Je n’aime pas… Quand la pub récupère mes chansons préférées

11 février 2012

 

L'artilleur

L'Artilleur #6

 

Parmi l’équipage du Sous-Marin Jaune, celui qui a le plus mal vécu les dernières péripéties du submersible est sans conteste l’Artilleur.
Des dommages très lourds, un tir de torpille complètement raté, un Commandant incapable de guerroyer correctement, l’obligation de battre en retraite et de pactiser avec les abrutis du Sous-Marin Bleu-Blanc-Rouge… n’en jetez plus, l’Artilleur est au bord de la dépression.
Prostré dans sa cabine, il regarde la TV, l’œil vitreux, la bouche ouverte, désœuvré.

 

L’Artilleur s’extirpe de son lit, va vers le mini frigo qu’il a installé dans sa cabine, prend une bière quand soudain, le riff formidable de Lonely Boy des Black Keys résonne dans la pièce. L’Artilleur tape du pied, et se retourne plein d’espoir vers sa télé : ca y’est, Les Enfants du Rock sont de retour ? Ou mieux : on a enfin donné carte blanche à Bernard Lenoir pour qu’il crée à la télévision un programme sur le rock indé ? Ou alors c’est Rapido de De Caunes, qui est rediffusé sur une chaine du câble ?

 

L’Artilleur regarde l’écran et se décompose. Une voiture allemande roule, un slogan idiot apparait, c’est une publicité. L’Artilleur n’a pas le temps de jurer que cette fois-ci c’est Trellic de Baxter Dury qui se fait entendre. Puis The Look de Metronomy. Soient trois des chansons préférées du kamikaze en 2011.
Fou de rage, l’Artilleur éteint son poste.

 

Baxter va payer des impôts cette année...

Baxter va payer des impôts cette année...


« Ok. C’est quoi mon problème ? Je devrais être content d’entendre de la bonne musique pendant les spots publicitaires !? Ca nous change des ritournelles débiles sur l’Ami Ricoré ou sur la mousse au chocolat pour lequel tout le monde se lève. En plus, cela amène des revenus supplémentaires pour des artistes peu exposés, c’est bien. Si Baxter peut désormais vivre de sa musique, je devrais m’en réjouir.
Donc, c’est quoi mon problème !?

 

Ouais, en fait ce qui me dérange, c’est de voir mes musiques préférées associées avec des images qui n’ont rien à voir avec le texte du groupe. C’est ça ce qui me fout en rogne ! Quel est le rapport entre Lonely Boys et une BMW ? La chanson est réduite à son élément le plus simple: un gimmick pour capter notre attention, c’est tout.
Et puis dorénavant, quand on voudra parler des Black Keys, on dira ‘Mais si, tu sais, la musique de la pub BMW !’ C’est hyper réducteur. Ca me bouffe… »

 

L’Artilleur se tait, se regarde dans le petit miroir face à son lit, puis regarde autour de lui.
« Et merde ! Maintenant je parle tout seul. Je suis bon pour l’asile, on va m’interner !
Faut que je bousille un truc. Tiens je vais aller voir l’autre barbu là, Ciccio. Il a toujours un disque de folk mou du genou à dézinguer, ça va me soulager. »

 

 

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Le Yéti

 

 

Une Bouée pour Luke Haines

20 janvier 2012

 

Le mécanicien du SMJ

Le Mécanicien #4


Le Yéti est allongé sur la couchette de sa cabine. Il est 3h du matin et il n’arrive pas à trouver le sommeil.
Impossible d’oublier le message narquois du Sous-Marin Rouge et Noir.
Et puis impossible de trouver le sommeil après avoir écouté en boucle le nouvel album de Luke Haines, sobrement intitulé Nine and a Half Psychedelic Meditations on British Wrestling of the 1970s and early ’80s
Le Yéti regarde la pochette du disque et soupire.

 

Luke Haines est une passion commune aux matelots du Sous-Marin Jaune, mais pas forcément pour les mêmes groupes. Ciccio adore The Auteurs, Le Mécanicien reste fan de Baader Meinhof et le Yéti voue un culte sans nom à Black Box Recorder. Quant à Fantasio, l’animal semble aimer TOUTE sa discographie. Du coup, quand le Mécanicien a annoncé au Poilu que Luke était de retour, le Yéti était aux anges : après Baxter Dury, un autre franc-tireur anglais revenait sur le devant de la scène, on allait voir ce qu’on allait voir.

 

En découvrant le titre de l’album, le Yéti s’est juré d’aimer l’album. Un titre pareil, c’est forcément 3 étoiles au Michelin, une Palme d’Or à Cannes et le prix Albert Londres. Quelle classe, quel sens de la démesure ! Toute l’Angleterre tient dans ce titre.
Naïvement, le Yéti a cru que l’écoute de cet album lui mettrait du baume au cœur après la désillusion du torpillage. Mais après 3 écoutes, il ne sait plus quoi penser.

 

Zut, on n'a pas assez de place pour le titre de cet album...

Zut, on n'a pas assez de place pour le titre de cet album...

 

Déjà Luke chante toujours pareil sur cet album : un chant un peu caverneux, forcé, genre je-te-raconte-une-histoire-de-dingue-tu-vas-voir-tu-vas-trembler-comme-un-môme. C’est rigolo au début, franchement énervant à la fin. Et puis, comme toujours avec Luke, certains morceaux semblent bâclés, victime d’un je m’en foutisme un peu lassant là aussi. Mais d’un autre coté, ses textes sont toujours aussi fous, et Luke Haines reste à ce jour la plus belle plume sur l’Angleterre prolétaire (loin devant Damon Albarn). Ainsi sur Gorgeous George, Luke Haines est intouchable : mélodie sublime, arrangements simples, la grande classe.

 

Enfin, ce type a un don surnaturel pour pondre des titres abracadabrants dignes d’un dessin de Glen Baxter : Inside The Restless Mind Of Rollerball Rocco et le désopilant et dingo Big Daddy Got A Casio VL-Tone, voilà ce qui fait rire le Yéti aujourd’hui.
Pour toutes ces dernières raisons, le Yéti sait qu’il va encore écouter cet album avec ferveur, malgré ces imperfections et son second degré un peu exagéré.

 

Pour trouver le sommeil en revanche, le Yéti ne compte plus sur Luke. Résigné, il sort un petit carnet de notes et inscrit en gros: « Comment buter Iggy ».

 

 

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Le Yéti

 

 

Je n’aime pas… quand un groupe clôt un album avec un titre pourri

28 octobre 2011

 

L'artilleur

L'Artilleur #3

Le Yéti s’ennuie. Il déambule, l’âme en peine, dans les couloirs du Sous-Marin. Il songe un moment aller embêter Fantasio, mais celui-ci est toujours malade, même si sa cure de Baxter Dury lui fait le plus grand bien.
Quant à Ciccio, il l’entend rigoler avec la Vigie et préfère laisser les deux comparses ensemble. Perdu dans ses pensées, il ne fait plus attention où il est. Soudain une porte s’ouvre, un bras sort et tire le Yéti dans une cabine. Celui-ci, abasourdi, n’a même pas eu le temps d’esquisser un mouvement. En face de lui se tient son pire cauchemar: L’Artilleur.

 

Le Yéti bégaie et se met à geindre : « Non, pitié, lâche moi, je veux partir. La dernière fois, j’ai fini au gnouf par ta faute ! ».
L’Artilleur a son regard de fou.
« Ta gueule le Poilu ! Écoute-moi. Je viens d’écouter le nouvel album de The Glass Canoe, Chimera. C’est plutôt plaisant, quoiqu’assez inoffensif dans le genre Post-rock psychédélique. Du coup, j’allais te dire d’aller le télécharger librement sur leur Bandcamp et bing, ces imbéciles ne trouvent rien de mieux que de finir leur album par CA ! Écoute ce truc ». L’Artilleur appuie sur Play, et le Yéti se met à entendre 3 minutes insupportables de bruits, des chuchotements, des bruits de bouche, des entrechoquements de vaisselle et du papier froissé. Tout cela sans une once de mélodie, rien.
L’Artilleur roule des yeux et sert le bras du Yéti : « NAN, MAIS TU TE RENDS COMPTE !? C’est quoi le but du jeu là ? Finir par une merde pareille, c’est un crime ! Quel souvenir garderas-tu de cet album : ben les trois minutes chiantissimes de ce titre, point barre. Voilà 45mn de rock foutu en l’air ! Ça me bouffe, le Velu, c’est un manque de respect pour l’auditeur ou alors c’est du suicide. Et là tu comprends pourquoi c’est gratuit sur le net. »

 

Den, dernier titre pourri de Chimera, des Glass Canoe

Den, dernier titre pourri de Chimera, des Glass Canoe

Comme à chaque fois avec l’Artilleur, le Yéti est partagé. Il trouve sa réaction excessive, mais il ne peut s’empêcher de repenser au premier album des Polyphonic Spree, The Beginning Stages : 30 premières minutes idylliques, de la pop en lévitation, et puis un dernier morceau totalement hors-sujet, 30 minutes de psalmodie inaudible qui font de cet album un supplice à écouter en entier.
Le Yéti se demande du coup si le groupe ne s’est pas foutu de sa gueule avec ce dernier morceau et si cet ultime bras d’honneur n’a pas dégouté le Poilu qui a boycotté le groupe depuis.

 

Soudain l’Artilleur lâche son étreinte et libère le Yéti. Il part comme une fusée et rugit : « Faut que je me détende ! Je vais faire péter deux-trois torpilles dans les coraux. »
Soulagé d’échapper au gnouf cette fois-ci, le Yéti se précipite dans sa cabine et se rue vers le nouvel album de Fràncois and the Atlas Mountains. Là au moins, le groupe n’a pas bâclé la fin de son très beau disque.

 

 

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Le Yéti

 

 

Les prescriptions du Médecin : Happy Soup de Baxter Dury

21 octobre 2011

Le Médecin #2

Le Médecin #2

Fantasio ouvre les yeux, réveillé par le bruit des machines. Il s’étire longuement. Son nez est bouché et il a mal au crâne.
A bord du Sous-Marin Jaune, il n’y a pas de nuit, pas de jour, et encore moins de saison.
Malgré cela, de façon cyclique, Fantasio et les autres matelots développent des allergies, des rhumes, et parfois même des tendinites.

 

Ce matin, le cerveau, le nez et les sinus de Fantasio sont donc congestionnés et le matelot sait que cela n’est que le début. Tout lui est pénible : la lecture lui colle une barre au front. L’écoute de musique lui est quasiment impossible car trop épuisante.

 

Feist ça ne passe pas

Feist ça ne passe pas

Le nouvel album de Feist, il n’arrive même pas à en écouter un morceau en entier. Se sentant diminué physiquement et ralenti mentalement, il décide de rendre visite au Médecin. Il a toujours un remède pour les maux des matelots. Il fait un détour pour éviter la cabine du Yéti : il imagine déjà les derniers titres de Coldplay en boucle et les cris de joie du Poilu.

 

Il poursuit son chemin pour rejoindre la cabine du Médecin et aperçoit le visage furieux de l’Artilleur. Il préfère ne pas croiser sa route et fait demi-tour pour rejoindre le Médecin par une autre porte. Il patiente plusieurs minutes dans la pénombre, jusqu’à ce qu’il entende la voix de l’Artilleur s’éloigner. Il pousse la porte et s’assoie dans la salle d’attente rudimentaire : 4 tabourets en métal et en guise de lecture la collection de « Figaro Magazine » du Yéti.

Un bon médoc

Traitement de fond

 

Le médecin apparaît, le visage livide. Sans dire un mot, il fait entrer Fantasio, en prenant soin de vérifier l’absence de l’Artilleur.

 

- Excuse-moi Fantasio, mais je viens de passer un sale moment avec l’autre illuminé. Il m’a demandé de détruire la moitié de mon stock de médicaments, estimant que je suis trop « protecteur » avec l’équipage « de fiottes » qui aurait besoin de « s’endurcir un peu ». Qu’est-ce qui t’arrive ?

 

Baxter Dury la soupe

Une bonne soupe et au dodo


Fantasio, qui n’a pas plus mauvaise mine que le Médecin, explique ses symptômes et son besoin d’un remontant.
Alors que Fantasio n’a pas terminé son explication, le Médecin se met à griffonner une ordonnance :
- Pas de temps à perdre, Fantasio. Tu vas commencer par une dose de la BO de Submarine par Alex Turner, matin et Soir. C’est pour fluidifier tes voies respiratoires pour commencer. Demain tu commences le traitement de choc : le troisième album de Baxter Dury, Happy Soup, matin midi et soir. D’ici 48 heures tu devrais sentir les premiers effets et d’ici 4 jours tu seras remis sur pied.

 

Fantasio quitte le médecin, rejoint sa cabine et commence le traitement. En voyant la pochette de Happy Soup, il a l’impression de regarder un miroir : bouche ouverte et air absent. Il prend sa première dose, et la voix cassée unique et reconnaissable entre mille fait son effet immédiat. Débouchage d’oreilles et de nez instantané. C’est avec le titre Claire, morceau de pop étonnamment lumineux, qu’une sensation de chaleur l’envahit. Il sait déjà qu’il n’hésitera pas à augmenter les doses, et à compléter son traitement par une piqûre de Len’s Parrot Memorial Lift.

 

 

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Fantasio