien tout en faisant croire qu’il a tout pigé. Mais surtout, le Yéti est obligé de travailler. Beaucoup. Et il n’est pas habitué, alors il ronchonne.
En plein débat sur les retraites, il se demande si ce débat touche aussi nos amis musiciens. Quand on voit Leonard Cohen ou Mulatu Astatké, l’inoxydable musicien éthiopien, il se dit que non, jamais un musicien ne prendra sa retraite, et heureusement. Pourtant, plein de petits jeunots déjà vieux feraient mieux de la prendre, leur retraite. Tiens, c’est une question pour ses camarades, ça : les gars, qui vous voudriez voir prendre sa retraite, dans les musiciens aujourd’hui ?

 

 

C’est un phénomène qui a souvent fasciné le Yéti : les groupes très jeunes qui jouent une musique ultra datée, périmée depuis des lustres. Des jeunes déjà vieux. La première fois qu’il a eu cette impression, c’est en écoutant dans les années 90 un groupe anglais, The Music, dont le premier album était une ignoble ragougnasse rock pompée sur les années 70. The Darkness lui avait fait le même effet, plus tard, avec ce faux revival heavy metal à la Black Sabbath.
Aujourd’hui, force est de constater qu’entre les petits groupes pop sans imagination qui cherchent à ressembler à leurs ainés californiens (au hasard la dernière sensation galloise du moment, The School) et ceux qui en France, tentent de refaire du Noir Désir (Luke), le Yéti a de quoi envoyer plein de groupes à la retraite ou même en hospice.
Car le Yéti ne pardonne plus aux copistes, à tous ces faiseurs sans imagination qui tentent aujourd’hui de vous refourguer le même disque qu’une pépite sortie en 1967. C’est pour cela que le Yéti pardonnera tout aux Broken Bells, le nouveau projet de Danger Mouse avec le leader des Shins. Si le disque est loin de tenir ses promesses, les gars auront tenté à travers cette pop quelques jolies choses. Idem pour Caribou, dont le nouvel album est souvent fatigant, mais ne sent pas le formol.

 

 

George Harrison est éternel

George Harrison est éternel


A propos de formol, le grand George l’a dit il y a bien longtemps : «le temps ne fait rien à l’affaire».
«Quand on est bon, on est bon», souhaiterait ajouter Ciccio, avec humilité, et tout le respect qu’il doit à son glorieux ainé. Si l’on commence à juger des carrières sur des critères aussi peu pertinents que l’âge trop avancé du capitaine, alors pourquoi ne pas également instaurer un âge minimum (Jordy était-il trop jeune ?), une association de couleurs interdites (tout le monde en jaune et noir, sinon la musique est forcément à chier !) ou encore une coupe de cheveux réglementaires (cheveux longs, idées courtes…). Bref, cela n’a aucun sens, et ce n’est pas étonnant de voir que même notre Président de la République bien aimé partage l’avis de Ciccio, ce Président qui semble dire que le talent n’a pas d’âge, et qu’il ne faut donc pas le brider avec des règles idiotes de départ à la retraite.

 

 

Neil Young doit il prendre sa retraite ?

Neil Young doit il prendre sa retraite ?

Quant à Fantasio, cette semaine il a eu la main lourde : d’une torpille, il s’est imaginé parvenir à pousser l’éternel Bono vers la retraite. D’aucuns ont ri doucement lorsqu’ils ont vu le missile faire Pschiiit à quelques mètres du crétin d’Irlande.

 

Interrogé par le Yéti, notre Fantasio se fait laconique :
- C’est vrai qu’il y a des gens qui sont malheureusement beaucoup trop loin de la retraite, comme Lady Gaga et David Guetta. A ceux là, je donne un carton rouge : tout le monde peut grandir et/ou changer. Sinon, je suis pour que le départ en retraite soit obligatoire à partir de 50 ans pour certaines personnes. »
A partir de 50 ans ? Quelles personnes ?
- Je n’ai pas encore fini d’écrire la liste, elle s’allonge chaque jour. On y retrouve Sting, Peter Gabriel, Mark Knopfler mais aussi Bob Dylan, Madonna.
Bob Dylan ? Fantasio serait-il tombé sur la tête ?
- Non, je ne blague pas… je ne me suis pas encore décidé en ce qui concerne Neil Young, je me tâte.
Plus qu’un coup de gueule facile contre les têtes de gondole, Fantasio serait-il tout simplement anti-vieux ?