The Bewitched Hands vs Fabienne Delsol

17 décembre 2010

 

The Bewitched Hands vs Fabienne Delsol

Babord - Tribord #6

Les semaines se suivent, les disques qu’on aime ne se ressemblent pas. Et pourtant si, la preuve avec à ma gauche le nouvel album de Bewitched Hands, l’excellent Birds & Drums et à ma droite, le nouvel album (il parait même qu’elle en a fait d’autres !) de Fabienne Delsol.

 

Une fois n’est pas coutume, ne parlons pas de ce qui sépare ces deux albums, mais de ce qui les rapproche. Tout d’abord, la nationalité de leurs auteurs, qui ne saute pas forcément aux yeux et aux oreilles : ils sont français, franchouilles, bien de chez nous.

 

Honneur aux dames avec Fabienne (on la remerciera, ne serait-ce parce qu’elle redonne un peu de dignité pop à un prénom à tout jamais marqué par l’indigne Fabienne Thibeault), qui décida un jour de quitter la France pour les États-Unis, après avoir grandi dans notre beau pays. Quant à nos amis de Bewitched Hands, ils viennent du vieux continent, plus précisément de la ville remarquable de Reims.

 

Album On my Mind de Fabienne Delsol

Fabienne vs The Sixties

Continuons avec ce qui fait le charme immédiat et entêtant du disque de Fabienne Delsol, à écouter en boucle : un équilibre pop entre le rétro sixties et le kitsch, à la fois très stylisé et spontané. En effet, dès les premières mesures de l’introductif To You, c’est partie pour une plongée rétro-futuriste façon April March ou Claudine Longet, notamment sur le délicieux Pas adieu. Délicieux pour moi et aussi insupportable qu’un best-of de France Gall pour certains raffinés d’entre-nous, j’en conviens.

 

Nos amis de Betwiched Hands, eux, ne boxent pas tout à fait dans la même catégorie. Premièrement, ils n’utilisent pas la même machine à remonter le temps que Fabienne Delsol. Leur style s’apparente davantage au travail de nos grands amis de Hey Hey My My, qui auraient fait un stage chez les Suédois de I’m From Barcelona. Ensuite, les chansons ne tombent pas dans le piège qui leur tend les bras – celui de la caricature. Je leur en suis particulièrement reconnaissant, dans la mesure où j’ai peu de patience pour les envolées chorales sans fin – et autres fanfares joyeusement barbues.

 

Bewitched Hands Birds and Drums

Bewitched Hands

De l’énergie, il y en a bien sûr, comme sur les mémorables Happy With You et Underwear, et probablement le compte de refrains pour les oreilles délicatement formatées de notre ami Ciccio.

 

Il suffit d’écouter le groupe éructer sur l’excellent So cool ou le pétaradant Cold pour avoir envie de checker si les gars de Reims ont prévu un concert dans le coin.

 

Enfin, si la nationalité de Fabienne se traduit par un léger accent et quelques titres chantés intégralement en français, la troupe de Bewitched Hands ne fait pas illusion avec son accent – tout le monde sait que les Suédois parlent mieux anglais que les Français. J’en termine avec la conclusion de ce duel franco-français : mon cœur éternellement rétro balance pour Fabienne. Et vous ?

 

 

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Fantasio

Emmanuelle Seigner est-elle vraiment dingue ?

25 mars 2010

Cette semaine, Le Yéti projette d’écrabouiller l’aînée des Seigner, à la seule force de ses pattes velues. Fantasio se présente en défenseur des femmes maltraitées.

 

Le Yéti :

Le nouvel album de la soeur Seigner

Emmanuelle Seigner - Dingue

Enfer et damnation : la malédiction de l’actrice qui se rêve chanteuse a encore frappé. Après avoir subi les tentatives de Sandrine Kiberlain, Jeanne Balibar ou Agnès Jaoui, c’est au tour d’Emmanuelle Seigner de sortir un premier album.

 

Mais comme la demoiselle s’est bien entourée (Keren Ann et Doriand s’occupent des mélodies et des textes), j’étais plein d’espoir, surtout que le single, Dingue, était assez affriolant. Emmanuelle Seigner y montre assez d’espièglerie pour intriguer et nous tenir en haleine. On croirait presque un inédit de Nancy Sinatra. C’est dire.

 

Quelques titres plus tard pourtant, je sors mes griffes et hurle au scandale, totalement trompé par la marchandise. Soyons clair, le filet de voix d’Emmanuelle Seigner est plutôt agréable, pouvant rappeler April March sans l’accent. Mais on le sait, une jolie voix n’a jamais fait un bon album, et là, je me demande où est passé le talent de Keren Ann et de Doriand. En effet pour ceux qui suivent ces deux excellents chanteurs français, on a vraiment l’impression d’entendre des fonds de tiroir ou des mélodies déjà archi-entendues (Jamais d’autre que moi ou Emmanuelle). Mais le plus désolant reste à mon gout les textes particulièrement indigents. On navigue entre cucuteries (Alone à Barcelone et ses rimes pauvres), name dropping se voulant branché (P’tite Pédale) et textes bâclés (le duo avec Roman Polanski dont le texte m’a fait hurler de rire, mais à ses dépends).

 

Je n’ai jamais aimé Emmanuelle Seigner actrice (elle a bousillé Frantic et la dernière scène de La Neuvième Porte est un monument de Grotesque), mais j’appréciais l’image qu’elle renvoyait, icône un peu chic et légère. Avec cet album, je vois les limites de ses poses, de ses minauderies. Tout cela est finalement totalement insignifiant et un brin risible.

 

 

Fantasio :

Emmanuelle Seigner dans Frantic

Avant quand elle était actrice

Certains disques arrivent comme des piqûres de rappel. Je ne pensais pas avoir la mémoire si courte : la précédente tentative musicale d’Emmanuelle Seigner avec des amis chevelus (Ultra Orange et Emmanuelle) remonte seulement à 2007. Quelle conclusion tirer de cet oubli ? Aucune, en ce qui me concerne, mais je parie que cet album avec Emmanuelle Seigner toute seule (c’est ce que laisse suggérer la pochette, et le titre de l’album : moi, tout seule, en robe sexy.) laissera une trace plus importante

 

Et puis, à l’écoute de ce nouvel album, tout m’est revenu : mais oui, putain, Ultra Orange, c’était bien !
Passé ce premier constat et cet effet madeleine (même si ce nouvel album est loin d’être une photocopie du premier), j’aime ce disque clair, pas compliqué, ses qualités et ses défauts, un peu comme j’aimais l’album de Fred Jimenez. Ni chanson française à textes, ni variétoche, cet album se place plutôt comme petit instantané pop, chose improbable en France puisque faire de la pop ou du rock avec des vrais mots de la langue française est interdit depuis les années 60. Dingue, et Le Jour Parfait suffisent à garantir une addiction qui durera quelques semaines. Passé cette période d’enthousiasme, il faudra probablement ranger tout cela dans une boîte « plaisirs fugaces » (ou plaisirs coupables, si je prête attention aux cris de sauvages poussés par le Yéti à chaque apparition d’Emmanuelle Seigner dans le Sous-marin).