Une Bouée pour Still Corners

18 février 2012

 

Le mécanicien du SMJ

Le Mécanicien #5


L’Artilleur est parti. Soulagé, le Yéti ouvre discrètement la porte de sa cabine et laisse Ciccio se sauver sur la pointe des pieds.

 

Puis quelques minutes plus tard, c’est au tour du Yéti de prendre le large et de courir vers la salle des machines. Il tombe sur le Mécanicien qui semble aller beaucoup mieux depuis l’attaque de Mick, Jack et Iggy.
« Tiens la Boule de Poils, tu viens me donner un petit coup de main ? il va y avoir du boulot, tu sais, pour réparer les dégâts causés par les autres fous furieux.
- En fait, je cherche surtout à éviter l’Artilleur. Il nous a coincés avec Ciccio, c’était l’enfer… Alors je me suis dit que j’allais me planquer ici, histoire qu’il m’oublie !
- Ah, je veux bien, le Velu, mais dans ce cas, tu vas m’aider à réparer le moteur B du Sous-Marin, il est sérieusement endommagé. Je vais avoir besoin de tes bras pour m’aider. »

 

Sans rechigner, le Yéti accepte. Il retrousse ses manches, tandis qu’une voix éthérée se fait entendre : le Mécanicien a mis Creatures Of An Hour de Still Corners dans sa chaine hi-fi et la musique douce et mélodique du groupe va accompagner les deux ouvriers pendant presque 45 minutes.

 

Still Corners - Creatures Of An Hour

Still Corners - Creatures Of An Hour


Pour cerner la pièce défaillante du moteur, le catchy Cuckoo encourage les deux matelots. Puis il faut retirer le piston cassé : Circulars donne le tempo avec son rythme inquiétant, comme dans un film de Dario Argento. Après l’effort, le sautillant Endless Summer récompense les deux travailleurs. Still Corners joue une noisy-pop élégiaque, pleine de reverb’, comme du Jesus and Mary Chain sous Prozac. Le Yéti a l’impression de baigner dans un océan de coton, vaporeux et harmonieux à souhait ; il se sent bien.

 

Plus loin la formidable ritournelle de The White Season permet de croire l’espace d’un instant que Trish Keenan de Broadcast est encore en vie. Le Yéti, en pensant à elle, réprime in extremis un sanglot. Mais déjà l’orgue de I Wrote in Blood, cousin des Cat’s Eyes, claque et les deux ouvriers attaquent le remplacement du piston. Tout se joue à cet instant, rien n’est fait.

 

Les grosse pattes du Yéti n’aident pas, mais l’album des Still Corners apporte cette finesse qui fait tant défaut au Poilu. Le Mécanicien s’acharne, il reste concentré. Et quand Submarine et sa guitare surf retentissent, le piston est installé et le Mécanicien affiche un large sourire, tout comme le Yéti.
Pendant 45 minutes, Still Corners a magnifiquement aidé à réparer le moteur B du Sous-Marin Jaune. Des débuts prometteurs et pour le groupe et pour le Mécanicien, qui va devoir s’atteler aux autres réparations à faire.

 

 

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Le Yéti

 

 

Une Bouée pour Luke Haines

20 janvier 2012

 

Le mécanicien du SMJ

Le Mécanicien #4


Le Yéti est allongé sur la couchette de sa cabine. Il est 3h du matin et il n’arrive pas à trouver le sommeil.
Impossible d’oublier le message narquois du Sous-Marin Rouge et Noir.
Et puis impossible de trouver le sommeil après avoir écouté en boucle le nouvel album de Luke Haines, sobrement intitulé Nine and a Half Psychedelic Meditations on British Wrestling of the 1970s and early ’80s
Le Yéti regarde la pochette du disque et soupire.

 

Luke Haines est une passion commune aux matelots du Sous-Marin Jaune, mais pas forcément pour les mêmes groupes. Ciccio adore The Auteurs, Le Mécanicien reste fan de Baader Meinhof et le Yéti voue un culte sans nom à Black Box Recorder. Quant à Fantasio, l’animal semble aimer TOUTE sa discographie. Du coup, quand le Mécanicien a annoncé au Poilu que Luke était de retour, le Yéti était aux anges : après Baxter Dury, un autre franc-tireur anglais revenait sur le devant de la scène, on allait voir ce qu’on allait voir.

 

En découvrant le titre de l’album, le Yéti s’est juré d’aimer l’album. Un titre pareil, c’est forcément 3 étoiles au Michelin, une Palme d’Or à Cannes et le prix Albert Londres. Quelle classe, quel sens de la démesure ! Toute l’Angleterre tient dans ce titre.
Naïvement, le Yéti a cru que l’écoute de cet album lui mettrait du baume au cœur après la désillusion du torpillage. Mais après 3 écoutes, il ne sait plus quoi penser.

 

Zut, on n'a pas assez de place pour le titre de cet album...

Zut, on n'a pas assez de place pour le titre de cet album...

 

Déjà Luke chante toujours pareil sur cet album : un chant un peu caverneux, forcé, genre je-te-raconte-une-histoire-de-dingue-tu-vas-voir-tu-vas-trembler-comme-un-môme. C’est rigolo au début, franchement énervant à la fin. Et puis, comme toujours avec Luke, certains morceaux semblent bâclés, victime d’un je m’en foutisme un peu lassant là aussi. Mais d’un autre coté, ses textes sont toujours aussi fous, et Luke Haines reste à ce jour la plus belle plume sur l’Angleterre prolétaire (loin devant Damon Albarn). Ainsi sur Gorgeous George, Luke Haines est intouchable : mélodie sublime, arrangements simples, la grande classe.

 

Enfin, ce type a un don surnaturel pour pondre des titres abracadabrants dignes d’un dessin de Glen Baxter : Inside The Restless Mind Of Rollerball Rocco et le désopilant et dingo Big Daddy Got A Casio VL-Tone, voilà ce qui fait rire le Yéti aujourd’hui.
Pour toutes ces dernières raisons, le Yéti sait qu’il va encore écouter cet album avec ferveur, malgré ces imperfections et son second degré un peu exagéré.

 

Pour trouver le sommeil en revanche, le Yéti ne compte plus sur Luke. Résigné, il sort un petit carnet de notes et inscrit en gros: « Comment buter Iggy ».

 

 

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Le Yéti

 

 

Une Bouée pour Wilco

30 décembre 2011

 

Le mécanicien du SMJ

Le Mécanicien #3

C’est fou ce qui peut vous traverser la tête en l’espace de quelques secondes.
Alors que le Yéti s’apprête à vivre un grand moment de jouissance en torpillant avec ses acolytes le Sous-Marin Noir et Rouge, l’apparition du Commandant refroidit instantanément son euphorie et le pétrifie sur place. Et pendant ses trois longues secondes de silence, avant que le Commandant ne prenne la parole, des images et de la musique s’entrechoquent à la vitesse de la lumière dans l’esprit du Yéti.

 

Curieusement c’est un album qui défile à toute vitesse dans la tête du Yéti, un album que lui avait vivement recommandé son ami le Mécanicien quelques jours auparavant:
« Tiens le Poilu, il faut absolument que tu écoutes ce disque ! C’est le dernier album des géniaux Wilco. Tu vas voir, une nouvelle fois, ce disque sera le grand absent des classements de fin d’année et pourtant, quelle claque ! Prends le et reviens me voir dans 15 jours quand tu en auras bien fait le tour ».

 

Le fabuleux The Whole Love, de Wilco

Le fabuleux The Whole Love, de Wilco


Le Yéti avait obéi, docilement, et en avait été grandement récompensé tant The Whole Love était fascinant. Et là, étrangement, devant le Commandant, le Yéti ne pense qu’à une chose : Wilco.

 

Et plus précisément à un titre : l’immense Art of Almost. Une intro qui monte doucement, la voix de Jeff Tweedy qui déboule, sereine, le morceau qui progresse aux confins du krautrock: tout semble annoncer une fin radieuse, la victoire du Sous-Marin Jaune sur le Sous-Marin Rouge. Et puis des larsens de guitares électriques déchirent l’espace, le ton se fait plus tumultueux, la batterie plus martiale : le Commandant est devant le Yéti et il n’est pas content. Le Yéti va dérouiller, tout comme l’auditeur qui prend le final d’ Art of Almost en pleine gueule. Groggy , abasourdi, le Yéti chancèle.

 

L’espace de 3 secondes, le Yéti vit donc tout cela. Et sur la dernière microseconde qui lui reste, le Yéti se prend à espérer un dénouement heureux à la Dawned On Me, un titre à la Deerhunter, festif et joyeux, qui verrait finalement le Commandant rire de tout cela et siffloter avec le Yéti cette irrésistible ritournelle. Le Yéti espère, mais vu la tête du Commandant n’y croit pas une seule seconde.

 

 

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Le Yéti

 

 

Une Bouée pour Puro Instinct

11 novembre 2011

 

Le mécanicien du SMJ

Le Mécanicien #2

 

Le Yéti a eu une trouille bleue. L’espace d’un instant, il a crû que l’esprit de l’Artilleur avait pris possession de l’âme de Damien. Pardon, de Ciccio.
Même armé d’un couteau à beurre, le Yéti a cru sa dernière heure arrivée. Le Poilu fait donc profil bas et part se planquer dans la salle des machines, loin de Ciccio qui a du aller se plaindre auprès de la Vigie, « comme d’habitude » pense le Yéti à mi-voix.

 

Bien décidé à aller se plaindre lui aussi, il déboule chez le Mécanicien. En le cherchant dans le fatras des machines, le Yéti entend des strates de guitares, des voix spectrales, des ambiances cotonneuses comme il aime. Il pense aux Jesus & Mary Chain ou à Ride au féminin et trouve ça bien. Il s’approche de la chaine hi-fi du Mécanicien, mais ne trouve pas la pochette du CD écouté. En revanche, il se met à se tordre de rire en voyant l’un de ses nouveaux Cds : deux demoiselles en nuisette, assez maquillées, dans des draps de satin, avec un lapin blanc sur le ventre d’une des chanteuses.
« Pffff, ce Mécanicien, il écoute de la musique pour des films érotiques maintenant !! Arf, on dirait une photo de David Hamilton, c’est pitoyable.
- Le Velu, t’es vraiment qu’un gros ignare. » Le Yéti sursaute, le Mécanicien est planté juste derrière lui; il a bien sur tout entendu.
« De plus, tu es vraiment stupide, car cette pochette, c’est celle du premier album de Puro Instinct, Headbangers in Ecstasy, et c’est la musique que tu écoutes actuellement, en train de taper du pied ! ».

 

Puro Instinct, en direct de la Playboy Mansion

Puro Instinct, en direct de la Playboy Mansion

Le Yéti a chaud, il est tout rouge. « Mais, mais, c’est Slowdive cette musique ? C’est beau, c’est doux, c’est sucré, et les guitares sont cristallines comme j’aime !
- Et alors ? Déjà, NON, ce n’est pas Slowdive, et en plus, ce n’est pas parce que la pochette de cet album sort tout droit d’un vieux Playboy que la musique est merdique. C’est quoi ces raccourcis, le Yéti ? J’ai bien envie de te coller une grosse mandale pour te remettre les idées à l’endroit ! »

 

Le Yéti blêmit. Il regarde le Mécanicien avec de gros yeux, ne lit aucune ironie sur son visage, et se met à chouiner.
« Rhaaa, c’est pas possible, calme-toi le Poilu. Viens, assieds toi sur ce tabouret, détends toi et écoute Vapor Girls, ca va te faire du bien. Qu’est ce qui s’est encore passé là haut ? »
Le Yéti avale sa salive, se frotte les yeux et murmure dans un souffle: « C’est Ciccio. Il a voulu me tuer avec un couteau à beurre… »

 

 

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Le Yéti

 

 

Une bouée pour Peter Bjorn & John

22 septembre 2011

 

Le mécanicien du SMJ

Le Mécanicien

 

Le Yéti s’ennuie. De plus ses côtes le font terriblement souffrir après le violent coup de boule que Ciccio lui a asséné la dernière fois.
Pour tromper sa morosité, il part dans la salle des machines aider le Mécanicien.

 

Soyons clair : le Yéti est une buse en mécanique. Changer des boulons, visser des écrous, faire de la soudure ? Très peu pour le Velu. En revanche, le Yéti est plein de bonne volonté et il sait que le Mécanicien a toujours besoin de bras pour ses petits bricolages.

 

En entrant dans la salle des machines, un étrange silence règne. Les moteurs se sont tus, seuls percent des chœurs sucrés, des Wouhouhouhouh diablement pop. Le Yéti se met instinctivement à chantonner la mélodie. Le Mécanicien surgit d’une allée et sourit.

 

« Tiens la boule de poils, tu viens me rendre visite ? Et je vois que tu apprécies ma musique. »
Le Yéti acquiesce, surtout que le nouveau titre qui passe, Eyes (d’après le lecteur CD portatif utilisé par le Mécanicien), est une vraie bombe avec un riff de guitare comme les aime le Radariste.

 

« Tu vois mon Yéti, et bien cet album c’est le dernier de Peter Bjorn & John. On les avait un peu perdus de vue après le tubesque Young Folks. Et alors que tout le monde les avait enterrés, les revoilà au meilleur de leur forme, tu ne trouves pas ? »

 

Peter Bjorn & John - Gimme Some

Peter Bjorn & John - Gimme Some

Une nouvelle fois, le Yéti ne peut qu’approuver. C’est vrai que cet album est un enchainement parfait de mélodies imparables. Le disque s’ouvre sur le martial Tomorrow has to wait, qui sonne le rappel et accapare tout de suite votre attention. Les catchy Dig a Little Deeper et Second Chance confirment : ici, on ne joue pas de la musique prétentieuse, on s’amuse ! Chez Peter Bjorn et John, on trousse des refrains tout simples qui ricochent dans votre tête à jamais. Mais tout cela sans artifice, sans jamais être putassier : juste une rythmique parfaite, des guitares impétueuses et un chant addictif. La pop music devrait toujours ressembler à cela.

 

Le Mécanicien, ravi de son effet, regarde le Yéti, incrédule.
« Je sais mon Yéti, tu retrouves l’âme de tes 12 ans avec cet album. Tu pensais que la pop, c’était forcément alambiqué comme chez Mercury Rev. Et bing, là, tu redécouvres les rythmes binaires et l’insouciance de ta jeunesse. C’est frais, c’est inoffensif, mais cela fait un bien fou. C’est aussi bien que l’ami norvégien de Fantasio, le petit Sondre Lerche, c’est dire ! ».

 

Et alors que IKYDLM se met enfin à rugir après sa formidable intro psyché, le Yéti ne peut contenir son bonheur et se met à danser au milieu des machines et du cambouis.
L’espace d’un instant, Gimme Some a réussi à faire oublier au Yéti tous les derniers tourments qu’il a subis. Et ça, c’est inestimable.

 

 

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Le Yéti