Fleet Foxes – Helplessness Blues
8 juillet 2011
Fantasio avait dézingué le deuxième album des Fleet Foxes, mais le Yéti s’offre un droit de réponse et tente une réhabilitation.
Partout, on nous le dit, on nous le répète : le plus dur pour un groupe de musique, c’est le fameux cap du deuxième album.
Mais ici, à bord du Sous-marin Jaune, Ciccio a récemment dit avec brio tout le mal qu’il pensait de cette grotesque idée. Et pour une fois, je suis assez d’accord avec lui et me permets d’enfoncer le clou.
En effet, c’est selon cette théorie lourdingue que la blogosphère (et nous aussi, il faut bien le reconnaître) a jugé un peu hâtivement le second album des Fleet Foxes, Helplessness Blues. Il est temps de faire acte de contrition tant ce nouvel album s’avère finalement dense, passionnant et (presque) aussi bon que le premier.
Le premier reproche fait à cet album est qu’il n’est pas très original, les Fleet Foxes se contentant de creuser leur sillon, à savoir un folk pastoral porté par des chœurs célestes. D’un autre coté, on ne demandait pas aux Fleet Foxes de devenir les nouveaux Aphex Twin ou de tenter un cross over entre la bourrée auvergnate et le Gnawa. Heureusement.
Pour moi, ce reproche ne tient donc pas. Surtout qu’en écoutant bien ce nouvel opus, on s’aperçoit que par deux fois le groupe s’éloigne du format traditionnel des chansons pop-folk (sur The Plains / Bitter Dancer et sur The Shrine / An Argument) pour tenter d’écrire des petites symphonies de poche. Pour moi, c’est déjà une preuve d’originalité et une petite révolution.
Le second reproche fait est que cet album est une pâle copie de Simon & Garfunkel ou très inspiré du folk anglais (Pentangle & Fairport Convention). Déjà, il y a pire comme comparaison. Ensuite, ce n’est pas aussi flagrant qu’on veut nous le faire croire. Le folk des Fleet Foxes est tout de même assez actuel et ne fait pas daté (contrairement à d’autres, au hasard Midlake). Et puis le folk anglais est plus rêche, plus brut (et parfois plus chiant aussi, il faut bien le reconnaitre). Alors que chez les Fleets Foxes, il y a une joliesse de l’ensemble qui ne rebute pas et au contraire soulage, met du baume au cœur.
D’ailleurs, je suis désolé, mais sur l’année 2011, je préférerais écouter mille fois Helplessness Blues que mille fois le dernier album expérimental de Current 93, aussi passionnant soit-il. Faire de la musique immédiatement accessible est un art, profondément casse-gueule, et les Fleet Foxes ont réussi à l’insuffler dans leur folk : que leur nom soit loué sur les trois prochains siècles.
Enfin, il y a sur cet album plusieurs sommets qui pour moi enterrent définitivement toutes les critiques des grincheux : l’ouverture sur Montezuma est une petite merveille qui, de plus, opère une transition habile entre le premier album et le nouveau. Il y a ensuite le morceau éponyme, Helplessness Blues, quintessence de l’art des Fleet Foxes , un folk boisé servi par une mélodie imparable et des guitares formidables. Enfin, l’ultime sommet: l’incroyable et stupéfiant The Shrine / An Argument vers la fin du disque. Tout y est, le folk, le blues, la pop, le rock et surtout la musique cosmique (ou l’acid folk si cher aux Allemands) avec ce final démentiel, de très très haute volée.
Ce titre est d’ailleurs pour moi vers quoi pourrait tendre le groupe pour son troisième album pour cette fois-ci surprendre un peu plus. Et là, je serai peut-être un peu moins tendre si le troisième album est un pur décalque du second, voire du premier.
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Le Yéti











