Vers une overdose de Folk ?

7 mars 2011

 

Périscope #52

Périscope #52

Le Yeti est malade. Couché au fond de son lit. Le médecin lui a diagnostiqué une Folkïïte aigüe, c’est-à-dire un abus de Folk Music. Il faut dire que depuis trois ans, le Yéti a ingurgité quantité d’albums à base de guitares sèches, qu’il en a aimés beaucoup, mais qu’aujourd’hui, alors que pleins de groupes français se rêvent Cocoon à la place de Cocoon, et que Pitchfork nous vend chaque jour un barde différent, il vient de choper une crise de foie et a l’impression d’avoir fait le tour du genre. Bien sur, à bord du Sous-Marin Jaune, ce ras-le-bol ne doit certainement pas être partagé par Ciccio (s’il devait rester un fan de folk sur Terre, ce serait lui), mais le Yéti se demande si Ciccio arrive toujours à prendre du plaisir en découvrant un nouvel artiste folk ? N’a-t-il pas l’impression de tourner en rond ? Fantasio est-il du même avis que le Yéti, lui qui aime tant la pop et qui déteste les effets de mode ? La folk lui donne t-elle l’impression de se mordre la queue ?

 

 

Les chouchous Folk du moment de Ciccio : Band of Horses

Les chouchous Folk du moment de Ciccio : Band of Horses

Ciccio trouve la question du Yéti amusante car, pas plus tard qu’il y a dix jours, lors du concert inoubliable (et le mot est affreusement faible) de Band Of Horses auquel il assistait, en écoutant les toutes premières notes du groupe en première partie, dont le chanteur s’accompagnait d’un harmonica et d’une guitare en bois, Ciccio se disait la chose suivante : « c’est fou, mais dès qu’on me met un harmonica et une guitare en bois sur une mélodie un tant soit peu potable, je suis conquis ».
Il est vrai que les groupes reprenant cette formule sont légion depuis quelques années. Ciccio pense pouvoir dater sa conversion de la musique pop britannique à la folk américaine aux environs du changement de siècle (donc 2000 pour 99% des gens, et 2001 pour les pointilleux). Si sa soif de folk ne s’est jamais tarie depuis, s’enrichissant de tous les courants cachés derrière ce simple mot (country, blues, soul, americana, rock sont quelques exemples de variations de la folk), une question le taraude depuis dix ans : Ciccio écoute-t-il beaucoup de folk parce qu’il s’est plongé corps et âmes dans ce style, ou bien a-t-il simplement succombé à la mode ? En d’autres termes, y avait-il dans les années 1990 autant de groupes de folk que dans les années 2000 ?
Ciccio n’en sait rien, remarquant au passage que les artistes phares de sa discographie folk contemporaine (juste histoire d’exclure les monstres sacrés des années 1960-70) se situent dans les années 2000 (4271 morceaux étiquetés Folk depuis 2000 dans l’iPod de Ciccio, contre… 257 pour les années 90) : Denison Witmer, Alela Diane, Andrew Bird, Herman Düne, Calexico, La Maison Tellier, Micah P. Hinson, Moondoggies, Band Of Horses, et bien évidemment le grand, le beau, le seul et l’unique Ray Lamontagne.

 

 

Mais ce Barbu là colle des boutons à Fantasio

Mais ce Barbu là colle des boutons à Fantasio

En évoquant la folk, ou plus généralement, les artistes et les albums évoqués par Ciccio, le Yéti tend une perche à Fantasio. Dans folk, il y a à la fois l’idée d’une musique qui ne change pas beaucoup (plutôt traditionnelle) et la définition d’un style intemporel. Car s’il y a bien un paradoxe avec la folk, c’est que l’on parle ici de mode alors que le genre évoqué n’est pas vraiment lié à une époque. Cela dit, si Fantasio n’aime pas trop faire rentrer les disques dans des cases, il n’aime pas le côté caricatural de nombreux musiciens associés à ce qu’on appelle ici la folk. Les exemples qui lui viennent le plus naturellement sont le hirsute Devendra Banhart et la stridente Joanna Newsom, deux énergumènes qu’il imagine sortis d’un sketch parodique. Mais, pour chaque exemple horripilant, il peut trouver des candidats beaucoup plus supportables/talentueux, certains sortis du bestiaire folk de Ciccio. Enfin, il ne peut évoquer cette tendance durable sans souligner la complaisance d’un genre dans lequel il est facile de se lancer (une barbe + une guitare en bois + une voix de chèvre = un disque) comme de se plonger (en bon et sage trentenaire, on y retrouve vite ses repères sans risquer le traumatisme auditif). Évidemment, on pouvait dire la même chose du retour du rock il y a 10 ans. Ceux qui parviennent à sortir du lot ont donc d’autant plus de mérite !

 

 

Espers, le groupe folk préféré du Yéti

Espers, le groupe folk préféré du Yéti

Pour le Yéti, Fantasio a mis le doigt sur ce qu’il reproche au Folk ces derniers temps: une tendance à la caricature et à l’imitation timorée des œuvres de Nick Drake ou de Bob Dylan. De nombreux albums folk lui semblent interchangeables, sans une réelle personnalité, et il ne sait plus trop si c’est Bon Iver qui chante sur tel disque ou Conor Oberst. Vous lui rétorquerez qu’avec une guitare et un harmonica, il est normal de ne pas être très original, mais justement, c’est ce qui gêne le Yéti aujourd’hui: à quoi bon écouter une énième chanteuse de folk lorsque tout lui semble avoir été dit dans les années 60-70.
Finalement aujourd’hui, les disques de folk que le Yéti aime le plus sont ceux qui empruntent des chemins de traverse comme les disques d’Espers (car, non, ce folk n’a rien à voir avec la folk anglaise des années 70), ou alors l’electro-folk, sous-genre puant l’arnaque sur le papier, mais se révélant finalement assez fascinant (The Rip de Portishead étant un bel exemple).

 

Cela étant dit et comme le suggérait Fantasio, si le Yéti remplace le mot Folk par Rock ou Pop dans cet article, il s’aperçoit que les arguments cités par ses camarades restent valables et que le musique n’est bien qu’un perpétuel recommencement. Peut-être même pire pour le Rock, genre momifié par excellence ?

 

 

The Divine Comedy – Solo Show – Salle Pleyel (Paris) – Jeudi 8 Juillet

15 juillet 2010

 

Neil Hannon à Pleyel

L'extincteur #3

Si j’idolâtre les disques de Divine Comedy, je restais nettement plus circonspect par rapport aux concerts de mon Irlandais préféré. En effet, ce que j’aime dans les chansons de Neil Hannon, ce sont leurs arrangements léchés et parfois un peu surannés, un peu comme si Ennio Morricone donnait rendez-vous à John Barry pour faire de la pop music. Or en live, il est souvent impossible à Neil de reproduire la féérie de ses mélodies et on a souvent droit à une version sur l’os de ses chansons. Je me souviens notamment d’un concert à la Cigale, après l’album Regeneration où j’avais passé mon temps à bailler devant la fadeur (un comble !) de l’interprétation. Dès lors, lorsque l’on m’a dit que Neil Hannon passait à la Salle Pleyel, haut lieu de la musique classique à Paris, j’étais enthousiaste, m’attendant à voir le bonhomme accompagné par moult cuivres et cordes.

 

« Caramba, encore raté ! » comme dirait Ramon dans l’Oreille Cassée. En effet, Pleyel accueille Neil au piano ou à la guitare, mais tout seul, en Solo Show.
En première partie, la divine Alela Diane jouera avec son père une heure de country folk de rêve. L’acoustique de la salle sied à merveille à la voix d’Alela, j’ai les poils qui se dressent sur mes bras à plusieurs reprises. Bon, ce ne sera pas le cas de tout le monde, mes partenaires de concert roupillant sec pendant cette première partie (Honte à vous. Que le grand Wacondah vous poursuive jusque dans vos nuits)…

 

Neil Hannon de Divine Comedy

Neil Hannon de Divine Comedy

Puis Neil arrive, se met au piano et entame d’entrée Our Mutual Friends. Et tout de suite je comprends que ce concert va être grand.
Ok, il y aura des pains, des oublis de texte, mais Neil a décidé de faire le show en jouant un peu de tous ces albums (mention spéciale à Geronimo, sublime titre de Promenade, à At The Indie Disco tiré de son dernier LP et surtout Don’t Look Down, proprement ahurissant).
Un peu cabotin, Neil n’a pas son pareil pour se mettre le public dans sa poche. Drôle, facétieux, Neil est un crooner-dandy moderne de génie, surtout lorsqu’il livre une reprise tubesque au piano du Time to Pretend de MGMT.

 

Tout au long de cet excellent concert, je n’aurai de cesse de me dire que chaque chanson tient formidablement la route en version épurée, à la guitare ou au piano, preuve de l’immense talent mélodique du bonhomme.
Le public réservera un triomphe à The Divine Comedy (3 rappels – 3 Standing Ovations – les garçons se roulant par terre de bonheur, les filles hurlant le prénom de Neil de façon quasi orgasmique…).

 

Et aujourd’hui, en ce petit matin tranquille de juillet, je vous ordonne d’aller écouter son dernier album BANG goes to the Knighthood, car c’est d’ores et déjà un classique de l’année 2010.

 

 

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Le Yéti

 

 

Le Sous-Marin Jaune et Divine Comedy

24 mai 2010

 

Périscope #20

Cette semaine, le Sous-Marin Jaune s’interroge sur le cas Divine Comedy. Au moment où sort son nouvel album, où Neil Hannon fait plutôt profil bas après avoir été flamboyant et même arrogant (notamment à l’époque de Fin de Siècle), Le Yéti voudrait connaître les liens tissés entre le groupe et les matelots du Sous-Marin Jaune.
Quels souvenirs avons nous du groupe ? Sommes nous en droit d’attendre encore de belles choses du grand Neil ? Que penser de son concert à Paris salle Pleyel en juillet ? Divine Comedy rime-t ‘il avec Poireau Vinaigrette ?

 

 

Le Yéti ne sait toujours pas si Divine Comedy rime avec Poireau Vinaigrette (le Yéti est nul en poésie), mais il sait que le groupe a toujours rimé avec mélodies et orchestrations d’une beauté infinie (rime riche. Si, si). Le Yéti se souvient avoir aimé Promenade il y a longtemps et avoir usé cet album jusqu’à la corde tant les chansons de Neil virevoltaient, bouillonnaient, cavalaient. Car c’est ça, la marque de fabrique du grand Neil Hannon: des chansons orchestrées qui donnent le tournis, à chanter à tue-tête sur des routes de campagne, un sourire radieux scotché sur notre figure.
Mais attention, Divine Comedy, c’est aussi des torch songs à vous flanquer la chaire de poule, à faire chialer Mike Tyson, comme tout au long de Absent Friends, tranquille le meilleur album de Divine Comedy. Alors aujourd’hui, le Yéti n’hésite pas à beugler que Neil Hannon est intouchable, que son nouvel album, même s’il est à moitié réussi comme son prédécesseur, est sûrement un bon disque et qu’il est tout fier d’avoir une place pour Pleyel pour voir Neil Hannon chanter avec Alela Diane le 8 juillet, à Paris.

 

Le nouveau Divine Comedy: Bang goes the Knighthood

Le nouveau Divine Comedy: Bang goes the Knighthood

Demander à Fantasio s’il faut encore attendre quelque chose de l’auteur de Casanova et Liberation, c’est quand même assez culotté. Malgré sa nature relativement patiente et son pragmatisme qui n’en font pas le matelot le plus sanguin du Sous-Marin Jaune, Fantasio s’est demandé s’il n’allait pas foutre le Yéti par dessus bord. Et puis, très vite deux choses sont arrivées : il a ré-écouté Promenade (pas une ride, forcément) et s’est juré de remettre le couvert avec Regeneration et Absent Friends sans trop tarder.

 

Ensuite, il a noté dans son agenda la date de sortie du prochain album, et s’est tout de suite senti confiant dans les mois à venir. Un artiste qui se représente dans sa baignoire sur une pochette d’album, ça ne court pas les rues (on se souvient quand même forcément des Who et de Roger Daltrey sur la pochette de The Who Sell Out !). Définitivement, donc, l’existence de Divine Comedy malgré les années, est une source de joie à intensité variable (avec le recul, ce bon vieux National Express suffit à rendre Fin de Siècle tolérable). Est-il encore nécessaire de le rappeler ?

Cet homme est grand. Il s'appelle Neil Hannon.

Cet homme est grand. Il s'appelle Neil Hannon.

 

Quand Ciccio repense au fait que ce pourri de Yéti a consciemment attendu qu’il n’y ait plus de places à vendre Salle Pleyel pour parler du concert de The Divine Comedy, il écume de rage et a lui aussi envie de le foutre par dessus bord. Car Ciccio, comme ses deux comparses, vit lui aussi une histoire d’amour avec Neil, histoire commencée dès les premières notes de Europop, le très peu représentatif morceau de Libération, que Ciccio avait entendu sur une compil Inrocks, si ses souvenirs sont bons.

 

Autre souvenir marquant : Ciccio, après un concert à Londres en 1996, avait eu la chance de passer derrière la scène et de rester à la petite sauterie qui suivait. Le moins que l’on puisse dire, c’est que de voir Neil faire le coq devant des londoniennes de 12 ans et demi en rut ne lui avait pas donné une image très positive de son idole.

 

Heureusement, il reste à Ciccio un dernier souvenir marquant à partager avec ses co-matelots. C’est ce concert en acoustique, seul avec une guitare, une violoniste et un violoncelliste, dans une minuscule salle parisienne (New Morning ?), juste après la sortie de Libération. Aussi, pour conclure, Ciccio souhaite, une fois n’est pas coutume, se joindre au concert de louanges et autre tressage de lauriers initié par ses co-matelots : quel homme, tout de même, ce Neil !

 

 

Le Sous-Marin Jaune fait les soldes

17 janvier 2010
Périscope #2

Périscope #2

 

Comme chaque hiver, une frénésie s’empare de la foule, des beuglements rugissent dans les centres commerciaux, les regards deviennent hagards et excités:
« Ce sont les soldes, ce sont les soldes !! ».

 

Dans le Sous-Marin Jaune, on appréhende cette période chacun à sa manière.

 

 

 

Alela Diane


Le Yéti, une fois n’est pas coutume, a fait les soldes et a sorti son joli porte-monnaie poilu. Il a acheté un Beck (Odelay), un Divine Comedy (Regeneration), un M pour sa chérie (le Yéti déteste M) et surtout le merveilleux The Pirate’s Gospel de Alela Diane. Il faut dire que cette offre spéciale 4 Cds pour 20 euros permet de trouver quelques pépites à moindre prix. Le Yéti a ainsi vu que les MGMT, les Ting Tings, The Last Shadow Puppets ou le dernier Animal Collective étaient eux aussi soldés.
Mais de voir des albums sortis en 2008 ou 2009 déjà soldés laisse le Yéti songeur. Décidément, la politique de prix des majors est incompréhensible. Pourquoi Merriweather Post Pavilion a-t-il été vendu en moyenne 15 euros tout l’an dernier et là, subitement, ne vaudrait plus que la moitié de son prix ? Déjà rentabilisé ? Ou au contraire déjà considéré comme mis au rebut ? Foutage de gueule intégral et client pris pour des pigeons ? Oui sans doute. L’industrie du disque marche toujours sur la tête.

 

Arnaud-Fleurent-Didier

Le mystérieux AFD...

 

De la même manière, il s’est passé un truc étrange avec les habitudes consommatrices de Fantasio depuis le début de l’année. Il a acheté la version numérique du nouvel album d’AFD (inutile de citer le nom de l’artiste en entier pour ne pas froisser le chef de rubrique) pour moins de 7 euros sur le seul Store actuellement rentable. Il ne s’agit pas de soldes, évidemment, mais à l’heure où Fantasio connait plusieurs amis qui empilent les CD alors que leurs écoutes se font dans 99 % des cas à partir d’un support MP3, ça mérite bien quelques lignes dans le Périscope de la semaine.
Bizarre, vous avez dit bizarre ? Vous avez raison: Fantasio, qui ne fait jamais les soldes, aurait-il agi dans le but de favoriser la création qu’on dit moribonde dans ce pays ? L’intéressé fut plutôt laconique quand on lui demanda les raisons ce cet achat : « c’était le moyen le plus simple, le plus rapide, et le moins coûteux d’avoir l’album ». On murmure même que Fantasio ne regretterait pas cet achat. Voilà un comportement mystérieux qui pourrait faire l’objet d’une prochaine enquête.

 

Quant à Ciccio, il se demande si les soldes veulent vraiment dire quelque chose lorsqu’il ne s’agit pas de fringues. Certes, les vendeurs de culture baissent les prix sur certains disques (toujours les même à vrai dire : fans de Neil Young ou de Bob Dylan, c’est le moment de sortir vos sous de vos poches !), mais cela ressemble plus à un effet de bord qu’à un vrai respect de règles imposant de solder telle ou telle série de vêtements.
De toutes façons, depuis que ses revenus ministériels lui permettent d’acheter des disques quand il veut (impressionnant, non ?), Ciccio ne prête plus guère attention aux soldes. D’ailleurs, pas question pour lui d’en parler, il va consacrer les quelques mots qu’on lui octroie chaque semaine pour parler d’autre chose. Cette semaine, donc, Ciccio souhaite parler d’un sujet qui lui tient vraiment à coeur, les…

Désolé Ciccio, ton temps de parole est terminé !