Keren Ann Vs Jessica Lea Mayfield
4 mars 2011
Les disques se suivent, se ressemblent sans trop que l’on sache pourquoi. Parfois deux albums ou deux artistes se télescopent et se mélangent sur mon iPod : cette semaine ce fut Jessica Lea Mayfield et Keren Ann .
La veille, j’avais chargé 101 et Tell Me et remarqué des similitudes entre les deux albums, beaucoup plus de points communs qu’entre les nouveaux Gruff Rhys et Nicole Atkins, autres albums découverts et écoutés récemment avec des niveaux de plaisir très contrastés et très peu de points communs.
Commençons par le début : Jessica et Keren se succèdent dans l’alphabet et se retrouvent donc à proximité immédiate sur mon iPod. Le deuxième point, c’est la pochette. Si les deux photographies n’ont pas de quoi réveiller la Vigie, elles se répondent : l’une est brune sur fond clair, l’autre est blonde sur fond noir. Les deux sont en noir et blanc et le choix de composition est différent, la symétrie de face d’un côté et le profil de l’autre. Côté vestimentaire, deux styles s’opposent, entre baroque et rétro. L’une a les yeux fermés, l’autre fixe l’objectif, la tête penchée.

Keren Again and Again
Avant même d’écouter ces deux albums, les deux filles me frappaient donc par ces similitudes, et j’étais bien incapable de me souvenir si c’était complètement fortuit si j’avais décidé de les écouter le même jour. Aussi je remarquais que malgré l’esthétique réussie des pochettes et le look étudié de Keren et de Jessica, les deux appartenaient à la catégorie des filles dont la beauté ne constitue pas le principal argument marketing. Voir, si l’on est un peu catégorique avec le port des lunettes, les mentons et les nez, à la catégorie des moches. Par égard pour certaines, je ne donnerais pas d’exemple d’artistes appartenant à l’autre catégorie, mais c’est un fait. Passons sur ce point superficiel, tellement superficiel qu’il n’est jamais évoqué dans les chroniques de disques-de-jolies-filles.
Passons maintenant à ce qui nous intéresse tous : la musique, même lorsqu’il s’agit de jolies filles.

Jessica Lea Mayfield
Lors de mes premières écoutes de 101 et Tell Me, forcément assez peu espacées dans le temps, il s’est passé un truc vraiment bizarre. A deux reprises je croyais écouter l’une alors que j’écoutais l’autre. Écoute distraite ? Cerveau et oreilles en mal d’attention ?
Pourtant, me direz-vous, il n’y a pas de quoi. Chez Jessica Lea Mayfield, la moitié des Black Keys, pas de trace de voix vaporeuse, on est plus proche d’une Aimee Mann cool mais neurasthénique. Cela ne tient pas à grand chose, et si les deux albums égrainent sagement leur dizaine de titres sans dépasser les 6 minutes, le plaisir ressenti à l’écoute dépend énormément de l’adhésion à l’ambiance générale véhiculée par l’album. Lorsque l’on se penche sur les titres des chansons, la comparaison devient passionnante. L’une est menaçante: My Name is Trouble. L’autre est amoureuse dépitée : I’ll Be The One You Want Some Day et insomniaque (Sleepless). Que dire quand Jessica intitule un titre Trouble (qui, fort heureusement, n’est pas une reprise de Ray Lamontagne), en réponse à Keren Ann. Au final, le petit théâtre de Keren Ann se distingue du réalisme de Jessica Lea Mayfield… même si les deux univers ont déjà été vus et entendus mille fois.
Chez Keren, c’est un peu toujours la même chose mais pas tout à fait. Déjà il y a l’effet pervers des paroles chantées en anglais, qui font que l’on ne prête pas attention aux mots chantés, pour la simple raison qu’on a toutes les difficultés du monde à les distinguer dans le débit éthéré de la chanteuse. J’exagère à peine, mais cela renforce l’impression mitigée laissée par une musique à la fois hyper répétitive et monotone comme du Benjamin Biolay, et parvenant tout de même à distiller des moments de grâce. C’est pourquoi, si je devais décerner un titre à l’une des deux filles en présence, j’aurais plutôt tendance à choisir celle qui nous regarde droit dans les yeux, plutôt que celle qui nous évite une fois de plus.
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Fantasio






