Une bouée pour Yeti Lane

16 avril 2012

Le mécanicien du SMJ

Le Mécanicien #6

Le Yéti est euphorique. Il a retrouvé Ciccio, ensemble ils ont fêté cela à coup de Left Banke : rien ne semble pouvoir ternir sa bonne humeur.
Bien décidé à profiter de chaque seconde, il court voir son ami le Mécanicien pour prendre de ses nouvelles et raconter pour la 100ème fois comment Howe Gelb a sauvé les matelots des griffes du Sous-Marin Bleu Blanc Rouge.

 

Il arrive dans la salle des machine. Celle-ci semble déserte. Il s’approche de la mini-chaîne du Mécanicien et machinalement appuie sur Play. De curieux sons se mettent à sortir du poste.
Le Yeti, interdit, reste devant les enceintes et écoute. Au milieu du fatras sonores, un gimmick se dessine, un peu comme le thème joué aux extra-terrestres dans Rencontre du 3ème type, puis la rythmique déboule -le Yéti sent des fourmis dans ses jambes-, puis une voix douce et planante.
Le Yéti est stupéfait. C’est sans doute le meilleur morceau de krautrock qu’il ait entendu cette année.

 

 

Le Mécanicien arrive enfin, voit le Velu et sourit : « Tiens le Yéti ! Tu écoutes la musique de tes cousins ? »
Interloqué, le Poilu regarde le Mécanicien :
- Meuh ? Mes cousins ? C’est un groupe qui s’appelle Big Foot ?
- Mais non ! Le titre que tu as entendu ouvre le nouvel album des excellents Yeti Lane.
Le Yéti est aux anges : des copains plein de poils qui en plus jouent du Krautrock !
Puis il regarde la pochette du disque, y voit un hommage à Kraftwerk. Il se dit que le nom du groupe est peut être aussi un clin d’œil à l’album Yeti d’Amon Düül II.
The Echo Show se termine et le Yéti ne peut s’empêcher de remettre Analog Wheel qui sera certainement dans ses meilleurs chansons de l’année 2012.

 

Le meilleur disque de Krautrock depuis des lustres

Le meilleur disque de Krautrock depuis des lustres

 

Les péripéties traversées par le Sous-Marin jaune sont loin. Le Yéti oublie petit à petit les attaques subies et le kidnapping de Ciccio. Il semble retrouver un peu de sérénité.

 

« Alors, le Yéti, tu as envie de faire quoi là, maintenant, tout de suite ? lui demande le Mécanicien, espérant que le Velu lui donne à nouveau un coup de main pour réparer les dernières machines endommagées.
- Prendre des Vacances ! On les a bien méritées !! Je vais tout de suite aller voir Ciccio et Fantasio : on va essayer de se trouver une belle plage de sable fin où on pourra écouter Analog Wheel à plein pot, ça va être bien ! »
Le Mécanicien baisse la tête, dépité. Cette boule de poils est décidément irrécupérable.

 

 

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Le Yéti

 

 

La tonte du Yéti et la musique à poil ras

25 juillet 2011

Périscope #68

Périscope #68

Résumé de l’épisode précédent :
Le Yéti, blessé par ses escapades pyrotechniques, gît sur le pont mouillé du Sous-Marin jaune. Les deux autres matelots attendent le verdict du médecin qui doit statuer sur l’état critique du Yéti velu.

 

Le médecin, concentré, examine le Yéti sous toutes les coutures. Il le palpe, le retourne, comme un vétérinaire soignerait un animal de compagnie. Le Yéti retombe lourdement sur le sol, en poussant un râle inquiétant. Le médecin se relève, remet ses lunettes en place et fixe longuement Ciccio. Il commence alors un long diagnostic constitué de termes techniques et scientifiques plus ou moins rassurants.

 

Le docteur de Supergrass

Le docteur du Yéti

Il stoppe son explication puis se tourne vers Fantasio. Une nouvelle explication débute, et Fantasio n’est pas davantage réceptif au flot de paroles du médecin. Comme à chaque fois qu’il est en présence d’un docteur, Fantasio se remémore la chanson Sun Hits The Sky de Supergrass, et son refrain I am a Doctor, I’ll be a Doctor.

Une pause.

 

Alors que le Yéti vient de pousser un nouveau râle de souffrance, Ciccio et Fantasio qui n’ont pas compris un mot de l’explication exhaustive, demandent quel est le remède aux maux du Yéti. Le médecin prononce une nouvelle phrase que les 3 matelots entendent parfaitement :

- Il faut le tondre.

 

Les deux amis écarquillent les yeux tandis que le Yéti pousse un nouveau cri, cette fois plus sonore et plus strident. Fantasio et Ciccio n’ont pas pris le remède du médecin au sérieux, mais le Yéti a déjà tout compris. Il sait ce qui l’attend.

 

Mamas and Papas

Le Yéti et la tentation baba


Depuis sa jeunesse, c’est-à-dire une éternité, et ses premiers pas dans la musique dite alternative, le Yéti a toujours été tiraillé entre la musique à poil long et la musique à poil ras. D’un côté, ses amis plutôt bobo ou baba l’invitaient à festoyer toute fourrure dehors, à être à l’écoute de la nature, à laisser pousser sa barbe, ses poils et ses cheveux.

 

Certains étés, on a même vu le Yéti s’abandonner complètement à une sorte de Summer of Love, beuglant les titres les plus connus des Mamas & Papas. Plus tard, le Yéti fit la connaissance de Ciccio avec lequel il partagea cette inspiration néo baba. De fait, il ne se demanda plus jamais s’il fallait se couper les cheveux ou le poil, et si ce comportement capillaire comportait des risques. Et pourtant…

 

D’un autre côté, et c’est un peu la face cachée du Yéti, il a toujours été, au fond de lui, sensible à la musique à poil ras. Et aujourd’hui, alors que le médecin du Sous-Marin rend inéluctable la tonte de tout ce qui est hirsute, le Yéti comprend qu’il a probablement négligé ce genre, sans doute un peu par facilité ou provocation. Alors qu’il gît toujours au sol et qu’autour de lui la tonte se prépare, le Yéti pense aux Buzzcocks et aux B-52s. C’est comme si toute une partie de son identité musicale, cachée ou refoulée, remontait à la surface.

 

En mode

Passage en mode cold

Le Yéti aurait-il enfoui son passé punk avec son obsession pour Simple Minds ? Pourtant, il n’a pas oublié cette époque et les souvenirs qu’il a partagé avec ses amis. A l’approche de la tonte, c’est bien de musique à poil ras dont le Yéti a besoin pour serrer les dents : un morceau de La Düsseldorf, voir même un titre de Kraftwerk

 

Tonte intégrale et musique à poil ras, tel est donc la prescription du Médecin. Les 3 matelots ont désormais accepté l’inéluctable. Sans perdre une minute et sans attendre l’aval de son patient, il sort une énorme tondeuse électrique de son sac, qu’il brandit dans la lumière du soleil. Le médecin enclenche le terrible appareil et se met à entonner d’une voix puissante, véritable sosie vocal de Johnny Halliday :

 

Da-da-da-da-dam

Da-da-da-da-dam

Faut-il pour être libre

Avoir les cheveux longs, longs, longs ?

 

Le Yéti va-t-il résister à cet acte de barbarie ?
Comment Ciccio va-t-il réagir à ce coup de théâtre ?
Vous en saurez plus début septembre, quand les 3 matelots reprendront du service. D’ici -là, le Périscope du Sous-Marin Jaune est en hiatus.

 

 

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Fantasio

Le Sous-Marin Jaune et La Possibilité d’une mélodie

17 mai 2010

 

Périscope #19

Cette semaine, le Yéti est tout pensif. En effet, la semaine dernière, Ciccio a discrètement posé une énorme bombe en se demandant combien de possibilités de mélodies il restait encore aujourd’hui.
Et depuis, le Yéti est hanté par cette question, pas une seconde de répit sans qu’il ne se demande si, pour paraphraser Mallarmé « La chaire est triste, hélas ! et j’ai écouté tous les disques ».
Car en y pensant, ca fout les jetons une interrogation pareille. A quoi cela sert d’écouter de nouveaux disques dans ce cas ? Faut il toujours préférer l’original à la copie ? La mélodie parfaite, le Saint Graal Pop, a-t-il été déjà composée ?
Ni une ni deux, le Yéti sonne le tocsin et demande à Ciccio et Fantasio de réagir à ce sujet.

 

 

Une fois n’est pas coutume, c’est en effet Ciccio qui a lancé le thème du périscope de la semaine. C’est également lui qui a écrit les trois derniers articles, et celui à venir. De là à dire que le Sous-Marin, c’est lui, il n’y a qu’un pas que Ciccio lui-même n’oserait franchir, mais que le lecteur courageux et fidèle a peut-être déjà franchi depuis longtemps, ce qui expliquerait notamment la désertion dudit lecteur ces dernières semaines.
Reprenons, donc. Il existe sept notes, que l’on peut agrémenter de cinq variations, ce qui donne un total de douze notes. Au piano, nous pouvons créer des accords d’au maximum dix notes (avec nos dix doigts – nous n’aborderons pas la guitare et ses six maigres cordes…), voire onze ou douze si on écrase plusieurs touches avec un seul doigt. Disons douze, pour être le moins limitatif possible. Nous pouvons ensuite se faire succéder ces accords de la manière que nous voulons, avec bien sûr la possibilité de répéter plusieurs fois un même accord.
Ciccio n’est certes pas un spécialiste en statistiques (il a déjà du mal à traduire une hausse ou une baisse en pourcentage…), mais quelque soit le mode de calcul, ce qu’il faut retenir, c’est que nous arrivons à un nombre fini. Or, qui dit nombre fini dit possibilité de l’atteindre. Le reste n’est qu’une question de temps.
Pour se remonter le moral, Ciccio va à présent écouter Madame Van Damme, de Lightspeed Champion. « Kill me, baby won’t you kill me »

 

Abbey Road: souvent copié, jamais égalé

Abbey Road: souvent copié, jamais égalé


Fantasio, lui a plissé les yeux quand le Yéti s’est mis dans tous ses états à propos du fait (scoop) que tout a déjà été enregistré dans le domaine de la musique. Interloqué, il a interpellé vivement son camarade :
- Donc tu préfères autant qu’on coule le Sous-Marin Jaune ?
- Non pas du tout Fanta… C’est juste un petit coup de blues ca va passer!
Fantasio alluma la Hi-Fi du sous-marin et sélectionna l’album Abbey Road des Beatles. A la fin de Something, il passa à l’album des Morning Benders. Pendant la durée des morceaux il surveillait le visage du Yéti, déformé par d’intenses réflexions existentielles.

 

La Techno doit TOUT à Kraftwerk

La Techno doit TOUT à Kraftwerk


Car pour le Yéti, en y réfléchissant de plus près, finalement c’est entendu, tout a déjà été composé. Ciccio a raison. La mélodie parfaite, le St Graal Pop ? Paul McCartney l’a dit, et il avait raison : c’est God Only Knows des Beach Boys. Le folk ? Bah les gars, c’est bon, vous achetez Nick Drake et vous avez l’essentiel et forcément ce qu’on fait de mieux.
Le psyché ? Amon Düül II et Can. La Techno ? Kraftwerk a déjà tout inventé. La Soul ? On ne fera jamais mieux que Marvin Gaye.
Alors pourquoi écouter encore de nouveaux disques aujourd’hui, se demande le Yéti. Tout simplement parce que parfois on tombe sur une relecture formidable, sans prétention, d’un vieux truc, arrivant même à esquisser de nouveaux horizons.
Écouter de la musique aujourd’hui, c’est comme jouer au loto : on sait pertinemment qu’on ne gagnera jamais, mais on tente le coup quand même histoire d’avoir quelques frissons l’espace d’un instant.