Le Sous-Marin Jaune prend la Porte
7 juin 2010Cette semaine, le Sous-Marin jaune fait escale dans un joli port industriel, et comme à l’accoutumé, les 3 valeureux matelots se précipitent dehors pour dégourdir leurs jolies gambettes et désaltérer leurs gosiers. Juste avant de rentrer dans leur taverne préférée, ils restent interdits devant une affiche de film sur… les Doors.
Tiens, encore un film sur ce groupe après le biopic d’Oliver Stone… Le Yéti commence à grogner: mauvais signe, il a les poils hirsutes. Ces comparses le regardent, et commencent à prendre peur.
Ce qui a exaspéré le Yéti en voyant cette affiche pour ce nouveau documentaire, c’est le sujet : ENCORE les Doors.
Pour le Yéti, les Doors, c’est le groupe qu’on écoute quand on a 16 ans pour faire cool et rebelle en buvant une bière et en fumant un joint au cimetière du Père Lachaise, car « Mec, c’était un poète maudit, Jim Morrisson ».
Et de se dire qu’une nouvelle génération de teenagers boutonneux va à nouveau tomber dans le panneau et écouter l’interminable The End pendant des plombes parce que certains magazines branchés aiment perpétuer tous ces clichés autour des Doors, ça met le Yéti en rogne.
« Merde les enfants, Arthur Lee de Love était mille fois plus rebelle et attachant que Jimbo ! Et pour le côté poète maudit , autant voir chez les Anglais (Martin Newell ou Andy Partridge de XTC), ça aurait de la gueule un documentaire sur ces deux génies ! ».
Mais le Yéti se sent un peu comme Don Quichotte sur cette bataille, et il craint même de voir arriver prochainement de nouveaux biopics sur Jimi Hendrix ou Ian Curtis, devenus malgré eux des icônes parfaites pour un marketing mode et tendance.
Fantasio a l’habitude des chausse-trappe que peuvent réserver les conversations à bâtons rompus avec le Yéti. Il n’est pas rare, d’ailleurs que celles-ci se terminent en pugilat. Parfois même, Fantasio s’imagine que le Yéti en rajoute, et il se trompe la plupart du temps, comme lorsqu’il surestime la mythologie des Doors. Le Yéti, comme les groupes qui ne meurent jamais, ne change pas son fond de commerce. Alors Fantasio essaie d’expliquer à son ami velu le plus important et le plus mystérieux : ce sont bien les chansons (No Milk Today ayant traversé les décennies, ce qui n’est pas vraiment le cas d’Herman’s Hermit, l’air de The Letter est plus connu que le nom des Box Tops) qui sont immortelles. Toutefois, l’interrogation du Yéti est légitime de la part d’une vieille branche ayant bien connu le siècle dernier, et qui voit les nouvelles générations le pousser vers la porte de sortie. Fantasio ne peut que lui répondre qu’on a les idoles que l’on mérite et qu’il devrait user de son expérience et de sa sagesse (hum) pour transmettre son admiration pour les Beach Boys et Belle & Sebastian aux moins de trente ans.
Quand on est à trois dans un endroit aussi étroit et étanche qu’un sous-marin (et nous ne mentionnerons pas ici l’ignoble odeur dégagée par les poils du Yéti), il est important de bien choisir son camp, de bien faire des alliances, pour être toujours du bon côté.
Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, Ciccio a choisi le camp de Fantasio.
En effet, il ne comprend pas non plus l’obsession maladive sur les Doors. Certes, Ciccio n’a jamais vraiment goûté la musique ni les mots de Jim le maudit, mais sans plus. Et surtout, hormis le film (mauvais, mais est-ce utile de le préciser quand on connaît le réalisateur ?) de Stone et le documentaire de Di Cillo (que Ciccio aime beaucoup, par contre), il peine à trouver d’autres références cinématographiques sur le groupe de Los Angeles. Deux films en quarante ans, on fait pire comme acharnement, non ?
Ciccio se demande si il y aura un jour un biopic sur le héros musical de sa jeunesse, Robert Smith…






