
Babord-Tribord #1
Cette semaine,
Le Yéti essaie de noyer
Arnaud Fleurent Didier, tandis que
Fantasio tente un sauvetage in extremis.
Le Yéti :
Halte au sketch. Partout on me dit que ce nouvel album d’Arnaud Fleurent-Didier est le premier chef d’œuvre de 2010. Moi je n’ai entendu qu’un pensum parisianiste, verbeux, horripilant et poseur. Et surtout un album totalement hors du temps, limite poussiéreux.
Cette voix qui déclame les paroles plutôt que de les chanter, et qui suscite mille louanges ? Déjà entendu chez Diabologum ou même chez Jérôme Minière. Ici mon opinion ne changera pas: c’est fatigant et donne une impression de logorrhée infinie. Saoulant.

AFD - La reproduction
Les paroles ? On a cette douloureuse sensation d’être chez Desplechin ou dans n’importe quel film d’auteur français. Ca bavasse, ça fait très Nouvelle Vague, ça balance plein de références parisiennes (sincèrement, qui peut écouter cet album à, au hasard, Clermont-Ferrand ?), et finalement l’album m’est apparu très snob.
Reste la musique qui seule m’a intéressé. Certains arrangements sont tout simplement superbes (comme sur Reproductions), dignes de Michel Colombier ou de Benjamin Biolay. Mais l’ensemble sonne cependant très variétés Années 70, comme du William Sheller pour le meilleur ou du Michel Berger pour le pire.
Et finalement c’est ce que je vais le plus reprocher à cet album: son coté formol assumé, engoncé dans les années 70. A l’heure où Portishead, Animal Collective ou même The Xx dessinent le son de ces prochaines années, j’ai un peu mal aux fesses de penser que nous, en France, nous en sommes encore à cette sempiternelle « culture française » héritée de l’après-guerre, ces belles lettres, ce dandysme précieux et suranné.
Aucun doute, je préfère retourner danser sur le dernier album des Phoenix.
Fantasio :

Son premier album
Longtemps j’ai attendu ce second album d’Arnaud Fleurent-Didier. Le voilà enfin, 6 ans après
Portrait du jeune homme en artiste. Après de nombreuses écoutes, je ne vois pas comment je pourrais faire autrement que défendre ces Reproductions. Il a des défauts qui sont, à peu de choses près, les mêmes que sur son premier disque (d’où le titre « La reproduction » ?). C’est maniéré certes, mais pas tellement plus que les chansons de Polnareff des années 70. Les compositions sont toutes admirablement enregistrées et sonorisées, pas très loin de ce que faisait Gainsbourg à la même époque. Quant aux textes des morceaux, je les aime autant qu’ils m’agacent : je me retrouve dans
France Culture, tout en regrettant que le petit monde d’AFD se limite toujours à la rue de Rome et au lycée Chaptal, 6 ans après son précédent album.
Malgré ses tentatives un peu name-dropping de faire le grand écart entre classicisme de la musique et les références supposées dans l’ère du temps (Myspace, Facebook), je suis toujours aussi touché par cette musique et par sa démarche artistique, son sérieux mêlé d’ironie et de mélancolie. La reproduction est un album personnel, chanté en Français, qui parle de la vie d’un Parisien toujours pas complètement bien dans ses Converse.
La reproduction décrit un monde certes tout petit, mais qui me touche, et que je préfère à toute une ribambelle d’albums qui, dans un anglais approximatif de 3ème Langue Vivante 2, ne parlent de rien, ne dérangent personne, et reproduisent des poses déjà entendues et vues mille fois.
Ses partis-pris en fond évidemment un OVNI qui ne s’accommode d’aucune étiquette et d’aucun label. Et alors ?
Le paroxysme de l’usage de la langue française étant ici atteint avec le Risotto aux courgettes, où fruits et légumes sont utilisés à des fins littéraires.
L’album a également le mérite de terminer de belle manière : Si on se dit pas tout, qui laisse entrevoir un Arnaud-Fleurent Didier libéré de ses thèmes obsessionnels.
Chapeau donc, à Arnaud-Fleurent Didier de continue d’exister, seul au milieu de tous. Suggestion pour le prochain album : viser plus loin, en gardant un œil dans le rétroviseur.
Fantasio & Le Yéti