Je n’aime pas… Le Name Dropping
10 juin 2011
L’un de mes plaisirs favoris, c’est de ne rien faire, vautré dans le canapé du Sous-Marin Jaune, à feuilleter un magazine, en train d’écouter de façon aléatoire mon baladeur numérique, rempli comme une outre de MP3 divers et variés.
Pourtant récemment, ce petit plaisir a été contrarié par une chanson obscure d’Olivier Brion, On Se Souvient, sur l’album Hôtel d’Angleterre de 2007. Le refrain arrive et j’entends :
« …les filles de 68, les chansons de Nick Drake, une liaison parfaite… » et plus loin « les chansons de Zimmerman, les mots qui font mal » et puis le bougre de citer aussi l’Affaire Thomas Crown sur le même refrain. J’avais un peu oublié cette chanson, mais en la réécoutant j’ai surtout retenu que le Name Dropping (c’est-à-dire le fait de citer des noms connus) avait le don de m’agacer au plus au point en musique.
Pourquoi diable ce cher Olivier se sent-il obligé de citer Nick Drake et Bob Dylan dans sa chanson ? Pour nous montrer qu’adolescent, il était déjà au sommet de la branchitude et connaissait déjà ces deux auteurs ? Waow, trop fort Olivier, tu as tellement bon goût. Personnellement, quand j’étais adolescent, j’écoutais Simple Minds ou Ace of Base… Diantre, qu’est ce que je me sens nul !
Mon problème avec le name dropping, c’est d’avoir souvent l’impression qu’un auteur l’utilise pour se grandir, pour côtoyer un artiste mille fois plus important que lui. Grâce à cette figure de style, il a l’impression d’être lui aussi membre de cette caste fantasmée, l’équivalent des légendes citées.
L’exemple le plus édifiant reste bien sûr l’impayable Laurent Voulzy, qui dans Rockollection nous balance carrément un petit résumé de la Grande Histoire du Rock (ah ah ah), comme ci cela allait transformer sa chanson en classique absolu. Sacré Lolo.
Je trouve qu’il y a de plus un coté snob dans le name dropping. Citer un artiste maudit ou peu connu revient à étaler sa science et à adopter une posture méprisante vis à vis de l’auditeur. Pourtant je suis sur qu’au départ, Olivier Brion (pour reprendre mon exemple initial) ne cherchait pas cela, mais plutôt une connivence avec certaines personnes ayant vécu la même adolescence que lui. Sauf que quand ce n’est pas le cas, c’est le contraire qui se produit avec une désagréable impression d’être pris pour un crétin qui n’a pas connu tous ces grands artistes cités par le musicien.
Et sur ce sujet, je n’accorde aucun passe-droit puisque même Neil Hannon de Divine Comedy, que j’aime tant, a droit à mes foudres avec sa chanson The Booklovers. Sincèrement Neil, sur cette chanson, tu essayes de m’en mettre plein la vue et de me montrer que tu es érudit, c’est ça ? Tssss…
Alors que je termine ce billet tout content de ma sémillante diatribe, mes certitudes volent soudainement en mille morceaux : mon baladeur choisit de passer Thou Shalt Always Kill de Dan le Sac vs Scroobius Pip :
« Led Zepplin… Just a band. The Beach Boys… Just a band. The Sex Pistols… Just a band. The Clash… Just a band.”
Cette chanson est géniale, très drôle et pourtant abuse du name dropping. Et je me retrouve bien marron.
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Le Yéti









