Le Sous-Marin Jaune pogote avec Madness

22 mars 2010

 

Mark Linkous (1962 - 2010)

Périscope #11

Cette semaine, Ciccio est devenu fou. On est lundi matin, Fantasio et le Yéti prennent un café, tranquillement, dans la petite cuisine du Sous-Marin Jaune. Peu loquaces, les deux ours savourent ce moment de quiétude. Soudain la porte s’ouvre avec fracas et laisse apparaître un clone de John Belushi : costume et chapeau noire, chemise blanche et doc martens aux pieds, Ciccio se la joue Blues Brothers. Après les railleries d’usage, Ciccio éructe : « Meuh non, z’êtes nazes, c’est le retour du ska ! Madness est en tournée, y’a même un nouvel album !! SKA POWER !! ».

 

Interdits, Fantasio et le Yéti s’interrogent. Peut on encore décemment écouter du ska aujourd’hui ? Le ska n’est il pas une musique typiquement insulaire (écoutés seulement en Jamaïque et en Angleterre) ? Ciccio a-t-il perdu la raison ?

 

 

Ska, ska… le terme n’évoque pas grand chose à Fantasio, c’est même probablement un mot qu’il n’a jamais prononcé. Pour lui (mais quel est l’âge de Fantasio ?), le ska, c’est Madness, mais c’est surtout la musique qui passait dans la chambre de son grand frère à un moment indéterminé dans les années 80. Ne vous méprenez pas : le frangin de Fanta (une véritable force de la nature, à propos) ne connaissait pas grand chose au ska, mais écoutait One Step Beyond en boucle à l’époque où tout le monde faisait de même. Pour Fantasio, c’est donc un peu compliqué de faire étalage de toute sa connaissance de ce « style musical » – un peu comme si l’on demandait à Ciccio de commenter la réédition de l’intégrale d’Elton John, fait notable et digne d’intérêt.

 

The Two Tone Story, une bonne introduction au ska anglais.

The Two Tone Story, une bonne introduction au ska anglais.

Tout le contraire du Yéti finalement. En fait, pour être franc, le Yéti a souri en écoutant Ciccio. Car le ska, ça lui rappelle son adolescence. Il y a un bail donc. Il écoutait les Specials surtout, Madness bien sûr, et un peu The Beat. Mais bon il n’a jamais su s’il aimait réellement cette musique. Toujours la même rythmique, toujours les mêmes structures (et là, hop les cuivres vont se mettre à jouer… bingo !). N’empêche qu’à une époque, les Specials, c’était le meilleur groupe du monde. Rudy, Nite Club, Gangsters, quelles chansons ! Sur le dancefloor, impossible de résister, les grosses pattes velues du Yéti s’agitaient toute seules.
Aujourd’hui, le Yéti réécoute tout cela et trouve que les Specials, c’est toujours aussi bon. Madness a pris un petit coup de vieux, mais le versant pop du groupe est toujours aussi excellent (notamment sur The Rise and Fall). N’empêche, il se demande bien pourquoi il irait écouter leur nouvel album… ou les voir en concert. Tout cela sent un peu le formol ou la reformation intéressée. Aujourd’hui, il y a mille choses bien plus excitantes à écouter, comme le nouveau Archie Bronson Outfit ou le dernier Besnard Lakes. C’est décidé, il laissera Ciccio aller seul à son concert de ska.

 

Buster Shuffle - Our Night Out

Buster Shuffle - Our Night Out

En entendant ces derniers mots, Ciccio s’agite. Car attention, avant que la discussion ne parte dans des directions dans lesquelles personne à la rédaction du Sous-Marin Jaune ne souhaite vraiment aller, Ciccio souhaite mettre les choses au point.
Oui, il aime le ska. Non, il n’aime pas TOUT le ska. Tel le reggae, musique qu’il n’a jamais pu supporter, probablement pourri qu’il a été par les écoutes répétées de quelques morceaux de Bob Marley (toujours les mêmes : les plus mauvais, les plus lourdingues, et donc les plus appréciés…), le ska a tendance à se répéter et à s’enfermer, oubliant de se renouveler.
Pourtant, Ciccio a récemment été soufflé par un album ska qui l’a totalement remué : Our Night Out, de Buster Shuffle.
Encore sonné aujourd’hui, il préfère ne pas vous en dire plus, et vous redirige vers http://www.bustershuffle.co.uk pour quelques minutes de plaisir endiablé. Si le Yéti ne bouge pas ses fesses poilues sur ces morceaux, alors Ciccio ne s’appelle plus Ciccio !

 

 

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Le Yéti

 

 

Il ne faut pas… regarder le crunch en écoutant The Jam

21 mars 2010

Pas de The Jam pendant France-Angleterre

La Combinaison #9

Tout d’abord, un message clair et précis : LA FRANCE A FAIT LE GRAND CHELEM !!!

 

Voilà, pour vous qui n’entravez que dalle au rugby, et qui par conséquent n’aviez pas compris ce que le mot crunch signifie, et qui en plus êtes trop fainéants pour faire une recherche sur un moteur de recherche, vous le savez à présent : ce week-end est marqué par un événement dans l’Ovalie. L’équipe de France, non seulement a remporté son neuvième Grand Chelem (six ans après le dernier), mais en plus elle l’a fait contre l’Angleterre, l’équipe de Rugby qu’on aime le plus détester.

 

L’Angleterre du Rugby, c’est avant tout un joli maillot blanc, flanqué d’une magnifique rose sur le cœur : The English Rose.

 

Or, si vous êtes un amateur éclairé de musique (et c’est forcément le cas puisque vous lisez ce blog), lorsque vous entendez parler de rose anglaise, vous pensez fatalement à The Jam, et au fantastique album All Mod Cons. Et c’est là que vous êtes sur le point de faire une boulette. Car si vous écoutez English Rose avant la fin du match, il y a de fortes chances que vous vous laissiez séduire par cette ballade brute de décoffrage, chantée par un jeunot plein de culot (Paul Weller, déjà au sommet de son art), et que du coup vous vous mettiez à soutenir la mauvaise équipe !

 

Vous ne me croyez pas ? Ecoutez plutôt :

 

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Bref, si vous passez le week-end à pleurer la défaite des rosbeefs, générant haine, moqueries et autres quolibets partout où vous passez, tandis que lesdits rosbeefs, pleins comme des huîtres, ronds comme des boules, bourrés comme des coings (bref, des anglais, en somme) vous rejettent parce que selon eux vous ne savez pas boire (savoir boire = boire beaucoup et vite, et si possible vomir avec classe dans le caniveau), c’est que vous l’avez bien cherché.

 

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Ciccio

Gorillaz – Plastic Beach

18 mars 2010

 

Chronique de Gorillaz - Plastic Beach

Touché coulé #3

Pourquoi est-ce que j’aime Gorillaz ? (ou plutôt, pourquoi est-ce que j’aimais Gorillaz…) A priori, rien ne me pousse vers cette musique qui mélange des styles que soit je goûte peu (électronique), soit je ne peux carrément pas sacquer (le rap). Certes, il y a tout le concept autour (et pour aimer les concepts musicaux, J’AIME les concepts musicaux) : le groupe imaginaire, le graphisme superbe, les concerts cachés, etc. Mais même cela ne serait pas suffisant. Comme si j’étais du genre à me laisser avoir par des poseurs…

 

Non, ce qui fait que j’aime (non, que j’aimais, va falloir que je m’y fasse) Gorillaz, c’est bien évidemment Damon Albarn. Grand fan de Blur devant l’éternel, j’ai la faiblesse d’écouter et aimer tout ce qu’il fait à côté (l’album Mali Music, Gorillaz, donc, mais aussi ses apparitions vocales chez les autres, comme par exemple sur le dernier Massive Attack). Il doit y avoir un truc particulier sans sa voix…

 

Mais je digresse, je digresse… Si je suis ici, c’est pour exprimer ma déception à l’écoute, pourtant répétée, du dernier album des gorilles. Et comme je n’ai vu aucun clip, aucune image liée à cet album, on ne pourra pas dire que mon jugement est biaisée par l’image du groupe.

 

Gorillaz - Plastic Beach

Gorillaz - Plastic Beach


Là où le succès des albums précédents, voire même des tubes précédents (Clint Eastwood, Feel Good Inc), reposait selon moi sur un savant mélange, extrêmement bien dosé, des genres musicaux évoqués plus haut, sur Plastic Beach le rap semble s’être taillé la part du lion (snif). Un exemple des conséquences désastreuses de ce choix malheureux, c’est le fait que la voix de Damon ne se fasse pas entendre avant le quatrième morceau ! (Evidemment, la conséquence principale, c’est que l’on a l’impression d’écouter un album de rap) Et même ce morceau, Rhinestone Eyes, ne semble pas à la hauteur des albums précédents, tant il est mou du genou.

 

Et que dire du morceau suivant, Stylo ? Certes, la voix de Damon fait du bien, mais quid de cette affreuse basse synthétique qui brise le cerveau pendant tout le morceau ? Et c’est pas parce que Bobby Womack est guest vocalist que ça va rendre le morceau soudainement bon (surtout que, dans mon cas, vu que je suis pas fan dudit Bobby, ça n’arrange rien).

 

Et puis après ce court intermède écoutable, on repart pour du rap, mélangé avec un peu de R’n'B coupée à l’eau de boudin, ou avec de l’électro douteuse (Glitter Freeze).

 

Le mélange passe moins bien (voire pas du tout en ce qui me concerne) que sur les autres albums. Ou bien est-ce du à la difficulté de se renouveler lorsque l’on est enfermé dans un style très particulier et reconnaissable au premier coup d’oreille ? Ou alors tout simplement c’est parce que j’ai atteint mes limites avec ce groupe…

 

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Ciccio

The Magnetic Fields et I’m From Barcelona en vue !

17 mars 2010

The Magnetic Fields et I'm From Barcelon

La Vigie #10

Ah, les albums concepts… Depuis le tout premier qui lui a été donné d’écouter, le fabuleux Tommy de The Who, la Vigie s’est passionnée pour ce type d’album, qui mélange homogénéité de la musique (car, comme dans un opéra, certains thèmes musicaux peuvent revenir) et des paroles (puisque soit on raconte une histoire, donc les chansons s’écoutent comme les chapitres d’un livre, soit elles ont une thématique commune, sans être forcément liées par un histoire commune – pour bien saisir la différence, comparez par exemple le sus nommé Tommy à Illinoise, de Sufjan Stevens).

 

Parmi les bijoux d’albums concepts que la Vigie vénère, outre Tommy, donc, on peut citer Arthur (je vous épargne la longueur du titre exact de cet album, même si, à la réflexion, écrire le titre aurait été moins long que d’écrire cette parenthèse qui explique plus ou moins bien pourquoi j’ai choisi de ne pas écrire le titre, ce qui, convenons-en, est un peu ridicule), des grandioses The Kinks. Mais la Vigie ne vit pas dans le passé, et plus récemment elle a aussi grandement aimé The Hazards Of Love, des Decemberists.

 

Mais venons-en au fait. Vous connaissez probablement un certain Stephen Merritt, cerveau du groupe The Magnetic Fields. Si c’est le cas (et si ce n’est pas le cas, à la limite on s’en fout), vous devez donc connaître un de leurs meilleurs albums :

 

69 Love Songs

69 Love Songs

 

Il y a donc des groupes qui sont en quelque sorte des habitués de la conceptualisation de leurs réalisations, et il y en a que l’on n’attend pas dans ce domaine. Et le meilleur exemple est le groupe qui a sorti l’un des meilleurs albums de 2007, I’m From Barcelona. Et bien figurez-vous que ce groupe, qui dénombre 27 membres, a décidé de sortir un album sur lequel chaque membre aurait écrit une chanson ! Voilà un concept intéressant, non ?

 

27 Songs From Barcelona

27 Songs From Barcelona

 

Ah oui, j’ai dit que les pochettes se ressemblaient étrangement ou pas ?

 

A la semaine prochaine !

 

 

Si vous aussi vous voyez des sosies partout (artistes, pochettes, chansons…), n’hésitez pas à en faire part à la Vigie du Sous-Marin Jaune.

 

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Ciccio

Mark Linkous (1962 – 2010)

15 mars 2010

 

Mark Linkous (1962 - 2010)

Périscope #10

Samedi 6 mars, on apprenait le suicide de Mark Linkous, l’homme qui composait derrière Sparklehorse de si délicates et émouvantes folk songs.
A bord du Sous-Marin Jaune, la nouvelle n’a laissé aucun des matelots indifférents et chacun souhaitait faire part de ses impressions sur sa musique, de sa relation avec Mark, et du trou béant qu’il va laisser. Tout du moins pour Fantasio et le Yéti.

 

En effet, la mort de Mark Linkous a laissé Ciccio relativement indifférent. Voici en verbatim sa réaction à l’annonce de la mort du leader de Sparklehorse : « Mark qui ??!! Linkous ? Ah oui, le mec de Pavement. Désolé, je suis pas super fan de… Ah non merde, lui c’est Malkmus… Donc Linkous c’est le type de Sparkletruc, là… Ah, il est mort, ah ben merde, c’est con ça, il paraît que c’était un groupe culte. Mais désolé, je suis pas super fan… »
En effet, même si Ciccio possède deux albums du groupe (It’s A Wonderful Life et Dreamt For Light Years In The Belly Of A Mountain), force est d’avouer que Sparklehorse n’est jamais entré dans son panthéon musical plutôt orienté musique simple et directe, peu torturée. Cela ne l’empêche pas de respecter la douleur de ses co-matelots, mais si cette petite note dissonante peut faire chier Fantasio et le Yéti, ce sera toujours ça de pris.

 

Mark Linkous de Sparklehorse

Mark Linkous de Sparklehorse

A la différence de Ciccio, le Yéti, lui, a été profondément marqué par cette douloureuse nouvelle. Le Yéti a découvert Mark Linkous à travers le troisième album de Sparklehorse, It’s a Wonderful Life. Et il n’est pas près d’oublier cette voix, qui lui chuchotait à l’oreille Gold Day. Un groupe à écouter la nuit tombée, doucement, voilà l’impression que lui faisait la musique de Sparklehorse. Et encore aujourd’hui. Une musique cotonneuse où il faisait bon se lover, se blottir.
Sur Dreamt For Light Years In The Belly Of A Mountain paru en 2006, Mark avait une nouvelle fois composé des petits miracles de chansons, formidablement attachantes. Et puis le Yéti n’oubliera jamais que grâce à Mark, la belle Nina Person des Cardigans s’était émancipée de ses garçons à travers l’excellent premier album de A Camp. Et rien que pour cela, le Yéti est triste. Très triste.
En fait il ne s’était pas senti aussi triste depuis la mort de Grant Mc Lennan des Go-betweens. La même impression de perdre un ami, quelqu’un avec qui on a partagé des instants fragiles et importants. Putain de début d’année.

 

Sparklehorse - It's A Wonderful Life

Sparklehorse - It's A Wonderful Life

De même, si l’on demande à Fantasio d’évoquer Mark Linkous et Sparklehorse, il voyagera volontiers dans le temps jusqu’en 1995 (!) et le diaboliquement intitulé Vivadixiesubmarinetransmissionplot. Il se souviendrait aussi de Good Morning Spider et de It’s A Wonderful Life, il en dirait certainement le plus grand bien. D’un autre côté, il n’aurait pas forcément envie de se re-plonger immédiatement dans cette discographie irréprochable. Pourquoi ne pas redécouvrir ces merveilles maintenant ? Tout simplement parce qu’elle lui semblerait désormais encore plus douloureuses. Forcément, le simple souvenir de la voix de Mark Linkous sur n’importe lequel de ses titres imposerait la conclusion suivante, aussi facile qu’accablante : la fin de sa vie est à l’image de tout le mal de vivre qui semblait peser sur ses épaules. Dans 2 ou 3 semaines, Fantasio ressortira les albums de Sparklehorse de son chapeau, et réécoutera probablement Heart of Darkness en boucle, comme si 2010 était 1996.