My Bee’s Garden – Hunt The Sleeper

4 février 2011

 

My Bee's Garden

L'exctincteur #5

Chaque début d’année, c’est la même histoire : je cours après quelques albums que j’ai ratés l’année précédente et que je dévore avec l’appétit du gros velu que je suis.
Actuellement, les sessions de rattrapage sont occupées par 2 disques très réussis : le Deerhunter dont Fantasio a déjà dit le plus grand bien ici, et l’excellent premier album de My Bee’s Garden.

 

J’avais découvert My Bee’s Garden il y a quelques années déjà sur CQFD, le site des Inrocks, et avait totalement succombé aux charmes des quelques ritournelles mises en ligne.
Le groupe français a entre temps pris son temps pour enregistrer son premier album qui n’a donc été publié que l’automne dernier sur le label Kitchen.

 

My Bee's Garden - Hunt the sleeper

My Bee's Garden - Hunt the sleeper

Dès les premières écoutes, le charme se perpétue et je retrouve tout ce que j’avais tant aimé dans ce groupe : des ambiances éthérées, des mélodies finement ciselées qui restent en tête toute la journée et la douce voix de la chanteuse, Mélodie, qui tisse autour de moi un cocon dans lequel j’aime me lover.
Comme chez Broadcast (dont The Noise it Makes est un clin d’œil savoureux), My Bee’s Garden s’amuse à jouer des comptines enfantines, qui semblent à la première écoute innocentes mais qui révèlent toujours un coté inquiétant. Cette mélancolie est notamment accentuée par les choix de certaines orchestrations, comme ces synthés vintage, qui créent un climat psyché saisissant.

 

De même, Mélodie Prochet qui a suivi une formation classique, compose parfois ses chansons autour d’un piano qui rappelle Debussy ou Satie et emprunt d’un spleen brumeux. Ainsi un titre comme Les Mêmes Histoires distille un trouble prégnant qui me rappelle certaines BO des années 70.

 

Formidable de bout en bout, sans un seul titre faiblard (c’est si rare aujourd’hui), je sais déjà que j’écouterai encore ce disque à la fin de l’année. Et les prochaines années.
Tout là-haut, au Valhalla de l’electro-pop, la merveilleuse Trish Keenan doit sourire de voir l’héritage des Broadcast aussi bien assuré et si bien régénéré.

 

 

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Le Yéti

 

 

Eloge de Lloyd Cole et Richard Hawley

8 novembre 2010

 

Périscope #37

Périscope #37

Ce week-end le Yéti est sorti du Sous-Marin Jaune. Il a pris les transports en commun, a rejoint une ancienne collègue de travail et est allé voir Lloyd Cole en concert. Et une nouvelle fois, ce fut grand, immense.
C’est drôle car quand on demande au Yéti ses artistes préférés, il cite toujours les Beach Boys, Broadcast ou Divine Comedy. Mais jamais Lloyd Cole. Pourtant ce type occupe une place à part dans le cœur du Yéti : premier CD qu’on lui a offert (Rattlesnakes), des émois en veux tu en voilà sur les albums solos qui ont suivi. Lloyd est l’artiste que le Yéti vénère secrètement, une passion qu’il partage avec peu d’amis (par peur des quolibets ou bien d’être obligé de ré-expliquer pourquoi ce type est talentueux alors que tous ses albums le prouvent).
Mais ces temps sont révolus, le Yéti se sent en confiance avec Ciccio et Fantasio. Alors cette semaine, il aimerait savoir ce que représente Lloyd Cole pour ses comparses, s’ils partagent sa ferveur pour l’artiste et son dernier album Broken Record.

 

 

Lloyd Cole - Broken Record

Lloyd Cole - Broken Record

Ciccio se souvient de cette époque lointaine où il habitait chez ses parents, avec sa grande sœur, de quatre ans son aînée. Parmi les artistes qu’elle écoutait, il y avait Depeche Mode et The Cure, que Ciccio écoute encore aujourd’hui avec beaucoup de plaisir. Et puis il se souvient qu’elle lui avait aussi fait écouter un morceau appelé Forest Fire, signé Lloyd Cole & The Commotions, et que ce morceau lui avait beaucoup plu. Il a le vague souvenir d’un album appelé Bad Vibes, et d’un Lloyd Cole légèrement mauvais garçon sur une autre pochette, d’un album appelé justement Lloyd Cole
Que reste-t-il aujourd’hui ? L’album Love Story fait partie de la discothèque de Ciccio, tout comme Broken Record, qui correspond bien à l’air du temps et à la musique américaine qu’il apprécie. Ciccio se dit qu’en fait, Lloyd, c’est un peu ce vieil ami qu’on perd de vue sans trop de tristesse, mais qu’on prend énormément de plaisir à revoir, en se disant que cette fois-ci, c’est juré, on n’attend pas cinq ans avant de reprendre des nouvelles.

 

Lloyd Cole - Don't Get Weird on me babe

Lloyd Cole - Don't Get Weird on me babe

 

De son côté, Fantasio hésite : faut-il rouer le Yéti pour son manque de confiance en soi (pour ne pas dire de cran) quand il confesse son affection pour Lloyd Cole ? Ou faut-il lui tendre la main et convoquer les émotions. Fantasio pose une main sur l’épaule de son ami et se prépare à lui adresser un coup de boule, quand un objet tombe de la poche de son pantalon. Il se penche pour le ramasser et le tendre à ses amis : la k7 audio de Don’t get weird on me babe. Il oublie son agacement coutumier et se précipite sur le ghetto blaster du Yéti. Il enfonce la touche play et éructe dès l’intro de Tell your sister : « Putain mon Yéti, qui t’a traumatisé au point que tu aies honte des disques d’un type aussi doué ? ».

 

 

LloydCole - Rattlesnakes

LloydCole - Rattlesnakes

Face à Fantasio, le Yéti baisse la tête et prend conscience de sa bêtise. Dans la petite sphère snob du rock indépendant, Lloyd Cole a au mieux été méprisé (les Inrocks ignore royalement ses derniers albums depuis au moins 10 ans), au pire été vilipendé (musique surannée et vieillotte, crient les détracteurs). Or Fantasio a raison: Lloyd Cole est doué. Car depuis vingt ans, Lloyd Cole compose des mélodies intemporelles au service d’un humour acide et désenchanté, qui aujourd’hui forment la plus étonnante des chroniques des années 90 et 2000. Le concert à l’Alhambra vendredi soir en fut une nouvelle preuve éclatante: Lloyd était accompagné de deux autres guitaristes et a joué deux heures, des anciennes chansons, notamment de Rattlesnakes, un des meilleurs albums des années 80, et de Broken Record, le petit dernier. Ce fut un set d’une classe folle, digne de Richard Hawley. Un moment inouï et rare.
Le Yéti ne s’en cache plus désormais et vous le dit avec aplomb : Lloyd est tout simplement l’un des meilleurs compositeurs aujourd’hui. Et puis c’est tout.

 

 

Le Sous-Marin Jaune et les disques de la honte

6 septembre 2010

 

Périscope #29

Le Sous-Marin Jaune et les disques honteux

Confortablement installé dans la pièce à vivre du Sous-Marin Jaune, le Yéti profite de l’absence momentanée de Ciccio et Fantasio pour se mettre un petit disque à lui, un plaisir coupable dont il n’a jamais parlé à ses amis, un disque dont il pourrait avoir honte et pourtant qu’il affectionne, un disque qui lui vaudrait le bûcher auprès des fans de pop rock indé : Breakfast In America de Supertramp. Ah, The Logical Song ! Oh, Take The Long Way Home !
Mais soudain, c’est le drame: Ciccio et Fantasio déboulent dans la pièce, entendent la soupe du Yéti et se mettent tout d’abord à hurler de rire, puis inquiets demandent au Yéti si vraiment il aime ce disque ?
Le Yéti, embarrassé, est bien obligé de faire son coming-out : Oui il aime Supertramp ! Pas au point d’aller les voir à Bercy cet automne, mais assez pour les écouter de temps en temps. Voilà, c’est dit.
Mais vous les gars, en cherchant bien, votre discothèque est elle irréprochable ? Vous n’avez pas un disque qui fait un peu tâche entre Radiohead et Sonic Youth, mais pourtant que vous écoutez souvent avec plaisir ? Mmmh ?? Allez avouez !!

 

 

Supertramp - Breakfast In America

Supertramp - Breakfast In America


Le Yéti a soudain un doute : pourquoi aime t’ il parfois écouter du Supertramp ? On est assez loin des Beach Boys ou de Broadcast, ses deux groupes chéris absolus.
Peut être par nostalgie, car il a découvert Breakfast in America un été chez un copain d’enfance, alors qu’il avait 10 ans. Un disque qui appartenait au grand frère de cet ami. Et ils l’ont écouté en boucle ce disque… Même si ce coté sépia-souvenir-souvenir joue un peu, le Yéti se souvient avoir aussi beaucoup écouté à cet âge là un disque de Christopher Cross qui s’avère aujourd’hui être une grosse daube périmée et qui a très mal vieilli.
Non, il faut bien le reconnaître, ce que le Yéti aime toujours chez Supertramp, ce sont les mélodies qu’on retient facilement et qui tiennent bien la route. Et puis ce son si particulier chez Supertramp, qu’il a retrouvé sur le second album de Daft Punk, Discovery. Un son rond, agréable, doux comme du coton, un peu comme chez Coldplay, autre groupe fétiche du Yéti et qu’il défend avec fougue devant les ayatollahs du rock indépendant pur et dur. Avec Supertramp et Coldplay en étendard, le Yéti est donc prêt à être fusillé par Télérama et les Inrocks (ou tout autre intégriste de l’indie-rock). Et ça, ça l’amuse beaucoup.

 

 

Marion, Menswear, Sleeper... Des groupes que Ciccio aime bien

Marion, Menswear, Sleeper... Des groupes que Ciccio aime bien

De son coté, si Ciccio a ri si fort en entrant dans la salle où le Yéti s’abandonnait à son plaisir coupable, c’est tout simplement parce que voir le Yéti danser, c’est à peu près aussi drôle qu’un bon Louis de Funès. Car, et il l’avoue sans honte, Ciccio ne connaît pas bien Supertramp, et il n’avait donc aucune idée de ce que son compagnon pouvait bien écouter. Car l’aspect « coupable » du plaisir ne vient pas de ce que l’on écoute, mais bien de l’idée qu’on se fait du regard de l’autre (le fameux goût des autres).
La discothèque de Ciccio n’est certes pas parfaite, mais il sait très bien que la plupart de ses amis trouverait ridicule son amour de la Britpop des années 90, d’autres ne supporteraient pas sa « musique de cowboy », tandis que certains ne comprendraient pas sa passion pour Georges Brassens..

 

Bon, après, il y a ceux qui n’aimeront de toutes façons rien, et il y a pour cela un beau spécimen dans le Sous-Marin !

 

Indifférent à la provocation gratuite de son comparse, Fantasio se souvient de la remarque entendue jadis dans les couloirs du lycée, ‘de toute façon, toi, t’aimes rien…’ sans doute à propos d’un film ou d’un disque.

Luxophonic, c'est merveilleux

C'est merveilleux

Si le goût se fait en écoutant et en regardant – pas en lisant la presse spécialisée, on efface difficilement la nostalgie (au minimum, le souvenir auditif) provoquée par Supertramp, dès lors où l’on écoutait la radio dans les années 80. A propos de disques honteux, Fantasio se souvient avec horreur des CD du passé, passés en boucle sur son discman, avant l’âge de raison : Bryan Adams (période Kevin Costner), Genesis (période The Way We Walk). Ça, c’est du lourd. Sorti de ces exemples douloureux appartenant au passé, Fantasio aime à dire qu’il n’a honte de rien, même pas de son penchant pour une certaine musique sirupeuse, appelée généralement easy listening (cf l’excellente compilation Luxophonic).

 

Alors quand il entend Ciccio affirmer qu’il ne connait pas bien Supertramp, il a envie de rire très fort, lui aussi. Qui n’est pas capable de reconnaître Logical Song dès les premières mesures ? Bien que reconnu pour son manque de cœur, sa méchanceté et sa mauvaise foi, Fantasio ne résiste pas à l’envie de serrer Le Yéti dans ses bras, tout en se demandant quel moyen il utiliserait pour éradiquer Coldplay du Sous-Marin Jaune.