Le Sous-Marin Jaune a un joujou extra qui fait crac boum hue

27 septembre 2010

 

Périscope #31

Périscope #31

Ce matin, le Yéti écoute un nouveau titre de Tom Poisson, Trapéziste.
Malgré le texte pas terrible, c’est bien chanté et bien arrangé. Mais le Yéti n’est pas plus emballé que ça. Et puis soudain Tom se met à siffloter. Un peu comme chez Ennio Morricone. Et là, le Yéti dresse l’oreille, est plus attentif, tape du pied.
Fichtre ! Alors que la chanson s’étirait doucement, ce sifflement soudain la rendrait plus intéressante, plus percutante ? Mais pourquoi ? Ce genre de gimmick, tout comme les hand clapping ou une sonnette de vélo, c’est assez artificiel, cela relève du gadget en musique, non ? Et pourtant, le Yéti adore ça les gimmicks, les petits trucs qui rendent une chanson sexy et entêtante. Est-ce grave ? Ciccio et Fantasio partagent ils cette fascination pour les gimmicks ?

 

 

PBJ - Young Folks

PBJ - Young Folks

Pour le Yéti, le plus bel exemple de gimmick réussi reste sur le Young Folks de Peter Bjorn and John : vous virez les sifflotements du début et le morceau perd 50% de son intérêt et de son coté addictif. Car avec ce gimmick là, vous avez envie, vous aussi, de siffloter avec le trio suédois. On est clairement dans le but premier de la pop music : pouvoir chanter la mélodie écoutée, l’avoir dans la tête toute la journée.
Mais le Yéti aime aussi un autre gimmick dont la fonction est plus obscure : les cloches. Prenez Hurricane of Kisses, l’un des joyaux de Welfare Heart de VIOL. Bing, en plein milieu de cette chanson, Ernesto vous colle un carillon qui rend le morceau presque mystique et encore plus beau. Là, le Yéti dirait que ce gimmick-ci apporte une touche sacrée au morceau (Lars van Trier l’avait bien compris dans Breaking the Waves) et sans entrer dans une bigoterie bas du front, on ne peut qu’être ému et touché par ce type d’arrangement.
En y réfléchissant bien, le Yéti se dit qu’il est clairement fan des gimmicks et que c’est même l’une des conditions nécessaires à la réussite d’un morceau pop.

 

 

Cake - The Distance

Cake - The Distance

Fantasio regarde son ami velu et sort son ordinateur de poche.
Wikipédia : Un gimmick est une cellule de quelques notes de musique capable de capter l’oreille de l’auditeur. Le terme vient du jazz. Il est souvent très court, comme une petite phrase dont le son particulier, le dessin mélodique ou la formule rythmique imprègnera facilement la mémoire, donc la reconnaissance, donc l’identification.
A propos de gimmick, il songe une nouvelle fois à Supertramp, groupe inavouable pétri de gimmicks, d’un tube à l’autre : intro mi-wurlizer mi-bontempi de Logical Song, intro à l’harmonica de School. Dans un style très éloigné mais tout aussi marquant, Fantasio pense aux chœurs de Cake, à l’irruption du mélodica dans The Distance. L’art du gimmick, s’il y en a un, est probablement de savoir utiliser cette figure à bon escient, pour façonner un style musical immédiatement reconnaissable et unique. Le meilleur gimmick entendu dans une chanson pop ? Finalement, se dit Fantasio, les gimmicks qu’il admire le plus sont dans la vraie vie : le rire inimitable du Yéti velu ou encore les blagues à répétition de Ciccio.

 

 

Ray LaMontagne

Ray LaMontagne


Si Ciccio n’a jamais véritablement réfléchi au concept du gimmick, il ne peut qu’abonder aux dires du Yéti, notamment sur deux points en particulier : le clappement (de mains) et le sifflement. Tout comme lui, il remarque qu’il est des morceaux qui sembleraient totalement vides sans leur simple clappement de main, l’exemple le plus immédiat lui venant en tête étant l’intro de Hold You In My Arms de l’adoré Ray Lamontagne. Le clappement étant souvent rajouté après les autres instruments, il imagine Ray et son producteur de l’époque, Ethan Johns, autour du micro en train de taper des mains, un casque sur la tête, les yeux mi-clos pour se concentrer sur le morceau.
Quand au sifflement (qui selon lui est plus morriconien que pop), Ciccio est persuadé qu’il y a dans sa discothèque des albums qu’il n’aurait pas autant aimé à la première écoute sans lui. Il pense au premier album d’Andrew Bird qu’il avait écouté (Weather Systems), et au premier album de Goldfrapp.
De la folk, de l’électro, du western spaghetti… qui a dit que le gimmick était par essence pop ?

 

 

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Le Yéti

 

 

Le Sous-Marin Jaune cherche une introduction musicale parfaite

30 août 2010

 

Périscope #28

Le Sous-Marin Jaune part en vacances

Les meilleures choses ont une fin : Ciccio, Fantasio et le Yéti sont de retour de vacances et ont ré-embarqué dans leur fier vaisseau, le désormais fameux Sous-Marin Jaune.
Chacun vaque à ses occupations, range ses maillots de bain, raconte ses petits souvenirs musicaux de l’été. Le Yéti en profite pour se raser (un peu) la barbe hirsute qui lui bouffe les joues depuis quelques jours. Une tâche qu’il opère en écoutant Blue Monday de New Order.

 

« Fichtre, cette intro, elle est tout de même intemporelle… » se dit il. « Rhaaaaa, impossible de me raser avec ses beats qui pilonnent ma salle de bain, j’ai envi d’onduler mon gros corps velu ! »
En nage, le Yéti déboule dans la salle des machines et harangue ses comparses : « Damned les gars, Blue Monday a la meilleure intro musicale du monde, non ? Vous êtes d’accord avec moi, ou vous avez un meilleur exemple d’introduction musicale mythique ? C’est important pour vous une bonne introduction musicale ? »

 

 

New Order BM88

New Order BM88

En fait, en y réfléchissant bien, l’intro de Blue Monday était revenue titiller le Yéti le jour du concert de The Divine Comedy à Pleyel, lorsque Neil se mit à chanter At the Indie Disco et qu’il imita façon Human Beatbox le début du tube de New Order. A peine 3 notes jouées et tout le public était en transe, hurlant, pas loin d’un orgasme collégial. C’était fascinant à écouter, le pouvoir de cette petite boîte à rythmes. Tout le génie de New Order était là.
Mais après avoir joué aux derviches tourneurs sur le dance-floor, le Yéti se mit à penser à une autre brillante introduction, celle beaucoup plus calme de California Girls des Beach Boys, avec ses petites notes douces et élégiaques qui s’évaporent doucement pour laisser la place à une belle chanson pop forcément sublime. Pas de doute, le Yéti est un amoureux transi des introductions musicales réussies.

 

Television - Marquee Moon

Television - Marquee Moon

Ciccio, quant à lui, les yeux rivés sur le visage du Yéti, répond « FAUX » ! En effet, quand on a une barbe aussi belle et fournie que celle du Yéti, on ne la rase pas. Ciccio ne s’est pas rasé depuis son départ en vacances il y a plus d’un mois, et il compte bien ne pas s’arrêter en si bon chemin, espérant ressembler bientôt au Yéti, voire, mieux encore, à Joaquin Phoenix dans I’m Still There.
Par contre, lui aussi s’accorde à dire que les intros, quand elles sont réussies, subliment une chanson. Ce qui ne signifie aucunement que les chansons sans intro sont forcément mauvaises (Ciccio est dans une phase Bob Dylan / The Band ces jours-ci, et c’est amusant de voir comment leurs morceaux se passaient allègrement d’intro, voire même de toute partie instrumentale pour Dylan dans les années 60 : le morceau commence sur le premier mot du texte et s’achève en même temps que le dernier).
Ce que Ciccio affectionne tout particulièrement, c’est quand les instruments arrivent l’un après l’autre, dans les intros (oui, c’est bateau, il en a conscience, mais il aime). Marquee Moon, de Television, est une de ses préférées, au même titre que l’évident A Forest de The Cure ou le beaucoup moins connu Italian Leather Sofa de Cake.
Autre type d’intro qu’il adore, celle qui laisse la part belle à la guitare pop, qui la laisse partir, revenir, s’envoler, s’entrechoquer gentiment avec les autres instruments, sans jamais tirer la couverture à elle avec un solo vulgaire et bruyant, préparant parfaitement le terrain pour l’entrée de la voix. Les deux exemples qui lui viennent immédiatement en tête sont le tourbillonnant From Time To Time de Ride et l’excellentissime The Headmaster Ritual de The Smiths.

 

Spoon - GA GA GA GA GA

Spoon - GA GA GA GA GA


Fantasio prend enfin la parole. Ravi de retrouver ses deux comparses velus aussi déterminés et sûrs de leur fait, il leur répond sans hésiter.
« Non, franchement mon Yéti, tu as vu juste, une fois de plus. » Sur le moment, il ne sait pas trop si c’est son manque de répartie, le ralentissement estival de ses neurones ou l’enthousiasme du Yéti et de Ciccio qui le pousse au consensus.
En fait, Fantasio aime surtout les intros d’albums, les titres lents ou syncopés placés en tête de disque, et qui se démarquent d’une manière ou d’une autre : l’entêtant Don’t Make Me a Target au début du Ga Ga Ga Ga Ga de Spoon par exemple. Ou alors dans un style complètement différent, le Mojo Pin de Jeff Buckley, probablement l’introduction d’album la plus bizarroïde de tous les temps.
De retour à bord du vaisseau pour cette nouvelle rentrée musicale, Fantasio préfère finalement observer le Yéti se raser sur le rythme de Blue Monday, convaincu que le Sous-Marin avancera un peu plus vite, boosté par l’énergie du trio.

 

 

Il ne faut pas… associer une chanson à une victoire

27 mars 2010

Pas de chanson pour une victoire

La Combinaison #10

 

La semaine dernière, nous avons assisté à deux victoires, très différentes, mais qui ont un point commun : une chanson leur était associée. Les journalistes ont passé à l’envie L’important C’est La Rose, de Gilbert Bécaud, en toile de fond de leurs reportages sur la « victoire » du Parti Socialiste. De leur côté, les rugbymen français, pour le neuvième Grand Chelem de l’histoire du rugby français, ont entonné, de manière peu originale, le riff de Seven Nation Army, des White Stripes.

 

On pourrait citer de nombreux autres exemples (les sportifs ne sont avares ni de clichés ni de choix musicaux douteux), le plus fameux étant certainement les footballeurs français vainqueurs de la Coupe du Monde en 1998. Ces derniers avaient choisi le tube de Gloria Gaynor, I Will Survive, qu’ils massacraient dans les vestiaires après chaque victoire.

 

Certes, d’aucuns pourraient objecter que l’unité d’un groupe, dans le cadre d’une compétition sportive aussi importante, ne peut être maintenue que grâce à ce genre d’artifice, et que d’une certaine manière Gloria Gaynor a participé à la victoire des bleus en 1998 (pour ce qui est de l’unité du groupe en politique, je crois que nous tomberons d’accord pour dire qu’elle n’existe pas, chacun se mettant d’abord au service de soi avant de penser – éventuellement – au groupe).

 

Néanmoins, ce genre d’association victoire/musique ne peut que faire du mal à la musique choisie, en la connotant tellement qu’elle perd son contexte original, voire, pire encore, son identité (« oh, mais c’est la chanson de l’équipe de France 98 ??!! »). Il ne faut donc pas céder à la tentation, et garder les chansons que l’on aime pour ce qu’elles sont.

 

Bref, si vous passez le week-end à marmonner sur l’air de L’important C’est La Rose une rose à la main, de Seven Nation Army un ballon ovale à la main, ou de I Will Survive un ballon rond à la main, tandis qu’autour de vous les gens vous demandent s’il s’agit bien de la musique de la dernière pub pour tel ou tel produit débilisant, attirant sur vous honte et quolibets, c’est que vous l’avez bien cherché.

 

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Ciccio