Arnaud Fleurent Didier – La reproduction

21 janvier 2010

Babord-Tribord #1

Cette semaine, Le Yéti essaie de noyer Arnaud Fleurent Didier, tandis que Fantasio tente un sauvetage in extremis.

 

Le Yéti :
Halte au sketch. Partout on me dit que ce nouvel album d’Arnaud Fleurent-Didier est le premier chef d’œuvre de 2010. Moi je n’ai entendu qu’un pensum parisianiste, verbeux, horripilant et poseur. Et surtout un album totalement hors du temps, limite poussiéreux.
Cette voix qui déclame les paroles plutôt que de les chanter, et qui suscite mille louanges ? Déjà entendu chez Diabologum ou même chez Jérôme Minière. Ici mon opinion ne changera pas: c’est fatigant et donne une impression de logorrhée infinie. Saoulant.

 

La reproduction

AFD - La reproduction

Les paroles ? On a cette douloureuse sensation d’être chez Desplechin ou dans n’importe quel film d’auteur français. Ca bavasse, ça fait très Nouvelle Vague, ça balance plein de références parisiennes (sincèrement, qui peut écouter cet album à, au hasard, Clermont-Ferrand ?), et finalement l’album m’est apparu très snob.

 

Reste la musique qui seule m’a intéressé. Certains arrangements sont tout simplement superbes (comme sur Reproductions), dignes de Michel Colombier ou de Benjamin Biolay. Mais l’ensemble sonne cependant très variétés Années 70, comme du William Sheller pour le meilleur ou du Michel Berger pour le pire.

 

Et finalement c’est ce que je vais le plus reprocher à cet album: son coté formol assumé, engoncé dans les années 70. A l’heure où Portishead, Animal Collective ou même The Xx dessinent le son de ces prochaines années, j’ai un peu mal aux fesses de penser que nous, en France, nous en sommes encore à cette sempiternelle « culture française » héritée de l’après-guerre, ces belles lettres, ce dandysme précieux et suranné.
Aucun doute, je préfère retourner danser sur le dernier album des Phoenix.

 

Fantasio :

Son premier album

Longtemps j’ai attendu ce second album d’Arnaud Fleurent-Didier. Le voilà enfin, 6 ans après Portrait du jeune homme en artiste. Après de nombreuses écoutes, je ne vois pas comment je pourrais faire autrement que défendre ces Reproductions. Il a des défauts qui sont, à peu de choses près, les mêmes que sur son premier disque (d’où le titre « La reproduction » ?). C’est maniéré certes, mais pas tellement plus que les chansons de Polnareff des années 70. Les compositions sont toutes admirablement enregistrées et sonorisées, pas très loin de ce que faisait Gainsbourg à la même époque. Quant aux textes des morceaux, je les aime autant qu’ils m’agacent : je me retrouve dans France Culture, tout en regrettant que le petit monde d’AFD se limite toujours à la rue de Rome et au lycée Chaptal, 6 ans après son précédent album.

 

Malgré ses tentatives un peu name-dropping de faire le grand écart entre classicisme de la musique et les références supposées dans l’ère du temps (Myspace, Facebook), je suis toujours aussi touché par cette musique et par sa démarche artistique, son sérieux mêlé d’ironie et de mélancolie. La reproduction est un album personnel, chanté en Français, qui parle de la vie d’un Parisien toujours pas complètement bien dans ses Converse.

 

La reproduction décrit un monde certes tout petit, mais qui me touche, et que je préfère à toute une ribambelle d’albums qui, dans un anglais approximatif de 3ème Langue Vivante 2, ne parlent de rien, ne dérangent personne, et reproduisent des poses déjà entendues et vues mille fois.
Ses partis-pris en fond évidemment un OVNI qui ne s’accommode d’aucune étiquette et d’aucun label. Et alors ?
Le paroxysme de l’usage de la langue française étant ici atteint avec le Risotto aux courgettes, où fruits et légumes sont utilisés à des fins littéraires.
L’album a également le mérite de terminer de belle manière : Si on se dit pas tout, qui laisse entrevoir un Arnaud-Fleurent Didier libéré de ses thèmes obsessionnels.
Chapeau donc, à Arnaud-Fleurent Didier de continue d’exister, seul au milieu de tous. Suggestion pour le prochain album : viser plus loin, en gardant un œil dans le rétroviseur.

 

Fantasio & Le Yéti

 

Fleet Foxes et Neil Young en vue !

20 janvier 2010

La Vigie

La Vigie #2

Les plus pessimistes d’entre nous aiment répéter à l’envie que musicalement plus rien n’a été inventé depuis les années 60, voire 70, que la musique est désormais uniquement faite d’emprunts.

 

Est-ce une bonne chose ? Ce n’est pas le propos ici, et il y a fort à parier que tous les amateurs de musique ont des exemples pour soutenir ou s’opposer à ce phénomène.

 

Les fans des Fleet Foxes s’accordent généralement pour dire que Mykonos est un de leurs meilleurs morceaux. Il en existe deux versions, et celle qui nous intéresse vient de leur single appelé Sun Giant. Elle nous intéresse parce qu’au bout de 2mn17s elle inclut une sorte de pont qui s’envole 10 secondes plus tard dans un majestueux :

 

You go
Wherever you go today
You go today

 

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C’est bon, vous l’avez bien en tête le « You gooooooooo todaaaaaaaaayyyyyyy… » ?

 

Parfait, passons maintenant à la version live de Ohio par Crosby Stills Nash & Young, et plus précisément le refrain, dont la première instance s’écoute après 35 secondes de morceau :

 

Gotta get down to it
Soldiers are cutting us down
Should have been done long ago.

 

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Alors, qu’en pensez-vous ? Pâle copie, grande inspiration ou rien à voir ? Vos commentaires sont les bienvenus.

 

A bientôt !

 

PS: cet article a été inspiré par un autre article, publié il y a bien longtemps, dans une Galaxie pas si lointaine, appelée words and sounds. Comme quoi il n’y a pas que les musiciens qui copient (bonjour à Cécile !).

 

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Ciccio

Le Sous-Marin Jaune fait les soldes

17 janvier 2010
Périscope #2

Périscope #2

 

Comme chaque hiver, une frénésie s’empare de la foule, des beuglements rugissent dans les centres commerciaux, les regards deviennent hagards et excités:
« Ce sont les soldes, ce sont les soldes !! ».

 

Dans le Sous-Marin Jaune, on appréhende cette période chacun à sa manière.

 

 

 

Alela Diane


Le Yéti, une fois n’est pas coutume, a fait les soldes et a sorti son joli porte-monnaie poilu. Il a acheté un Beck (Odelay), un Divine Comedy (Regeneration), un M pour sa chérie (le Yéti déteste M) et surtout le merveilleux The Pirate’s Gospel de Alela Diane. Il faut dire que cette offre spéciale 4 Cds pour 20 euros permet de trouver quelques pépites à moindre prix. Le Yéti a ainsi vu que les MGMT, les Ting Tings, The Last Shadow Puppets ou le dernier Animal Collective étaient eux aussi soldés.
Mais de voir des albums sortis en 2008 ou 2009 déjà soldés laisse le Yéti songeur. Décidément, la politique de prix des majors est incompréhensible. Pourquoi Merriweather Post Pavilion a-t-il été vendu en moyenne 15 euros tout l’an dernier et là, subitement, ne vaudrait plus que la moitié de son prix ? Déjà rentabilisé ? Ou au contraire déjà considéré comme mis au rebut ? Foutage de gueule intégral et client pris pour des pigeons ? Oui sans doute. L’industrie du disque marche toujours sur la tête.

 

Arnaud-Fleurent-Didier

Le mystérieux AFD...

 

De la même manière, il s’est passé un truc étrange avec les habitudes consommatrices de Fantasio depuis le début de l’année. Il a acheté la version numérique du nouvel album d’AFD (inutile de citer le nom de l’artiste en entier pour ne pas froisser le chef de rubrique) pour moins de 7 euros sur le seul Store actuellement rentable. Il ne s’agit pas de soldes, évidemment, mais à l’heure où Fantasio connait plusieurs amis qui empilent les CD alors que leurs écoutes se font dans 99 % des cas à partir d’un support MP3, ça mérite bien quelques lignes dans le Périscope de la semaine.
Bizarre, vous avez dit bizarre ? Vous avez raison: Fantasio, qui ne fait jamais les soldes, aurait-il agi dans le but de favoriser la création qu’on dit moribonde dans ce pays ? L’intéressé fut plutôt laconique quand on lui demanda les raisons ce cet achat : « c’était le moyen le plus simple, le plus rapide, et le moins coûteux d’avoir l’album ». On murmure même que Fantasio ne regretterait pas cet achat. Voilà un comportement mystérieux qui pourrait faire l’objet d’une prochaine enquête.

 

Quant à Ciccio, il se demande si les soldes veulent vraiment dire quelque chose lorsqu’il ne s’agit pas de fringues. Certes, les vendeurs de culture baissent les prix sur certains disques (toujours les même à vrai dire : fans de Neil Young ou de Bob Dylan, c’est le moment de sortir vos sous de vos poches !), mais cela ressemble plus à un effet de bord qu’à un vrai respect de règles imposant de solder telle ou telle série de vêtements.
De toutes façons, depuis que ses revenus ministériels lui permettent d’acheter des disques quand il veut (impressionnant, non ?), Ciccio ne prête plus guère attention aux soldes. D’ailleurs, pas question pour lui d’en parler, il va consacrer les quelques mots qu’on lui octroie chaque semaine pour parler d’autre chose. Cette semaine, donc, Ciccio souhaite parler d’un sujet qui lui tient vraiment à coeur, les…

Désolé Ciccio, ton temps de parole est terminé !

 

Il ne faut pas…

16 janvier 2010

La Combinaison

La Conbinaison #1

Il ne faut pas commencer à ripper l’intégrale du remaster stereo des Beatles, reçue à Noël, alors que sa fille de 6 ans insiste pour jouer au restaurant avec sa dinette, reçue elle aussi à Noël (pas la fille, la dinette), et vous demande pour la troisième fois ce que vous voulez pour le dessert.

 

 

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Si vous passez un mauvais week end, c’est que vous l’avez cherché.

Je n’aime pas… les tops de fin d’année

14 janvier 2010

Torpille #1

Je n’aime pas les tops de fin d’année. Le classement de la rédaction, le top des lecteurs, le choix des internautes, c’est tout pareil, je n’aime pas.

 

Le principe, déjà, me dérange : pourquoi ne retenir que 10, 50, ou 100 albums ? Selon quels critères ? Tout classement repose sur un dispositif on ne peut plus suspect. Prenons le Top 50 de Pitchfork. Retenir 50 albums pour une année, c’est à la fois beaucoup (presque un album par semaine !), mais peu à l’échelle de la rédaction de Pitchfork. Au fond, cela part d’un effort louable mais pourquoi attendre la fin d’année pour faire cette sélection ? Inutile d’attendre la fin de l’exercice pour retenir un album par semaine.

 

Les tops, évidemment, ne sont pas nés avec le web. Je me souviens d’une année (pas n’importe quelle année : 1994), où je découvrais les Inrockuptibles. Je ne savais rien ou presque des musiques dites « indépendantes », et les tops en tout genre, c’était exactement ce dont j’avais besoin. C’était la bible, la feuille de route à suivre, et je me souviens y avoir trouvé une grande satisfaction, et pas seulement pour Morrissey et Vauxhall & I.

 

Je ne sais pas si 1994 fut une meilleure année que 2009, et je m’en fous, ce n’est pas le problème. En 2009, je n’aime pas les tops, parce qu’ils ne riment à rien : usines à gaz anti-éditoriales complètement à l’opposé du rôle d’éclaireur et de défricheur.

 

Est-ce que j’ai besoin de Pitchfork (ou autres) pour avoir une idée d’album à écouter par semaine ? Non.

 

Est-ce que j’ai besoin de Pitchfork (ou autres) pour agréger les coups de cœur d’anonymes ? Non.

 

En définitive, ça n’a guère plus d’intérêt que le top des albums dits « indie » vendus par Amazon.
Un top un tant soit peu constructif et transparent consisterait probablement à faire amende honorable : ‘on s’est peut-être un peu enflammé pour les Fleet Foxes‘. Ça, vous ne le lirez jamais sur le web. Au lieu de ça, les groupes montés au pinacle savent quel retour de bâton les attend dans 95% des cas au deuxième album (ayant 99% de chances d’obtenir une note comprise entre 4.9 et 5.9/10).
Le tableau est noir, et ça ne s’arrange pas si l’on s’imagine retrouver des tops qui n’oublient personne – le super album pas du tout buzzé sorti en plein mois de février ou en juillet est plutôt mal barré face aux lauréats habituels (au hasard, les très opaques Animal Collective) et aux erreurs de casting (Kanye West ??? Justin Timberlake ??? Lily Allen ???)
C’est peut-être là finalement le seul intérêt des tops de fin d’année : ils énervent tout le monde et créent la discussion.

 

Fantasio

 

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Fantasio