Je n’aime pas… déménager mes disques
22 juillet 2011
Chaque semaine, de nombreuses choses contrarient les trois compères du Sous-Marin Jaune. Plutôt que de ruminer sa colère seul dans son coin, le matelot est sommé à chaque fois par ses comparses de s’expliquer. Cette semaine, c’est Fantasio qui en a gros sur la patate. Vas-y, Fanta, tu peux t’épancher !
Les disques, j’en ai vraiment beaucoup, plusieurs centaines même. Quand je déménage, forcément, les cartons se remplissent vite et les déménageurs font la gueule. Ça ne s’arrange pas quand il faut s’occuper des bouquins de mes étagères, tout aussi nombreux.
La semaine dernière, j’ai été contraint de changer de cabine à bord du Sous-marin Jaune. Pourquoi ce changement ? Dans ma cabine, située à proximité de celle du Yéti, je dormais très mal. Tout d’abord, parce que les ronflements du Yéti traversent les murs et le sas qui nous séparent. Ensuite, parce que je suis réveillé par les activités de somnambule de Ciccio, qui fait les cent pas devant ma cabine, entre 2 h et 3 h du matin, fredonnant chaque nuit l’air de Mykonos des Fleet Foxes.
J’ai donc commencé mes cartons de CD. Je me suis confronté à la réalité : j’étais en train d’emballer des choses qui ne me servent à rien. Et quoi de plus ennuyeux que de passer du temps à faire des choses inutiles. J’ai même réalisé que je n’avais pas d’attachement particulier à ces objets que j’empilais machinalement. Et quand le souvenir de certains albums remontait à la surface, comme Vauxhall & I de Morrissey acheté il y a plus de 15 ans, j’étais incapable de mettre la main dessus, ayant négligé depuis des années le classement alphabétique.
J’ai donc continué à faire mes cartons, un peu comme on emballe de la vaisselle à laquelle on ne tient pas beaucoup. Des objets inutiles qui ne me serviraient jamais dans ma nouvelle cabine, délaissés au profit des MP3 centralisés. Et pourtant, je n’imaginais pas une seule seconde effectuer un tri parmi ces CD, me séparer de certains, mettre des CD à la poubelle ou même les filer au Yéti pour sa culture personnelle. En remplissant un carton des CD des Talking Heads et de XTC, je repensais à ces albums que j’avais adorés, et que j’avais essayé de transmettre à mon ami Ciccio. En vain, puisqu’il est toujours resté insensible à ce pan de la pop.
A mi-chemin de la préparation des cartons de CD, je me suis arrêté. Je me suis dis que c’était la dernière fois que je procédais à un pareil déménagement, et qu’il faudrait bien que je songe à m’en séparer la prochaine fois. Contemplant un carton rempli des albums de David Bowie, je déplorai la laideur de ces objets, ces conteneurs de musique constitués de matière plastique et de papier bon marché. La poussière recouvrait même les disques les moins écoutés, ces albums achetés au hasard ou par le truchement d’une étiquette « ! » alléchante.
Dans les bas-fonds des pires achats, je retrouvais quelques albums de jazz rock, le boîtier cassé d’un album de Mahavishnu Orchestra. Explication : lorsque je faisais tomber le boîtier d’un CD aimé, je le remplaçais par celui intact d’un disque mal-aimé.
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Fantasio


















