
La Vigie #72
Dès qu’il entend la nouvelle, Ciccio part se réfugier chez la Vigie.
Certes, il fait d’abord un crochet par les toilettes, convaincu que la simple évocation du nom de Michel Berger va le faire vomir. Mais finalement personne n’a dit le nom, et Ciccio n’a pas vomi. Il a pourtant l’air bien pâle quand il débarque chez son ami, qui l’accueille comme d’habitude avec un sourire malicieux.
- Alors, on n’aime pas la chanson française ?, raille ce dernier.
- C’est complètement faux ! répond Ciccio en criant, exaspéré que tout le monde lui ressasse toujours cette contre vérité. J’adore la chanson française. Dois-je te rappeler que je possède l’intégrale de Brel et de Brassens ? Que j’ai toujours été fan de Dominique A ? T’as oublié ou quoi ?
Puis Ciccio reprend son calme, et continue, les dents serrées :
- Ce que je ne supporte pas, ce qui me fait vomir, ce que j’exècre par dessus tout, c’est cette saloperie de variétoche de merde. Les Berger, les Balavoine, les Delpech, les Sardou, avec leurs synthés qui puent les années 80, leurs paroles bidons, leur style dégueulasse… Rien qu’en disant leurs noms, j’ai des envies de meurtre… Quand je pense qu’on va encore se les coltiner tout ça pour faire ami-ami avec l’autre sous-marin moisi… Ca me déglingue, bordel ! D’autant qu’il n’y a qu’en France qu’on a une variété comme ça, non ? Alors bien sûr, t’as l’Italie qu’est affreuse, et je parle même pas de l’Espagne. Quelle chance ils ont, les Anglais, de ne pas avoir vécu tout ça…

Deux des plus grands criminels musicaux selon Ciccio
Dès le début de la diatribe, la Vigie commence à rire. Son rire ne fait que s’amplifier au fur et à mesure que la colère de Ciccio grandit et la Vigie finit accroupie, se tenant les côtes et essayant de s’accrocher à son fauteuil pour ne pas tomber. Ciccio, vexé, s’arrête net, et il faut plusieurs minutes à la Vigie pour reprendre ses esprits et envisager pouvoir prononcer la moindre phrase. Quand tout est redevenu calme, il ouvre enfin la bouche :
- Tu es conscient, évidemment, que nous autres, Français, nous contentons d’imiter ce qui vient d’outre Manche, ou d’outre Atlantique ?
Ciccio ne répond rien, car il sait déjà que le raisonnement va être implacable.
- Et tous ces groupes, que tu aimes, ils font la même chose, et tu trouves ça génial, non ?
Ciccio fait une moue qui signifie oui, tout en montrant à la Vigie qu’il n’est pas du tout d’accord.
Voyant cela, la Vigie passe à l’acte. Il sort immédiatement un disque (le simple fait que quel que soit le disque qu’il cherche, il le trouve en moins de 4 secondes, est un émerveillement infini pour Ciccio et, convenons-en, peut-être la raison principale, sinon la seule, pour laquelle il revient sans cesse dans cette cabine, comme un petit enfant qui viendrait voir un magicien tous les jours en lui demandant de faire sortir un lapin de son chapeau et rien d’autre) et le place dans son lecteur. Il s’agit d’un excellent morceau du non moins excellent premier album des excellentissimes Stone Roses :
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- Je sais que tu connais par coeur ce morceau, continue la Vigie, et notamment le solo de John Squire, pile au début de la deuxième minute. Et tu te rappelles de Chelsea, le groupe d’Emmanuel Tellier, que tu écoutais au milieu des années 90 ? Ecoute le refrain de ce morceau, et tu comprendras ce que je veux dire.
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Alors que Ciccio fredonne, non sans déplaisir, « Je ne connais personne comme nouuuuuuus », la Vigie enfonce le clou :
- Et bien dis toi que la variété française a forcément son origine outre manche, et que nos amis britanniques ont forcément souffert eux aussi. Je ne sais pas si ça peut te rassurer, mais bon…
Mais Ciccio ne l’écoute déjà plus. Il s’en moque. Et au moment où Tellier entonne le pont de la fin, Ciccio reprend à pleins poumons « La la la lala, rejoins-moiiiiiiii ».
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Ciccio