Les Pochettes Décalées de Holly Golightly, JJ Johanson et Human Highway

23 mai 2011

 

Périscope #60

Périscope #60

Alors que Fantasio et le Yéti se reposent tranquillement après avoir bossé toute la nuit dans la salle des machines du Sous-Marin Jaune, Ciccio déboule tout excité et se poste devant ses compagnons.
« Les gars, regardez ce nouveau disque que je viens de recevoir…». Et Ciccio de brandir le nouvel album de Holly Golightly and the Brokeoffs, intitulé No Help Coming. Fantasio et le Yéti explosent de rire : la pochette de l’album que Ciccio leur met sous le nez est hautement improbable, totalement décalée.
Tout cela donne une idée au Yéti : Ciccio nous dira pourquoi il adore cette pochette et ce groupe, et ses deux autres compères devront trouver un disque avec une pochette autant décalée et dire si le disque est bon, lui aussi, ou pas.
Et toi, Ô Lecteur Chéri, tu pourras nous dire celle que tu préfères ou nous proposer une autre pochette dingo.

 

 

Holly Golightly and the Brokeoffs

Holly Golightly and the Brokeoffs

Au début, Ciccio ne comprend pas pourquoi ses amis rient à gorge déployée. C’est d’ailleurs paradoxal pour quelqu’un qui achète encore autant de CDs : Ciccio ne donne pas plus d’importance que cela à leurs pochettes. Il a depuis bien longtemps remarqué que, qu’elle soit l’oeuvre d’un grand photographe/créateur ou bricolée avec les moyens du bord, elle ne permet au mieux que d’éprouver une certaine émotion, comme cela peut-être le cas dans une galerie d’art, mais elle ne donne absolument aucune idée de ce que l’on va entendre par la suite. D’ailleurs, lorsqu’il s’agit de valeur sûre comme Holly Golightly, la papesse du surf folk, il n’y a pas à tergiverser.
Il est vrai cependant que la pochette d’un album est plus souvent la cible des moqueries qu’autre chose.
D’ailleurs, en voyant les deux autres matelots se rouler par terre, Ciccio retourne la pochette face à lui, et prend seulement conscience de ce qu’elle représente. Il esquisse un sourire, lève les yeux au ciel et attend patiemment que le Yéti et Fantasio se calment pour continuer la discussion.

 

 

L'atroce Antenna de JJ Johanson

l'atroce Antenna de JJ Johanson

Fantasio se souvient de ce qu’il faisait, à l’époque ou il achetait encore très régulièrement des CDs, lorsqu’une pochette de disque ne lui plaisait pas. Il ouvrait la boîte du CD et retournait le livret du CD : il contient généralement une photo ou un visuel moins pénible. Il se souvient notamment de la pochette de Grace de Jeff Buckley, à laquelle il préférait la photo de Jeff accompagné de ses fabuleux musiciens. Plus récemment, les exemples de vilaines pochettes ne manquent pas, mais leur impact se limite à un fichier jpg collé sur une douzaine de MP3. Facile, donc, de supporter la pochette du dernier album des Strokes. Toutefois, en ce qui concerne certains artistes, une pochette moche peut ôter toute curiosité, comme celle du dernier Jay-Jay Johanson, Spellbound – lui qui jadis, jusqu’à Antenna, s’illustrait par des pochettes plutôt réussies.
Faut-il se réjouir de ne voir que la silhouette (on distingue quand même la forme du mulet long de Jay-Jay, on en frissonne) du crooner suédois sur cette pochette ? Peut-être, et c’est sans doute là la seule consolation : c’est moins pire que la pochette d’Antenna.

 

 

Human Highway, le Kitsch à son apogée

Human Highway, le Kitsch à son apogée

Lorsque Ciccio a présenté la pochette de Holly, le Yéti a tout de suite pensé à un album du même acabit, celui de Human Highway, intitulé Moody Motorcycle.
Ces Canadiens ont sorti en 2008 leur premier album avec la pochette la plus kitsch et décalée des années 2000. Ah, on est loin de MGMT ou de la frime fluo-pop ! Là, on a le droit à la trombine des deux membres du groupes, dans un style rural redneck assez brut, le tout sur un fond sépia manquant totalement de glamour. Pour la musique, on a aussi droit à un vrai décalage. Alors que la pochette nous faisait craindre un disque de country ou de folk endimanché, c’est plus vers la pop spectorienne qu’il faudra chercher les influences, soient des mélodies imparables, un peu sixties, et très bien arrangées.
Pour le Yéti, ce petit jeu aura eu un mérite : démontrer qu’une pochette décalée et dingo est souvent signe d’un album à forte personnalité et réussi.

 

 

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Le Yéti

 

 

Le Sous-Marin Jaune cherche une introduction musicale parfaite

30 août 2010

 

Périscope #28

Le Sous-Marin Jaune part en vacances

Les meilleures choses ont une fin : Ciccio, Fantasio et le Yéti sont de retour de vacances et ont ré-embarqué dans leur fier vaisseau, le désormais fameux Sous-Marin Jaune.
Chacun vaque à ses occupations, range ses maillots de bain, raconte ses petits souvenirs musicaux de l’été. Le Yéti en profite pour se raser (un peu) la barbe hirsute qui lui bouffe les joues depuis quelques jours. Une tâche qu’il opère en écoutant Blue Monday de New Order.

 

« Fichtre, cette intro, elle est tout de même intemporelle… » se dit il. « Rhaaaaa, impossible de me raser avec ses beats qui pilonnent ma salle de bain, j’ai envi d’onduler mon gros corps velu ! »
En nage, le Yéti déboule dans la salle des machines et harangue ses comparses : « Damned les gars, Blue Monday a la meilleure intro musicale du monde, non ? Vous êtes d’accord avec moi, ou vous avez un meilleur exemple d’introduction musicale mythique ? C’est important pour vous une bonne introduction musicale ? »

 

 

New Order BM88

New Order BM88

En fait, en y réfléchissant bien, l’intro de Blue Monday était revenue titiller le Yéti le jour du concert de The Divine Comedy à Pleyel, lorsque Neil se mit à chanter At the Indie Disco et qu’il imita façon Human Beatbox le début du tube de New Order. A peine 3 notes jouées et tout le public était en transe, hurlant, pas loin d’un orgasme collégial. C’était fascinant à écouter, le pouvoir de cette petite boîte à rythmes. Tout le génie de New Order était là.
Mais après avoir joué aux derviches tourneurs sur le dance-floor, le Yéti se mit à penser à une autre brillante introduction, celle beaucoup plus calme de California Girls des Beach Boys, avec ses petites notes douces et élégiaques qui s’évaporent doucement pour laisser la place à une belle chanson pop forcément sublime. Pas de doute, le Yéti est un amoureux transi des introductions musicales réussies.

 

Television - Marquee Moon

Television - Marquee Moon

Ciccio, quant à lui, les yeux rivés sur le visage du Yéti, répond « FAUX » ! En effet, quand on a une barbe aussi belle et fournie que celle du Yéti, on ne la rase pas. Ciccio ne s’est pas rasé depuis son départ en vacances il y a plus d’un mois, et il compte bien ne pas s’arrêter en si bon chemin, espérant ressembler bientôt au Yéti, voire, mieux encore, à Joaquin Phoenix dans I’m Still There.
Par contre, lui aussi s’accorde à dire que les intros, quand elles sont réussies, subliment une chanson. Ce qui ne signifie aucunement que les chansons sans intro sont forcément mauvaises (Ciccio est dans une phase Bob Dylan / The Band ces jours-ci, et c’est amusant de voir comment leurs morceaux se passaient allègrement d’intro, voire même de toute partie instrumentale pour Dylan dans les années 60 : le morceau commence sur le premier mot du texte et s’achève en même temps que le dernier).
Ce que Ciccio affectionne tout particulièrement, c’est quand les instruments arrivent l’un après l’autre, dans les intros (oui, c’est bateau, il en a conscience, mais il aime). Marquee Moon, de Television, est une de ses préférées, au même titre que l’évident A Forest de The Cure ou le beaucoup moins connu Italian Leather Sofa de Cake.
Autre type d’intro qu’il adore, celle qui laisse la part belle à la guitare pop, qui la laisse partir, revenir, s’envoler, s’entrechoquer gentiment avec les autres instruments, sans jamais tirer la couverture à elle avec un solo vulgaire et bruyant, préparant parfaitement le terrain pour l’entrée de la voix. Les deux exemples qui lui viennent immédiatement en tête sont le tourbillonnant From Time To Time de Ride et l’excellentissime The Headmaster Ritual de The Smiths.

 

Spoon - GA GA GA GA GA

Spoon - GA GA GA GA GA


Fantasio prend enfin la parole. Ravi de retrouver ses deux comparses velus aussi déterminés et sûrs de leur fait, il leur répond sans hésiter.
« Non, franchement mon Yéti, tu as vu juste, une fois de plus. » Sur le moment, il ne sait pas trop si c’est son manque de répartie, le ralentissement estival de ses neurones ou l’enthousiasme du Yéti et de Ciccio qui le pousse au consensus.
En fait, Fantasio aime surtout les intros d’albums, les titres lents ou syncopés placés en tête de disque, et qui se démarquent d’une manière ou d’une autre : l’entêtant Don’t Make Me a Target au début du Ga Ga Ga Ga Ga de Spoon par exemple. Ou alors dans un style complètement différent, le Mojo Pin de Jeff Buckley, probablement l’introduction d’album la plus bizarroïde de tous les temps.
De retour à bord du vaisseau pour cette nouvelle rentrée musicale, Fantasio préfère finalement observer le Yéti se raser sur le rythme de Blue Monday, convaincu que le Sous-Marin avancera un peu plus vite, boosté par l’énergie du trio.