La Musique du Routard
28 mars 2011
Le Yéti a pris exceptionnellement une semaine de vacances laissant à Ciccio et Fantasio le soin de piloter avec hardiesse le Sous-Marin Jaune. A son retour, le gros velu est tout excité de retrouver ses comparses, surtout après le désert musical qu’il a traversé.
En effet, si la destination choisie par le Yéti lui a bien apporté satisfaction pour le soleil et le repos, on ne peut pas en dire autant pour la musique où il n’y avait rien de bien excitant à se mettre sous la dent.
Le Yéti a manqué de sagacité, car voilà un sujet à ne pas prendre à la légère : quelle musique doit on choisir lorsqu’on part en vacances ? Doit on se forcer à écouter les radios locales pour être dans l’ambiance ? Doit on partir avec une sélection de CDs en rapport avec la destination choisie ? Doit on forcément écouter Jean-Louis Murat quand on part en Auvergne ou les Fleet Foxes lorsque l’on traverse le grand Ouest américain ?
Les 3 matelots vous donnent leurs préférences.
Doit on écouter The Carter Family dans les campagnes américaines...
Ciccio a envie de rire devant la naïveté, pourtant légendaire, du Yéti. Mais merde, ÉVIDEMMENT qu’un voyage, ça se prépare musicalement ! La sélection musicale doit même être le PREMIER élément auquel on doit accorder de la réflexion, car il ne faut jamais, au grand JAMAIS, laisser les locaux vous imposer leur musique (surtout quand on part dans le pays du Zouk, Yéti…).
Chez Ciccio, tout est bien huilé : tandis que sa douce moitié étudie les guides culturels et prépare les excursions, balades et visites, lui s’imprègne des paysages, de la culture, de l’histoire, et en produit une liste d’albums à jouer à des moments précis du voyage.
Le meilleur exemple est le road trip qu’ils ont fait en 2009, parcourant 10 000 kilomètres à travers 14 états des Etats-Unis. Chaque paysage ou lieu avait sa musique : Moriarty ou Ray Lamontagne dans les grandes plaines du Dakota, la bande originale du Seigneur des Anneaux sur le crépuscule des fumées de Yellowstone, Calexico dans Joshua Tree, la bande originale de The Straight Story au milieu des champs de l’Iowa, The Carter Family dans les villages paumés du Kansas et, moment sublime et flippant à la fois, Ennio Morricone lors de la traversée de la Death Valley.
Non seulement le mélange des paysages et de la musique garantit un voyage inoubliable, mais en plus les émotions ressurgissent, intactes, lors de la ré-écoute de ces morceaux, longtemps après.
En matière de voyages, le Yéti fait tout le contraire de Ciccio. En effet, le Velu aime bien être surpris et c’est pour cela qu’en vacances, s’il part dans une contrée nouvelle, il emporte rarement de la musique, préférant miser sur la découverte.
Cela lui a parfois réussi (il garde d’excellents souvenirs musicaux en Afrique notamment) et parfois moins comme en Australie où les radios locales dégueulaient un rock FM épouvantable obligeant, lui et sa sœur, à aller acheter dans une grande surface quelques disques plus délicats dont le méconnu (et très bon) Pocket Symphony de Air. En règle général, le Yéti aime donc se la jouer couleur locale car il se dit que quitte à découvrir un pays, autant le faire à fond. Manger de la tête de poisson au son de la Kora, oui. Découvrir le Wadi Rum au son de Noir Désir, non !
Et le Yéti de se rêver Marco Polo de la musique à chaque fois qu’il a la chance de partir à l’étranger, espérant surprendre ses amis à son retour en mettant un disque de musique folklorique égyptienne sur sa platine, disque qui ira moisir au fin fond de sa discothèque ensuite, car c’est bien connu : les souvenirs de vacances finissent forcément dans une boite en carton au fond d’un placard.
Fantasio écoute ses amis avec attention, enfin surtout Ciccio, cette fois-ci, puisque ses propos l’interrogent. S’il admire des groupes comme Calexico qui parviennent à innover tout en recyclant un certain folklore, pour Fantasio tout cela relève de l’imaginaire et du fantasme. Malgré son goût pour les voyages, il n’a pas parcouru tous les continents, se contentant de l’Afrique et de l’Amérique du Nord. C’est donc logiquement qu’il a découvert (comme tout le monde) des pays comme le Brésil à travers leur musique, avec ou sans clichés, merci Caetano Veloso et Milton Nascimento. Mais écouter de la musique mexicaine en visitant les pyramides aztèques ? Non, Fantasio ne s’imagine pas une seule seconde préparer un voyage en programmant la bande sonore qui va bien (on parle bien de voyage à l’étranger, pas de congés payés en bord de mer), et il ne s’est jamais posé la question. Pourquoi essayer de superposer l’imaginaire au réel ? Le voyage c’est donc l’abandon de son attirail habituel : son téléphone mobile, et donc la musique qu’il contient. Mais, en écoutant le récit de Ciccio, il se met à imaginer ce que pourrait donner son prochain départ à Chypre sur fond de musique folkorique…

















