Je n’aime pas… la profusion des téléphones pendant les concerts

 

L'artilleur

L'Artilleur #7

« Ah, te voilà ! je te cherchais justement… »

 

Le petit sourire qu’arbore Ciccio au moment où il interpelle le Yéti fait peur à ce dernier. La scène se passe juste devant la cabine de sa porte, et il ne sait pas depuis combien de temps Ciccio attend dans le couloir, et s’il a par conséquent entendu son ami écouter l’infâme Gérard Lenorman. Il sait très bien ce que Ciccio en pense et n’a aucune envie d’en discuter avec lui.

 

Mais Ciccio dissipe le doute du poilu en un instant :
- Yéti, on a abordé, on est à Brest !
- Ah, euh… ben super, merci. Ca fait longtemps que tu m’attends, là?
- Oui, enfin non, je sais plus. Bref on s’en fout, on a accosté je te dis ! A nous Brest, les tavernes, la bière, les fille, et surtout, surtout, les concerts !

 

Le Yéti est sur le point de s’emballer et de crier sa joie lui aussi, mais il voit que l’expression sur le visage de l’autre matelot s’est figée. Ciccio fixe un point, dans son dos, alors qu’une grosse goutte de sueur coule le long de sa tempe gauche. Ce point, c’est l’artilleur, qui arrive en gueulant comme un putois.

 

Super photo prise avec un téléphone portable !

Super photo prise avec un téléphone portable !

« CONCERT ??!! Qui a parlé de concert ? »
Personne n’ose répondre, les deux matelots ont de toutes façons une peur panique du fou furieux (seul Fantasio ose lui tenir tête) et ils préfèrent adopter une position qu’ils considèrent comme neutre, à mi-chemin entre sourire et grimace, ne sachant pas s’il est pire d’encourage l’artilleur dans sa diatribe ou bien d’argumenter contre lui. Le taré n’en a cure, il continue de plus belle, en haussant le ton, ce que Ciccio et le Yéti ne pensaient pas humainement possible.

 

« Les concerts c’est fini pour moi. J’y vais plus. J’en ai plein le cul de ces conneries. Dès que le premier morceau commence, t’as 2000 téléphones qui s’allument. Entre les connards qui filment devant toi et t’empêchent de voir, les accros qui tweetent fanatiquement le titre de chaque chanson jouée, et puis les abrutis qui pensent qu’ils vont illuminer la salle avec leur flash de téléphone et obtenir autre chose qu’une putain de photo floue de loin avec milles projos qui de toutes façons écrasent tout… »
Voyant que personne ne réagit en face de lui (fantastique posture neutre des deux amis, des matelots suisses n’auraient pas fait mieux), l’artilleur continue.

 

Superbe souvenir de concert

Superbe souvenir de concert

« Ils vont récupérer quoi sérieux ? Allez, mettons qu’ils aient une photo regardable ou une vidéo audible, ce sera jamais mieux que le souvenir qu’ils vont en garder. Pire, ça va le pourrir, ce souvenir. Ca va tout casser, et en regardant la photo quelques années après ils se diront que finalement c’était pas si terrible, et en garderont au final un mauvais souvenir. »

 

« Merde, les gars, vous dîtes rien ? Vous êtes d’accord ou pas ? »
Ciccio et le Yéti se regardent, ils n’osent toujours pas parler.

 

Puis tout s’accélère. Le Yéti réalise soudain qu’il est devant la porte de sa cabine. Il l’ouvre, entre et la verrouille derrière lui. Ciccio tente un sourire, mais l’artilleur semble encore plus menaçant, du coup il donne des grands coups dans la porte du Yéti. Celui-ci ouvre, laisse entrer son ami, et verrouille de nouveau derrière lui.

 

L’artilleur, qui n’a pas bougé d’un poil, secoue la tête en signe d’incompréhension, et passe son chemin.

 

 

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Ciccio

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