Otis Redding et Sly & the Family Stone réveillent le Sous-Marin Jaune
11 avril 2011
Après le Yéti, c’est au tour de Ciccio de prendre quelques vacances bien méritées.
Fantasio et Le Yéti se retrouvent seuls dans le Sous-Marin Jaune, et d’un seul regard ils se comprennent : Ciccio parti, c’est la fin de la dictature du Folk, de l’homme barbu portant le même prénom que le leader des Kinks et dont on taira le nom de peur qu’il n’apparaisse une nouvelle fois dans nos tags, c’est l’heure de la délivrance, la fin de la guitare acoustique.
Les deux comparses se ruent dans leurs cabines et reviennent les bras chargés de CDs et vinyles plus variés les uns que les autres.
Et surprise, un genre musical revient en force dans tous ces disques bannis: la Musique Noire. Soul Music, Doo-Wop, R&B, Funk : c’est le retour des cuivres et ca fait du bien. C’est décidé, on dansera dans le Sous-Marin Jaune pendant l’absence de Ciccio !
Le Yéti ne sait plus où donner de la tête. Il sait que Fantasio est lui aussi fan de Soul Music et de R&B et qu’il a déjà écouté mille fois les albums du Yéti. Mais puisque les deux matelots ont envie de mettre le feu au Sous-Marin Jaune, le Yéti choisit d’ouvrir les hostilités avec Stand de Sly & The Family Stone, sans doute l’un des disques préférés du Velu. Sur cet album, Sly réveille les morts à coup de cuivres, de chœurs psychédéliques et de rythmiques affolantes. Et puis il y a les paroles, phénoménales. Grand disque, intouchable.
Des paroles phénoménales… Voilà un point qui a toujours séduit le Yéti dans la Musique Noire. Alors que les groupes pop des Whiteys (pour paraphraser Sly) parlent de Surf, de drogues ou aujourd’hui de renard dans la neige, la majorité des groupes majeurs de Soul ou de R&B a toujours su glisser intelligemment des opinions politiques ou sociales dans leurs textes. Parfois, ça fait mal (comme chez The Last Poets – le Yéti adore leur Niggers are Scared About Revolution), parfois c’est plus larvé comme chez Curtis Mayfield.
Enfin, puisque Ciccio est absent et que les deux zigotos font ce qu’ils veulent, le Yéti en profite pour déclarer sa flamme au R&B actuel (lorsque c’est bien fait) : MS Dynamite avait par exemple réussi un premier album faramineux en 2002, dont le digne successeur s’appelle The Archandroid de Janelle Monáe. Dans ces deux albums, il y a plus d’idées musicales que dans l’intégrale d’Interpol. Les doigts dans le nez.

Otis en bleu
Fantasio se réjouit de voir le Yéti faire tanguer le Sous-Marin Jaune au son de ce qu’il est interdit d’appeler la « musique noire ». Il faut dire que c’est le moment où jamais : après ces quelques jours de répit sans Ciccio, le folk reprendra ses droits et il faudra se battre pour évoquer le nom de Stevie Wonder sans provoquer un mouvement de révolte. C’est aussi l’occasion rêvée pour glisser les MP3 de Ray Lamontagne dans la poubelle du disque dur SMJ, et lancer l’intégrale d’Otis Redding. Fantasio, en bon gardien du temps, a placé Otis Blue en début de playlist.
Mais plutôt que de remonter aux origines de l’écriture pop et à Chuck Berry, Fantasio préfère évoquer la période bénie des disques de la Motown et plus précisément Stevie Wonder. Il propose au Yéti de se plonger dans Songs In The Key of Life et Innervisions, deux excellents albums parmi la poignée de chefs d’œuvres publiés par l’aveugle maudit. Sans savoir quoi penser du sourire habituel du Yéti, il évoque son regret de voir Stevie pâtir de sa période immonde des années 80. Comment oublier ou – pire – snober un artiste populaire ayant poussé aussi loin la recherche sonore, tout en conservant une grande qualité d’écriture ? Les albums évoqués plus hauts sont pourtant des pépites d’une époque antérieure à la ghettoïsation par le hip hop et au massacre vocal de Whitney Houston.
Alors que la célèbre intro de Sir Duke retentit dans le Sous-Marin Jaune et que le Yéti mitonne un repas pour deux, Fantasio imagine un plan machiavélique pour le retour de Ciccio. Pourquoi ne pas préparer une playlist pour Ciccio dont le seul but serait de le convertir aux musiques auxquelles il résiste ? Une sorte de cure forcée ou de désintoxications pour indécrottables barbus. Sélectionnant une poignée de titres des années 70 dans la collection du Yéti et dans la sienne, il ajoute un ingrédient vicieux : un petit Rocket Man d’Elton John (artiste certes pas noir de peau, mais censuré par Ciccio) qui devrait faire son effet le jour du retour du 3ème matelot.







