Faut-il s’intéresser aux Fleet Foxes ?

7 mai 2011

 

Fleet Foxes

L'extincteur #8

Il est comment, le nouveau Fleet Foxes ? Fantasio tente de répondre.

 

 

La rumeur grandissante, les chroniques bien senties d’albums leakées : tout va très vite pour un album. Celui-là, ce n’est pas n’importe lequel, c’est celui des Fleet Foxes, plus grosse sensation post Arcade Fire, groupe dont la popularité a grimpé en flèche il y a maintenant trois ans. C’est aussi le deuxième album du groupe de Seattle, et comme nul n’est sensé l’ignorer, le deuxième album est un moment de solitude et de perdition pour d’innombrables groupes adulés. La rumeur est donc bien là : il serait pas terrible, le nouveau Fleet Foxes, ou plus précisément décevant.

 

La suite est cousue de fil blanc : vous avez adoré le premier album et écouté en boucle Sun Giant (surtout Mykonos hein, ça vous rappelle les vacances d’il y a deux ans). Alors il y a de grandes chances que vous soyez déçu par ce nouvel opus : pas de titres aussi forts que sur le premier album, pas la même énergie, trop homogène. Les barbus n’ont pas échappé à cette règle immuable de la carrière musicale, et les critiques élogieuses de Pitchfork n’y feront rien. Ah tiens, comme avec le deuxième album d’Arcade Fire, l’anecdotique Neon Bible.

 

Deuxième possibilité : vous n’avez jamais aimé/adulé/compris les Fleet Foxes. Evidemment, comme moi, comme beaucoup d’autres, vous avez quand même essayé d’apprécier mais l’histoire d’amour n’a jamais fonctionné. Comme moi peut-être, ce que vous préférez du groupe ce sont les premières secondes a capella de Sun It Rises. Le reste vous ennuie, vous fait penser à une sorte de Supertramp néo folk ethéré pour fans illuminés tapant dans leurs mains. Vous n’avez jamais eu envie de vous réchauffer au coin d’un bon feu de cheminée en écoutant White Winter Hymnal.

 

Si vous êtes dans ce cas, l’écoute du nouveau Fleet Foxes , si vous l’osez, ne devrait pas provoquer la déception. Vous constaterez que les Foxes sont toujours coincés quelque part dans les années 70, et vivent paisiblement dans la même secte imaginaire. Tout juste ont-ils décidé de se diversifier en élevant moutons et chèvres.

 

Alors moi aussi, j’ai voulu gouter cet Helplessness Blues que l’on dit décevant et-puis-finalement-pas-si-mal-si-l’on-est-patient. Je l’avoue, avant d’écouter le disque attentivement, j’ai frissonné à la vision de la pochette de l’album, et préféré fermer les yeux. Et puis je l’ai écouté plusieurs fois, sans jamais aller jusqu’au bout du disque.

 

Les Fleet Foxes, on s’en serait douté, c’est évidemment toujours un peu la même chose. L’equipe hirsute, contrairement  à ce que pourrait laisser penser le titre (du soleil de Mykonos à la noirceur du blues et de la déprime), tout roule, à commencer par les chansons, qui débordent toujours autant de choeurs. On continuera de les comparer aux Beach Boys, et la comparaison reste toujours aussi absurde.

 

La barbe ?

Faut-il se raser ou pas ?


Bizarrement, deux groupes me sont venus à l’esprit en écoutant Bedouin Dress et ses gimmicks déjà entendu il y a 3 ans. Le premier c’est les Magic Numbers, groupe fétiche de Ciccio dont Robin Pecknold (superbe patronyme s’il en est) se rapproche, qui évolue certes dans un registre plus « pop », mais qui dégage la même intention et la même énergie, le même volonté de vous emporter quelque part en vous chantant très fort dans les oreilles, toutes barbes dehors. Evidemment, en ce qui me concerne, je ne vois que les miettes de pain de mie restées collées dans la barbe, et je reste à quai. Le second groupe, c’est Supertramp période Give A Little Bit – typiquement le genre de comparaison qui tuerait la carrière du groupe si un vrai journaliste l’utilisait. Simon & Garfunkel ça fait plus classe quand même non ?

 

 
Mais si vous êtes comme moi et que vous vous calmez / adoucissez avec l’âge, vous aurez un peu d’indulgence pour les chansons de Helplessness Blues, pour ce groupe qui a peut-être flippé quelques instants à l’idée que tout son crédit et sa fanbase de désintéresse de lui, et parte à la recherche de nouveaux barbus plus mignons.
 
Mais prudence, ne vous risquez pas non plus à ré-écouter Mykonos, parce que ça a déjà pris un bon coup de vieux.
Et ceux qui n’ont jamais écouté les Fleet Foxes, que penseraient-ils de ce second album, si c’était leur point d’accès à l’univers fleuri de la bande à Robin Pecknold ?
Et vous, fan ou novice, vous en pensez quoi ?
 
 

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Fantasio

2011, l’année de Portishead ?

10 janvier 2011

 

Périscope #44

Périscope #44

Le Yéti est excité comme une puce : c’est la nouvelle année et il va retrouver ses deux vieux camarades à bord du Sous-Marin Jaune.
Un an déjà que le submersible navigue dans les eaux profondes de l’indie-pop, et pas une once de fatigue ou de résignation à bord, toujours cette même euphorie lorsqu’il s’agit de défendre un disque aimé. Ciccio et Fantasio sont bien là, fidèles au poste, et après les effusions d’usage, le Sous-Marin Jaune part en mer.

 

La douce quiétude de ce début d’année ne durera que quelques minutes, le Yéti déboulant dans la cuisine tout en transe : « Les gars, Portishead va peut être sortir un disque cette année !! Yihaaaaaa !! Regardez le communiqué de Geoff Barrow » :

 

« Il n’y aura PAS de téléchargements gratuits. Il n’y aura PAS de morceaux bonus. Il n’y aura PAS de remixes. Il n’y aura PAS de making-of. Il n’y aura PAS de contenu additionnel. Il n’y aura PAS de partenariats. Il n’y aura PAS de lignes de vêtements. Il n’y aura PAS de photos dans les tabloïds. Il n’y aura PAS de prix unitaire à 25£. Il n’y aura PAS de street marketing. Il n’y aura PAS de tapage sur Myspace. Il n’y aura PAS de producteur célèbre. Il n’y aura PAS de nouvelles sur twitter. Il n’y aura PAS de concerts organisés pour la presse ou les blogueurs. Il n’y aura PAS de rencontres organisées avec les fans. Il n’y aura PAS de versions raccourcies des morceaux. Il n’y aura PAS d’exclusivité iTunes. Il n’y aura PAS de lancement pour la presse. Il n’y aura PAS d’édition asiatique. Il n’y aura RIEN pour plaire aux radios : juste la musique et nous« .

 

« et PAS d’album ? » lance sarcastique Fantasio. Ciccio et le Yéti rigolent, il a raison le Fantasio !
Geoff est il un Amish de la musique ou bien a-t-il raison de dénoncer la communication à outrance sur les réseaux sociaux et le merchandising exacerbé qui gravite autour de la musique ?

 

 

Portishead - Third

Portishead - Third

Le Yéti a toujours aimé Portishead. Sa musique mais aussi son rythme de travail : le groupe n’en fait qu’à sa tête, sortant des albums que lorsqu’il en a envie ou qu’il se sent prêt. Du coup, dans leur discographie, deux chefs d’œuvre absolus, Dummy et Third, et une place à part dans le panthéon personnel du Gros Velu. Mais si le communiqué de Geoff mérite le respect pour sa démarche pure, le Yéti ne peut masquer une légère déception devant cette attitude presque autiste du groupe. Ok, trop de merchandising tue la valeur de la musique, mais le rock’n’roll a toujours été fait de futilités comme ces t-shirts souvent hideux mais qu’on aime porter, ou la recherche de remixes ou bootlegs dont le fan se délecte. En tombant dans une ascèse sincère mais dure, le Yéti ne souhaite qu’une chose : que ce nouvel album soit aussi bon et aventureux que Third, sinon il promet à ses petits chéris de Bristol un retour de bâton ultra violent .

 

Goldfrapp: Portishead avec une plume dans le cul ?

Goldfrapp: Portishead avec une plume dans le cul ?

Pour Fantasio, le Yéti a tout compris sans le savoir : Portishead n’est pas très rock’n'roll. Quiconque a eu l’occasion de voir le groupe (le mot n’est pas adapté) en concert le sait très bien : Portishead n’est pas une bête de scène. C’est même la quintessence du groupe de studios : sa particularité et son génie tient à sa capacité à créer un son incroyable, si inimitable que chacun peut s’y casser les dents. Comme Goldfrapp par exemple, ersatz ayant eu la bonne idée (marketing) d’imiter en surface le trip de Barrow tout en travaillant les faiblesses de Portishead, à savoir la chaleur et le côté bling-bling (Fantasio est trop poli pour dire « pute »). Un peu comme comme Coldplay pour Radiohead, en somme.
Fantasio se demande pourquoi le Yéti snobe l’album Portishead, tout aussi parfait que Dummy, et se dit que les mots de Geoff ne font que surjouer la définition de Portishead : un groupe pas comme les autres, le seul à n’avoir besoin que de ses disques pour fasciner.

 

Arcade Fire en live, tout ce que Portishead ne fera jamais

Arcade Fire en live, tout ce que Portishead ne fera jamais

Pendant ses vacances, Ciccio a eu la joie de voir un ami québécois, passionné de musique, notamment lorsqu’elle est faite à Montréal. Ce dernier lui disait que parmi les groupes qu’il aimait beaucoup, Arcade Fire était le seul qu’il n’avait jamais vu en concert, parce qu’il trouve insupportable, poseur et hautain le côté « on fait un concert dans une salle de 20 places et on l’annonce la veille sur Internet avec un mot de passe à découvrir au terme d’un jeu de piste de 3 heures ».
Les concerts, et par extension la musique, doivent selon lui se passer de ces petits jeux à la con. Soit c’est bon, et le public (pas les critiques, pas TF1, pas la Fnac, pas Pascal Nègre) détient la réponse. Il convient ensuite au groupe de répondre à cette sollicitation du public de la manière la plus ouverte possible.
Ciccio a été sensible aux arguments de son ami montréalais, tout comme il est sensible au discours de Geoff. Et, même s’il n’a pas supporté le dernier album en date du groupe, il tendra une oreille attentive en direction du prochain.

 

 

Pour rendre hommage à la ligne pure et dure de Geoff Barrow, et surtout pour fêter ses 1 an, le Sous-Marin Jaune va faire tout le contraire très prochainement et vous faire gagner des Cds grâce à un petit jeu très intelligent à base d’énigmes et de devinettes ! On vous en dit plus cette semaine…

 

 

Il est comment le dernier Arcade Fire ?

2 septembre 2010

Arcade Fire - The Suburbs

Touché coulé

C’est comment, Arcade Fire ?
Lorsque je me suis vu poser cette question il y a quelques jours par ma compagne, qui fait partie du commun des mortels, j’eus la confirmation du statut actuel du groupe canadien. Bien qu’ultra-populaire auprès d’une certaine frange de la population mondiale – à la hache, celle qui a entre 25 et 35 ans et qui s’intéresse de près ou de loin à la musique pop rock – et qui souhaite s’éloigner un tant soit peu du concept de musique mainstream, Arcade Fire n’est pas aussi connu que Radiohead ou U2. Pas aussi connu, mais suffisamment populaire pour être plus proche du mainstream que de l’underground.

 

A la lecture d’un entretien du groupe dans Télérama, j’obtins un début d’explication. Si Arcade Fire parvient à rester dans l’ombre, toutes proportions gardées, c’est qu’il le veut bien. Le groupe est le même depuis ses débuts, rien n’a changé, c’est tout juste si Regine et Win se sont cotisés pour acquérir une église, qui leur sert désormais de studio d’enregistrement.

 

Arcade Fire - The Suburbs

The Suburbs

Pour certains, c’est probablement ce qui rend le groupe précieux : il reste un « secret bien gardé » malgré sa popularité qui en fait un poids-lourd de la musique dite indépendante. Bon, un secret bien gardé qui caracole en tête des ventes, ça change un peu la donne.
Mais revenons à la question originelle :
C’est comment Arcade Fire ?
Je répondis à la question par une liste de mots-clés :
fanfare, énergie, exaltation, religion, fièvre…
J’illustrais mes propos par des images du groupe sur scène.

 

Malgré mon mauvais esprit et mon opinion de départ peu favorable, qui consiste à penser que le groupe est une caricature de groupe indie inspiré (une flamme adolescente qui n’en finit plus de se consumer), je l’ai laissée se faire une opinion toute seule sur ce rassemblement de témoins de Jéhovah habités. Opinion vite faite, à la simple apparition des instruments comme l’accordéon et le violon – détails rédhibitoires pour certaines personnes sensibles, sans parler du projet immobilier cocasse (achat de Petite Eglise au Québec).
Mais revenons à la question que se posent tous ceux qui connaissent la fanfare canadienne et n’ont pas entendu le troisième album du groupe.

 

Il est comment le dernier Arcade Fire ?

 

La pochette alternative de The Suburbs

La pochette alternative de The Suburbs


Et bien, c’est tout simplement le premier album du groupe qui semble léché, fini, qui n’a pas l’air d’avoir été enregistré comme-si-la-vie-des-musiciens-du-groupe-en-dépendait (les esprits chagrins se fendraient d’un à la va-comme-je-te-pousse). Le petit prodige, c’est d’avoir accompli cette évolution avec suffisamment de finesse, pour que l’album ne sonne pas comme celui de l’embourgeoisement pour ses fans, pas bling-bling pour un sou.

 

Et moi, qui aie toujours résisté aux disques brûlants de Arcade Fire, toujours lassé par la morne énergie du groupe et les cris de Regine, jamais emballé par leurs coups d’éclat, j’observe ce glissement du troisième album, avec cette indéfectible indifférence : un groupe qui rejoue la même musique en boucle, c’est synonyme d’ennui.

 

En d’autres termes, le feu de bois des débuts s’est transformé en barbecue à gaz, mais les grillades ont toujours le même goût de cendres. Ce nouvel album, moins hirsute, moins dissonant, continue de creuser le sillon des exaltés de Montréal. Le hic, c’est qu’il manque toujours la chanson qui me donnerait envie de réécouter The Suburbs.
Le Yéti me contredirait certainement et je connais ses arguments : non, quand même, c’est fort comme groupe, c’est au-dessus du lot. Au sous-marin jaune de trembler et à moi de lui répondre : par dessus bord, les témoins de Jéhovah !

 

 

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Fantasio

Je n’aime pas… la hype, le buzz et autres conneries qui brouillent mon jugement

11 février 2010

C'était mieux avant la hype

Torpille #3


Je n’aime pas… passer à côté de la hype. Est-ce que c’est grave docteur ?
Quiconque baigne dans la culture indé, et suit un peu ce que tout le monde appelle (terme au combien horripilant même utilisé par des journalistes a priori « sérieux ») le buzz ou la hype a eu peur, un jour, de rater un groupe ou un album important.
Quel est le dernier groupe dont tout le monde parle, qui sauvera le rock en 2010 même si personne ne sait encore si l’un de ses membres est capable de jouer d’un seul instrument ?
Mes premiers souvenirs de ce phénomène remontent à 2004. Il fallait écouter Bloc Party, il fallait absolument se jeter sur des singles comme Banquet, et attendre le premier album comme le messie.

 

De mémoire, c’est l’une des premières fois où j’ai eu le sentiment d’être piégé par une conspiration. Pourquoi tant de bruit pour si peu ? Pourquoi ce sentiment de culpabilité, qui me poussa à user Silent Alarm plus que de raison ?
Même phénomène, à la même époque avec le groupe Arcade Fire, et plus tard avec Arctic Monkeys. Je me suis souvent demandé si ce n’était tout simplement pas la transformation de la culture indé en culture de masse.

 

Aujourd’hui, j’ai quand même un peu plus de bouteille que dans les premiers temps de l’ère myspace. J’ai peut-être aussi simplement moins de temps libre, il peut désormais m’arriver de découvrir un groupe après tout le monde, et de l’apprécier pour ce qu’il est, sans avoir à me demander s’il est affreusement surestimé, comme The XX, découvert tardivement fin 2009.

 

D’aucuns répliqueront que le ressenti d’un buzz est subjectif, et qu’on est pas obligé de sillonner la blogosphère si on a pas envie de suivre la courbe de la hype hebdomadaire ou mensuelle.
Peut-être, mais il faut bien trouver quelque chose à se mettre dans les oreilles, même si en ce qui me concerne le dernier album de Sondre Lerche, complété par l’intégrale des Beatles, peuvent bien m’accompagner quelques semaines/mois/années.

 

Est-ce que c’est grave, donc, si vous avez peur de passer à côté de la hype ?
Selon votre degré d’addiction à Pitchfork ou aux auto-proclamés faiseurs de tendances (Pitchfork, c’est déjà tellement 2000′), cela peut être grave.
Si un ingrédient musical vieux comme le monde (les percussions africaines ? les harmonies vocales ? le folk avec une guitare en bois ?) vous parait soudain indispensable, tellement différent, faites attention à vous.
Précision : si vous avez moins de 25 ans, vous avez probablement des circonstances atténuantes.

 

Mais si vous avez mon âge, que vous avez connu le top 50 dans les années 80, et que vous avez peur de passer pour un vioque parce que les Fuck Buttons, ou le nouveau groupe hyper important de la semaine prochaine vous laissent indifférent, prenez deux minutes pour reprendre votre souffle.
Arrêtez tout, oubliez que nous sommes en 2010.
Laissez passer la hype et montez à bord du Sous-marin jaune.

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Fantasio