Faut il dénigrer la Variété ?
18 avril 2011Une semaine à écouter de la Soul Music, du Funk, du R&B… Heureux mais fatigués, les deux matelots pensent soudainement à Ciccio. Leur barbu préféré ne va pas reconnaitre le Sous-Marin Jaune en rentrant de vacances et va sans doute leur faire payer cher toute cette débauche de cuivres et de groove. Un peu inquiets (oui, Ciccio peut être un vrai despote tyrannique), Fantasio et le Velu se jaugent du regard. Ils savent que le temps est compté, que Ciccio va revenir les bras chargés de disques de folk ou d’alternative country.
Alors comme ultime bravade, les deux comparses décident de faire hurler les enceintes à coup de… variété ! Voilà un genre que Ciccio abhorre par-dessus tout, et qui pourtant recèle quelques vrais trésors à écouter impérativement.
Tel Don Quichotte et Sancho Panza, Fantasio et le Yéti partent chercher leur meilleurs disques de ce genre si honni et d’en mettre plein les oreilles de Ciccio avant qu’il n’arrive…
En pensant au genre proscrit de l’univers indie pop rock machin truc, Fantasio sait qu’il y a quelques albums de « variétoche » qu’il partage avec Ciccio. Il y a par exemple l’ultime et excellent album des Innocents, rempli de chansons mémorables comme Une vie moins ordinaire ou Danny Wilde.
Mais le disque étant peu connu et ayant fait un flop, c’est un exemple atypique. D’autant plus quand on connait les albums solos de JP Nataf, qui sont tous simplement ce qu’on fait de meilleur en notre petit pays.
Non, la « variété » c’est autre chose que ça et c’est quelque chose d’inavouable pour n’importe quel fan de musique qui 1. se doit d’être chantée en anglais 2. contenir un projet esthétique fort. En conséquence, impossible d’imaginer un artiste citant Alain Souchon comme influence, même si la filiation est parfois assez criante (suivez mon regard jusqu’à Florent Marchet). Fantasio, parfois, nourrit le fantasme d’un « chanteur » capable de concilier l’universalité de la variétoche à l’exigence pop (une sorte de M en beaucoup mieux). Mais il sait que la « scène française » est coupée en deux : la merde versus la bonne musique trop maniérée (avec Katerine qui fait le con quelque part entre les deux).
En réponse à la demande du Yéti, Fantasio propose d’écouter deux albums d’Alain Souchon qui correspondent aux critères évoqués plus hauts : Jamais Content et Toto, 30 ans, rien que du malheur. Jamais content, rien que pour son titre, mérite un peu d’attention.
Et, parce qu’on est aussi là pour s’amuser même si cela n’a rien à voir avec la Souche, Fantasio propose à son comparse de redécouvrir une pépite aussi débile qu’entêtante entendue à la fin du film Potiche.
Le Yéti demande à Fantasio de repasser la pépite en question. Très très kitsch, mais il doit avouer bien aimer ce genre de ritournelle débile.
Tout comme Fantasio, le Yéti savoure ce moment insolite où un certain type de variété retrouve ses lettres de noblesse. Fantasio a raison: le fil est tenu entre la variété de grande classe et la variété bas du front, racoleuse et vulgaire. Mais c’est cela qui est passionnant dans la variété: pourquoi couvrir de dithyrambes Alain Souchon et jeter aux orties son acolyte Laurent Voulzy ? Souvent pour les textes, assez drôles chez l’un, franchement cucul chez l’autre. Et puis pour la qualité des arrangements. Simples et discrets chez l’un, un peu faciles chez l’autre (notamment dans cette fascination pour les années 60, tétanisant toute velléité créatrice).
Et le Yéti de prendre deux exemples pour lui réussis de variété: tout d’abord ce qu’a fait Francis Lai pour le film Le Passager de la Pluie. Passons sur la musique originale du film, un petit bijou de psychédélisme français pour nous concentrer sur la chanson titre du film, chantée par l’obscure Séverine. Les arrangements sonnent aujourd’hui très seventies et la voix assez maniérée pourrait rebuter un fan de rock indé pur et dur, mais le climat intriguant et sombre distillé par la mélodie composée par Francis en fait une petite chose totalement irréelle que le Yéti réécoute toujours avec gourmandise.
La variété n’est pas que française et on trouve les mêmes problématiques chez nos amis anglais et américains. Le label Sundazed vient notamment de rééditer une petite perle de variété américaine des années 60, l’album Within Myself de Lisa Miller, une gamine de 12 ans, dont les chansons orchestrées n’ont rien à envier à Burt Bacharach . Dans cette album que le Yéti écoute en boucle depuis une semaine, on trouve des mélodies un peu faciles mais divinement arrangées, avec cordes et orchestres et deux reprises dingos: une de The Fool on the Hill avec un pouet pouet curieux et un peu grotesque en gimmick et une reprise assez bonne du White Rabbit du Jefferson Airplane où on salue le culot des producteurs qui font chanter à une gamine de 12 ans des histoires de drogues et d’hallucinations. Cela nous fait penser au merveilleux Serge Gainsbourg faisant chanter à l’innocente France Gall ses sucettes a l’anis. Tiens, France Gall, voilà une autre chanteuse de variété qui avant de brailler des chansons stupides dans les années 80, était une interprète de variété de grande classe.
Décidément, en musique, il ne faut jamais avoir la mémoire courte.










