En 2010, Le Sous-Marin Jaune a raté les disques de Stromae et Das Racist, mais pas Ray Davies

13 décembre 2010

 

Périscope #42

Périscope #42

Confortablement installé dans le salon du Sous-Marin Jaune, le Yéti lit tranquillement un compte rendu des Transmusicales de Rennes. Le festival breton vient de commencer, et visiblement en ouverture, Stromae, l’ovni belge de l’année, a livré un show très impressionnant. En y repensant, le Yéti se dit qu’il est un peu passé à coté de Stromae justement, par flemme mais aussi par appréhension, le disque ayant une réputation assez sombre. Et là, soudainement, il a bien envie d’écouter ce disque. Tout excité, le Yéti appelle ses deux comparses de sa voix douce et chaude:
« Woooow, les gars !! Est ce que là, en cette fin d’année, vous avez l’impression d’avoir raté un disque et vous aimeriez l’écouter ? Si oui, lesquels ? Et pourquoi auriez vous envie d’écouter ces disques ? ».

 

 

Le Yéti a raté Stromae...

Le Yéti a raté Stromae...

Le disque que le Yéti a raté et qu’il aimerait bien écouter, c’est donc le premier album de Stromae. A tort peut être, mais tout ce qu’il a lu sur ce drôle de chanteur le titille vivement. Une voix profonde à la Jacques Brel, des rythmes electro assez dance, des paroles très sombres voire franchement déprimantes, l’album ressemble tout bonnement à un chausse-trappe, une suite de faux-semblants propre à fasciner le Yéti. Après, l’animal velu reste sur ses gardes: en comparant Stromae à la montagne Jacques Brel, tous les ingrédients sont réunis pour un immense foutage de gueule et une terrible déception. Du coup, le Yéti compte sur le lecteur de passage par ici pour qu’il lui donne son avis. Puis regardant Fantasio, il s’apprête à se lancer dans une nouvelle logorrhée dont il a le secret.

 

... Fantasio a raté Das Racist...

... Fantasio a raté Das Racist...

 

Fantasio coupe aussitôt la chique au Yéti : « Des disques, j’en ai certainement raté des wagons, mon ami ! » Des grands et bons albums de 2010, il lui en reste probablement quelques-uns à découvrir : c’est d’ailleurs tout l’intérêt des listes rétrospectives et des tops de fin d’année. En 2010, Fantasio a moins écouté de disques qu’en 2009 (mais pas moins de musique), il est donc fort probable qu’il en ait raté un bon nombre. Lesquels ? Il compte sur ses 2 amis et leur réseau de confiance pour lui dire s’il doit d’urgence donner sa chance à Das Racist, Robyn, ou encore No Age.

 

 

...Ciccio aurait aimé rater le dernier Ray Davies

...Ciccio aurait aimé rater le dernier Ray Davies

Ciccio, lancé dans sa folle et paradoxale entreprise d’écoute tous azimuts appelée At First Glance, ne se sent pas vraiment concerné par la question du Yéti. Son souci, en cette fin d’année, c’est justement de ne pas être passé à côté de certains albums. Au premier rang de ces mines, la dernière bouse de Ray Davies qui, non content de ne plus savoir écrire de bonnes chansons, s’entoure ici d’artistes douteux (Metallica, Bon Jovi…) qu’il ose, insulte suprême jetée à la tronche de ses fans les plus fidèles, dont Ciccio fait partie, appeler ses amis.

 

Et voilà, avec ses idées à la con et sa légendaire bonne humeur, le Yéti a foutu le cafard à tout le monde. Heureusement, Ciccio se souvient in extermis d’une liste de fin d’année à la fois originale et désopilante, appelée 1001 albums you should dire before you hear, en référence aux insupportables listes d’albums du type « 100 disques à emmener sur une île déserte ».

 

C’est bête et méchant mais (du coup) ça fait rire même Fantasio. Et ça, ça ne gâche rien.

 

 

Le Sous-Marin Jaune connaît la chanson

18 octobre 2010

 

Périscope #34

Périscope #34

Cette année, une nouvelle fois, on aura beaucoup parlé de musique française avec Arnaud Fleurent-Didier, Katerine, Bertrand Belin ou Florent Marchet aujourd’hui. Sans oublier les valeurs sures qui ont sorti l’an dernier des albums importants comme Dominique A, Benjamin Biolay ou Miossec.
Le Yéti a envie de savoir aujourd’hui si ses deux acolytes sont touchés par cette chanson française. S’ils ont aimé certains albums et pourquoi. Si le fait que les textes de tous ces chanteurs soient travaillés (dans le registre sérieux ou de la gaudriole) importe pour eux. Si cette chanson française a enfin pu s’affranchir de l’ombre tutélaire des grands (GainsbourgBashungBrel).

 

 

Oui à Florent Marchet !

Oui à Florent Marchet !

Le Yéti se souvient d’une période jadis où les français ne jouaient TOUS qu’un vilain rock qui tâche, sans originalité. La faute à Noir Désir qui aura entraîné dans sa cohorte toute une flopée de suiveurs et de tâcherons bruyants. Et puis est arrivé Dominique A et rien ne fut plus comme avant. Et le Yéti se mit à revivre, car pour le fan de pop qu’il est, subir la musique soi-disant engagée de Saez, Eiffel ou Aston Villa était pire que le supplice de Tantale.
Alors le Yéti dit oui à tous ces chanteurs français, surtout Dominique A, Miossec, JP Nataf et Florent Marchet, ses deux chouchous absolus.
Pour Florent, Rio Baril était sublime, du coup il espère que Courchevel, qu’il n’a pas encore écouté, sera du même tonneau. Car Florent n’a pas son pareil pour mettre en musique des petits histoires marrantes, touchantes : là où Arnaud Fleurent-Didier lui semble beaucoup trop intello, Florent Marchet lui parait plus ludique et terrien. Plus rillettes somme toute.

 

Oui  à Katerine !

Oui à Katerine !


Alors que le Yéti verse une larme en repensant à ses souvenirs émus de Dominique A, Fantasio pense à ses premières écoutes de Courchevel. Plutôt que de déflorer la découverte, il préfère laisser au Yéti le soin d’être déçu/trèsdéçu/satisfait de ce nouvel album. Puis, sans prétention, il se rappelle ce qu’il s’est dit en écoutant le dernier album de Katerine : c’est débile, ça ne ressemble à rien, mais j’aime ça. Si 8ème Ciel ou les Mauvaises Fréquentations sont remplis de chansons dix fois meilleures que les 24 blagues du dernier album, qui peut lui reprocher de s’amuser comme un petit fou et d’avoir envie de toucher un public dix fois plus large ? Pourquoi faudrait-il se fendre d’un nouvel album réservé à une certaine catégorie d’auditeurs, voué à terminer sa vie dans les bacs des soldeurs ? Qui d’autre aurait l’idée de faire poser ses parents pour la pochette d’un disque ? Pas Fantasio, qui en profite pour diffuser les 2 minutes de La Moustache à bord du Sous-Marin Jaune, prélude à un essayage de moustaches postiches.

 

Et oui à Dominique A bien sûr !

Et oui à Dominique A bien sûr !

Sur le fond, Ciccio est on ne peut plus d’accord avec avec ses deux camarades. En y pensant, et alors que le Yéti est en train de dire à Fantasio qu’il, avec sa fausse moustache, ressemble comme deux gouttes d’eau à Florent Marchet et à Ciccio, ben, comme d’hab’, à Ringo, il coule sur la joue de Ciccio une larme d’émotion, qui lui rappelle que ce n’est pas si souvent que les trois pensionnaires du vaisseau jaune tombent d’accord.
Le seul bémol dans cette harmonie parfaite, c’est que la phase chanson française de Ciccio se situe derrière lui, il y a quelques années, à l’époque où il ne jurait que par Les Têtes Raides, La Tordue, Dominique A, ou encore Yann Tiersen. Qu’il semble loin ce temps-là ! Ciccio se demande quel est le dernier album français qu’il a écouté en entier, pour le plaisir, pas parce qu’il venait de sortir et qu’il était curieux (comme ce fut le cas pour Courchevel).
Perdu dans ses pensées, Ciccio n’a pas senti venir le Yéti dans son dos. Ce dernier, pourtant peu discret car mort de rire à l’idée de la farce néanmoins faiblarde qu’il va faire à son ami, lui met un vilain taquet dans le dos, ce qui a pour effet de faire tomber sa moustache.
Ciccio ramasse sa moustache et se relève en riant, rejoignant ses amis dans une ronde endiablée tandis que dans les enceintes la douce voix de Françoiz résonne : « Au Twenty Two Bar ce soir-là, on dansait… ».

 

 

Jacques Brel, Noir Désir, The Verve et Viernes en vue !

8 septembre 2010

Jacques Brel comparé à Noir Désir et Viernes

La Vigie #25

Quelle ne fut pas la surprise de la Vigie lorsque l’un de ses amis, déjà mentionné plusieurs fois dans cette colonne, lui mit sous le nez la pochette d’un album qu’il avait envie de lui faire découvrir.

 

Le titre de l’album lui était inconnu, tout comme le nom du groupe, ou encore le style de musique joué. Par contre, la pochette a immédiatement rappelé des choses, beaucoup de souvenirs, à la Vigie. Les images se sont bousculées pêle-mêle dans son petit crâne, et elle s’est remémorée trois étapes précises de sa jeune vie, correspondant à trois retours sur le devant de la scène.

 

Le premier souvenir, chronologiquement parlant, c’est le retour en force/grâce d’un groupe que pourtant elle n’avait jamais particulièrement apprécié, qui plus est à une époque où toute son énergie auditive était portée sur le Royaume Uni et sa pop enchanteresse. En 1996, donc, un groupe de rock français (sic) dont le chanteur avait perdu sa voix à plusieurs reprises, sortait d’un silence de près de quatre ans pour aligner les pépites sur cet album :

 

Noir Désir touche les nuages avec 666 667 Club

Noir Désir touche les nuages avec 666 667 Club

 

Plus tard, quand la maturité a enfin pris le pas sur les goûts musicaux de la Vigie, elle s’est lancée à corps perdu dans la chanson française à textes, écoutant tout Brassens, d’une part, mais aussi tout Brel. Or, le meilleur album du grand Jacques, selon la Vigie, c’est son dernier. Jacques Brel n’avait rien sorti depuis cinq ans lorsqu’il a poussé son dernier cri sur le magnifique Les Marquises :

 

Les Marquises : dernier album, dernière demeure, une beauté absolue

Les Marquises : dernier album, dernière demeure, une beauté absolue

 

Et puis, beaucoup plus prêt de nous, il y a le retour très controversé de The Verve. Entre Forth et son prédecesseur, le succès commercial Urban Hymans, il s’est non seulement passé plus de dix ans, mais le groupe s’est séparé avec fracas. L’attente était peut-être trop grande quand le groupe de Manchester a finalement remis le couvert en 2008 

 

Forth... vraiment si mauvais que ça ?

Forth... vraiment si mauvais que ça ?

 

Motivée par ces trois souvenirs, la Vigie s’est donc lancée comme un seul homme dans l’écoute de cet album :

 

Dès qu'on enlève le bleu, c'est tout de suite moins apaisant

Dès qu'on enlève le bleu, c'est tout de suite moins apaisant

 

Comment dire… Ladite écoute ne s’est pas soldée par un succès. Tant pis, on retiendra la jolie pochette !

 

 

 

Si vous aussi vous voyez des sosies partout (artistes, pochettes, chansons…), n’hésitez pas à en faire part à la Vigie du Sous-Marin Jaune, ou à le mettre dans un commentaire.

 

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Ciccio

Nick Cave et Jacques Brel en vue !

7 juillet 2010

Nick Cave comparé à Jacques Brel

La Vigie #22

La vigie a un ami qui dit souvent qu’en été, il n’y a rien de tel qu’une bonne blanche (la vigie tient à préciser que nous parlons de bière). En effet, même si c’est probablement une vue de l’esprit, ce type de bière tend à être plus apprécié (et plus consommé ? il faudrait voir les statistiques…) pendant les périodes où il fait chaud.

 

Or, s’il y a bien une substance qui se marie parfaitement bien avec la musique, c’est la boisson.

 

Combien de musiciens ont pris la pose avec des bouteilles ou des verres dans les mains ? Combien d’artistes avouent sans honte que certaines de leurs compositions n’ont vu le jour uniquement grâce à l’alcool ingurgité ? Combien de groupes survivent pendant les longues et harassantes tournées grâce à un régime fait principalement de fast food et de bière ?

Comment ça, il picolait, Gainsbourg ??!!

Comment ça, il picolait, Gainsbourg ??!!

Certes, la Vigie pourrait remplacer les mots bouteille/alcool/bière par, au hasard, joint/drogue/coke, et la démonstration fonctionnerait aussi (vous pouvez essayer de remplacer les mots, c’est magique). Mais la conclusion s’impose : alcool + musique = amour.

 

Si les boissons qui font mal au crâne sont omniprésentes, il n’est pas surprenant que certains artistes poussent le bouchon (HA HA HA HA) jusqu’à consacrer des chansons entières à la boisson.

 

Nous voici donc réunis aujourd’hui pour évoquer deux chansons qui, non seulement font la part belle au breuvage qui fait rire, mais qui en plus le font de manière très similaire, limite troublante.

 

En 1961, Jacques Brel chante l’Ivrogne. Trente ans plus tard, Nick Cave enregistre avec ses Bad Seeds une quasi adaptation appelée Brother My Cup Is empty.

 

Nous recommandons fortement l’écoute de ces morceaux pendant la suite de la lecture :

 

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

 

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Commençons par le commencement : les deux morceaux démarrent avec un refrain. Si chez Brel l’entrée est plus lente, elle n’est pas moins directe. Jacques et Nick s’adressent directement à nous et nous demandent de remplir un verre, qu’on devine ne pas être le premier (et encore moins le dernier). Dès la première phrase, le ton est donné :

 

Ami, remplis mon verre / Brother, my cup is empty
Encore un et je vas / And I haven’t got a penny
Encore un et je vais / For to buy no more whiskey
Non, je ne pleure pas / I have to go home
Je chante et je suis gai / Brother, my cup is empty
Mais j’ai mal d’être moi / And I haven’t got a penny
Ami, remplis mon verre / For to buy no more whiskey
Ami, remplis mon verre / I have to go home

 

Ce refrain reviendra plusieurs fois dans chaque morceau, toujours pour stopper la narration, pour reprendre son souffle. Le buveur accélère dans les couplets, pris dans son flot de paroles, puis, la gorge sèche, redemande à boire régulièrement, pour pouvoir continuer son histoire.

 

Et que trouve-t-on dans son histoire ? Des femmes, évidemment… Dans les deux cas, une femme est partie, et on dirait que ça leur a moyennement plu. Jacques, même en 1961, a du mal à rester soft :

 

Buvons à la putain
Qui m’a tordu le cœur

 

Dis Bier ist Gut! (traduction approximative : vous êtes très jolie, mademoiselle)

Dis Bier ist Gut! (traduction approximative : vous êtes très jolie, mademoiselle)

Nick, quant à lui, propose immédiatement des images légèrement plus violentes :

 

I cannot blame it all on her
To blame her all would be a lie
For many a night I lay awake
I wished that I could watch her die
To see her accusing finger spurt
To see flies swarm her hateful eye
To watch her groaning in the dirt
To see her clicking tongue crack dry

 

Sont-elles parties parce qu’ils sont devenus alcoolos ? Ou bien est-ce le raisonnement inverse ? Nous ne le savons pas, mais toujours est-il qu’à un certain moment ils n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui :

 

I’ve been sliding down on rainbows
I’ve been swinging from the stars
Now this wretch in beggar’s clothing
Bangs his cup across the bars

 

Aujourd’hui, les temps sont durs, et plus question de séduire qui que ce soit, donc autant boire :

 

Buvons nuit après nuit
Puisque je serai trop laid
Pour la moindre Sylvie
Pour le moindre regret

 

Difficile de savoir si Nick Cave connaissait cette chanson de Jacques Brel quand il a écrit la sienne. Il y a même fort à parier qu’il ne la connaissait pas, ce qui rend la similitude bien plus intéressante, et cet article, certes long encore plus passionnant.

 

N’est-ce pas ?

 

 

 

Si vous aussi vous voyez des sosies partout (artistes, pochettes, chansons…), n’hésitez pas à en faire part à la Vigie du Sous-Marin Jaune, ou à le mettre dans un commentaire.

 

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Ciccio