Kanye West pire que Justin Timberlake

29 novembre 2010

 

Périscope #40

Périscope #40

Ce matin, le Sous-Marin Jaune fait escale dans un port des Etats-Unis. L’occasion de descendre sur la terre ferme et de renouer avec la civilisation urbaine. Déambulant dans la ville, le Yéti écoute les musiques qui s’échappent des magasins. Curieusement, c’est toujours le même disque qui passe.
Le Yéti accoste une vendeuse et lui demande quel est ce disque que tous les États-Unis semblent jouer.
« Ben, gros poilu, tu viens d’où ? C’est le nouveau Kanye West, My Beautiful Dark Twisted Fantasy ! Il déchire le cul de Mickey, je surkiffe Kanye, c’est trop de la bombe de balle atomique ! »
Le Yéti reste interloqué et consulte rapidement ses webzines préférés. Damned, ils ne parlent tous que de ça : ce nouvel album de Kanye West est l’album de l’année, il va révolutionner la musique, blah blah blah… Pris de vertiges, le Yéti achète le disque et court retrouver ses camarades : « Ciccio, Fantasio, on arrête d’écouter Julian Bertnzen et Florent Marchet !! Visiblement Kanye a pondu le disque de l’année ! On écoute pour voir ? »

 

 

Kanye West - My Beautiful Dark Twisted Fantasy

Kanye West - My Beautiful Dark Twisted Fantasy

Quand Fantasio tombe sur un album blindé de critiques dithyrambiques, de 5 étoiles et de superlatifs, il sort son flingue. Même s’il ne les lit pas : quand même, 10.0 sur Pitchfork !? My Beautiful Dark Twisted Fantasy vaut exactement son titre : les fantasmes qu’il fait naître dans l’esprit des gens, un disque qu’on aime par avance. Côté musique, c’est encore pire que Justin Timberlake période FutureSex/LoveSounds, faux chef d’œuvre monté de toutes pièces, vraie daube.
Pour Fantasio, la situation est la suivante : Kanye ne sait pas chanter ni danser, il le reconnait lui-même. Le fait qu’il ne se prenne pas pour de la merde, au premier ou au second degré n’a pas d’importance. Deuxième point, sa discographie est constellée de moments particulièrement hideux : All of the lights sur le dernier album en date, est d’une vulgarité sidérante. C’est ça l’hédonisme ? Pour Fantasio, la réalité de My Beautiful Dark Twisted Fantasy est donc assez évidente: un disque boursoufflé, dégoulinant, plein comme une poubelle de riches sans tri sélectif. Après ce premier constat, quelles sont les possibilités ?
S’en tenir à une demi écoute comme certains : Fantasio ne vous jettera pas la pierre.
Faire semblant d’aimer comme Télérama, et s’infliger le disque poliment, en analysant les paroles de Monster : il y a de rares moments dans My Beautiful Dark Twisted Fantasy qui donnent envie d’y revenir, un peu comme on revient au MacDo. La réalité est pourtant plus ordinaire: ce disque est à des années lumière de Thriller ou de n’importe quel album de Stevie Wonder. Dommage pour Fantasio !

 

Kanye, va te rhabiller ! De La Soul reste les meilleurs.

Kanye, va te rhabiller ! De La Soul reste les meilleurs.

Le Yéti est sur la même longueur d’ondes que Fantasio. L’album de l’année… Le Yéti aurait du se méfier. En fait, le Yéti ne sait pas trop quoi penser de ce qu’il a entendu. Mais certainement pas un truc qui déchire le cul de Mickey, comme dirait l’autre. Pour le Yéti, le principal défaut de ce disque, c’est la durée des chansons. Le flow de Kanye avec sa tonne d’arrangements, ca peut passer sur des chansons de 4 minutes maxi, mais là, sur plus de 6 minutes en moyenne, cela devient franchement indigeste (comme sur l’interminable Runaway).
En fait le Yéti a l’impression d’avoir écouté une multitude de pièces montées, avec mille idées à la seconde. Sauf que le cerveau du Yéti n’arrive pas à suivre, il a l’impression d’avoir étouffé avec ce disque. Un peu plus de simplicité n’aurait pas nui à cet album ambitieux mais à l’image de son créateur, totalement mégalo (cette impression tenace d’entendre Kanye vous dire constamment à l’oreille « tu as vu comme je suis fort, et comme ma culture musicale est immense ? »). Le Yéti est rassuré : ses chouchous absolus en Hip-Hop, De La Soul, ne sont pas prêts d’être détrônés par Kanye.

 

Kanye West, clone de P. Diddy ?

Kanye West, clone de P. Diddy ?

Pourquoi Ciccio ne peut-il pas supporter le hip-hop ?
C’est une question qu’il se pose souvent. S’il pense instinctivement que c’est à cause du mimétisme infernal qui fait que les artistes, les « musiques », les paroles, les clips, les thématiques ne sont à ses yeux et ses oreilles qu’une seule et même bouillabaisse, il se dit que tout fan de hip-hop doit penser exactement la même chose de la multitude d’artistes folk que non seulement lui, Ciccio, adule, mais qu’il trouve de surcroit totalement différents les uns des autres.

 

A la demande du Yéti, Ciccio pensait bien qu’il allait s’enfiler l’album de la cane de l’ouest, mais il n’a pas eu le temps, ce qui revient probablement à dire qu’il n’a pas su le trouver. Et, à la lumière des réflexions de ses comparses, il se dit qu’il a eu raison, qu’il n’aurait pas mieux parlé que Fantasio, expert ès destruction.

 

Aussi, voyant ses deux amis au bord de la dépression, il fonce dans la salle de pilotage, et conduit le Sous-Marin vers les profondeurs de la pop musique, en mettant Drivin’ des Kinks à fond les ballons.
We’re going driiiiiiiiiiiiiiiiiiiivin’

 

 

Je n’aime pas… les tops de fin d’année

14 janvier 2010

Torpille #1

Je n’aime pas les tops de fin d’année. Le classement de la rédaction, le top des lecteurs, le choix des internautes, c’est tout pareil, je n’aime pas.

 

Le principe, déjà, me dérange : pourquoi ne retenir que 10, 50, ou 100 albums ? Selon quels critères ? Tout classement repose sur un dispositif on ne peut plus suspect. Prenons le Top 50 de Pitchfork. Retenir 50 albums pour une année, c’est à la fois beaucoup (presque un album par semaine !), mais peu à l’échelle de la rédaction de Pitchfork. Au fond, cela part d’un effort louable mais pourquoi attendre la fin d’année pour faire cette sélection ? Inutile d’attendre la fin de l’exercice pour retenir un album par semaine.

 

Les tops, évidemment, ne sont pas nés avec le web. Je me souviens d’une année (pas n’importe quelle année : 1994), où je découvrais les Inrockuptibles. Je ne savais rien ou presque des musiques dites « indépendantes », et les tops en tout genre, c’était exactement ce dont j’avais besoin. C’était la bible, la feuille de route à suivre, et je me souviens y avoir trouvé une grande satisfaction, et pas seulement pour Morrissey et Vauxhall & I.

 

Je ne sais pas si 1994 fut une meilleure année que 2009, et je m’en fous, ce n’est pas le problème. En 2009, je n’aime pas les tops, parce qu’ils ne riment à rien : usines à gaz anti-éditoriales complètement à l’opposé du rôle d’éclaireur et de défricheur.

 

Est-ce que j’ai besoin de Pitchfork (ou autres) pour avoir une idée d’album à écouter par semaine ? Non.

 

Est-ce que j’ai besoin de Pitchfork (ou autres) pour agréger les coups de cœur d’anonymes ? Non.

 

En définitive, ça n’a guère plus d’intérêt que le top des albums dits « indie » vendus par Amazon.
Un top un tant soit peu constructif et transparent consisterait probablement à faire amende honorable : ‘on s’est peut-être un peu enflammé pour les Fleet Foxes‘. Ça, vous ne le lirez jamais sur le web. Au lieu de ça, les groupes montés au pinacle savent quel retour de bâton les attend dans 95% des cas au deuxième album (ayant 99% de chances d’obtenir une note comprise entre 4.9 et 5.9/10).
Le tableau est noir, et ça ne s’arrange pas si l’on s’imagine retrouver des tops qui n’oublient personne – le super album pas du tout buzzé sorti en plein mois de février ou en juillet est plutôt mal barré face aux lauréats habituels (au hasard, les très opaques Animal Collective) et aux erreurs de casting (Kanye West ??? Justin Timberlake ??? Lily Allen ???)
C’est peut-être là finalement le seul intérêt des tops de fin d’année : ils énervent tout le monde et créent la discussion.

 

Fantasio

 

---------------------
Fantasio